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Logement: des familles éprouvées - Une situation semblable à celle de l'an dernier à Montréal, pour l'instant

Pour bien des familles, la crise se vit à longueur d'année

Clairandrée Cauchy   2 juillet 2003 
Pierre, Line et deux de leurs cinq enfants attendent, au centre d’hébergement, que la Ville leur octroie une subvention au loyer. Sans logis depuis un an et demi, ils étaient hébergés chez des parents et des amis.
Photo : Jacques Nadeau
Pierre, Line et deux de leurs cinq enfants attendent, au centre d’hébergement, que la Ville leur octroie une subvention au loyer. Sans logis depuis un an et demi, ils étaient hébergés chez des parents et des amis.
Le scénario de la crise du logement vécue l'an dernier semble vouloir se répéter cette année, à la différence que les services d'urgence sont mieux préparés pour y faire face. À midi hier, les centres d'hébergement accueillaient quelque 85 Montréalais, à peine moins que les 91 hébergés à pareille date l'an dernier.

Jusqu'à maintenant, la Ville a accordé quelque 642 suppléments au loyer à des ménages, ce qui a permis à 203 d'entre eux de se trouver un loyer. Il en reste donc 439 qui sont toujours en recherche de logement, sans compter ceux qui ne sont pas admissibles à la subvention ou qui attendent toujours une réponse. «Ces gens-là ne sont pas tous dans les centres d'hébergement. Il y en a certains qui vont coucher dans les centres, mais d'autres ont trouvé des solutions temporaires ailleurs, dans la famille ou chez des amis», a expliqué le responsable de l'habitation à la Ville de Montréal, Michel Prescott. La Ville a reçu pas moins de 1293 demandes de supplément au revenu, alors qu'elle ne peut en accorder que 820.

«La situation est comparable à celle de l'an dernier, mais on ne veut pas prendre de chance. Quand des personnes sont en situation de crise, avec des enfants, on a une responsabilité de les accueillir et c'est ce que nous faisons», a déclaré le maire Gérald Tremblay au terme d'une tournée des centres d'hébergement. Il faudra cependant attendre le bilan de la fin de journée aujourd'hui pour mesurer réellement l'ampleur de la crise.

Entre les mailles du filet

Les chiffres camouflent cependant une réalité plus difficile: certains ménages à faible revenu vivent la crise du logement depuis plus d'un an. C'est le cas de Line et Pierre ainsi que de leurs cinq enfants de 8 à 13 ans. Depuis un an et demi, la famille trimbale ses petites valises, trouvant refuge tantôt chez une tante, un oncle, des amis, un frère.

Dimanche soir, le frère de Pierre est venu le reconduire avec ses enfants à la polyvalente Georges-Vanier. «On reste chez lui depuis quatre mois, il n'était plus capable. Il travaille chez Labatt et est en grève depuis deux semaines. Nous vivions avec son enfant et lui dans un quatre et demi. Cela fait un temps. Il braillait en venant nous porter», a raconté le père de famille, qui vit de l'aide sociale. Le propriétaire précédent avait exigé que la famille quitte le logement en raison du nombre d'enfants.

Parce qu'elle n'a pas de bail récent, la famille a de la difficulté à obtenir une subvention de supplément au loyer. «Je ne peux rien faire tant que je n'ai pas de subvention au loyer. À c't'heure, il n'y a pas de loyer en bas de 1000 $», a expliqué sa conjointe.

Même son de cloche du côté de Christian, un père monoparental qui vit avec son enfant handicapé de quatre ans, nécessitant des services d'orthophonie et de physiothérapie. La famille a dû quitter son quartier d'Hochelaga il y a plus d'un an pour se rapprocher des services spécialisés, offerts dans Pointe-Saint-Charles. Au cours des derniers mois, la famille habitait chez la soeur de Christian. «À la SHDM, ils me disent que je n'ai pas accès au supplément parce que je n'ai pas de bail. Et avec tout cela, je suis en retard pour mes impôts et je dois leur amener mon rapport d'impôt», a confié le père rencontré à la porte du centre d'hébergement. La descente aux enfers est difficile pour l'homme de 29 ans qui souffre d'une grave dépression.

Cette situation soulève l'ire du porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU): «C'est une exigence bureaucratique qui doit absolument tomber. Tu ne peux pas te permettre de faire attendre ces gens-là en hébergement. Quand ils vont sortir de l'hébergement, il n'y en aura plus de logements», a dénoncé François Saillant.

Interrogé sur cette problématique, le maire Gérald Tremblay a précisé que la Ville devait composer avec un nombre important de demandes de subvention au loyer, alors que les ressources sont limitées. «J'ai rencontré plusieurs personnes ce matin qui sont à la limite des critères, la demande est très importante, il faut donner à ceux qui respectent tous les critères d'admissibilité». Le responsable de l'habitation à la Ville, Michel Prescott, estime que la situation mérite d'être analysée et a demandé aux services administratifs d'évaluer le nombre de personnes en cause.

Des solutions à long terme

Au cours d'un point de presse en matinée, le maire de Montréal et le ministre des Affaires municipales ont souligné l'importance de ne pas se contenter de gérer la crise à court terme.

«Il faut agir sur l'urgence [...]. Mais il faut aussi s'assurer que la crise sera moins grave en 2004 et qu'elle le soit encore moins en 2005 et espérer que, en 2006, on puisse faire autre chose que d'avoir un centre d'hébergement temporaire», a déclaré le ministre Jean-Marc Fournier.

Il a rappelé que le dernier budget prévoyait des fonds pour accélérer la construction de 13 000 logements sociaux, communautaires et à loyer abordable. «Au cours des deux prochaines années, avec les programmes Accès-logis et Logement abordable, nous allons faire 7000 nouvelles unités au Québec. Au cours des trois dernières années, il s'en est fait 4000. On double la cadence pour s'assurer de répondre à tous ces besoins», a fait valoir le ministre. Le FRAPRU est cependant sceptique quant à la capacité du gouvernement de financer ces nouveaux logements sociaux avec les fonds dégagés dans le dernier budget.

À Montréal, le maire est confiant que quelque 2356 nouveaux logements sociaux et communautaires pourront être disponibles d'ici le 1er juillet prochain. Dans le cadre de l'opération Solidarité 5000 logements, quelque 2951 autres logements sont en cours d'élaboration et devraient pouvoir être disponibles d'ici 2005. «Le premier juillet 2004, il y a 1900 suppléments au loyer [à Montréal] qui vont venir à échéance. J'espère qu'à ce moment-là on aura créé assez d'unités de logement pour permettre au plus grand nombre de personnes d'avoir un logement», a souligné le maire de Montréal.
 
 
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