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Et le Bloc?

Bernard Descôteaux   30 juin 2003 
Personne ne contestera que les prochaines élections fédérales puissent, une autre fois encore, être remportées par le Parti libéral, favorisé qu'il est par le morcellement de l'opposition en quatre partis. Ce qui est plus incertain, c'est le sort que les électeurs du Québec réserveront à cette occasion au Bloc québécois.

Depuis la victoire des libéraux de Jean Charest le 14 avril, les spéculations sur l'avenir de ce parti ont repris. Se sont ensuite ajoutées les défaites des candidats bloquistes aux élections complémentaires dans les circonscriptions de Témiscamingue et de Lévis-Chutes-de-la-Chaudière, si bien que certains, y compris dans ce parti, voient dans ces deux événements des signes avant-coureurs des difficultés qui attendent la formation de Gilles Duceppe.

Dans sa courte histoire, jamais le Bloc québécois n'aura de fait été confronté à une situation aussi défavorable. Face au Parti libéral qui vient de lui enlever le titre de premier parti au Québec, il est désormais sur la défensive. L'arrivée de Paul Martin à la tête des libéraux ajoutera à la pression. On ne peut toutefois en conclure pour autant que le Bloc est dans une situation désespérée. Tout comme le Parti québécois a réussi à le faire le 14 avril, il peut arriver à protéger l'essentiel de ses acquis. Tout n'est pas négatif.

Quoi qu'il en soit des autres partis d'opposition, le Bloc demeure la seule solution de rechange pour les Québécois qui ne veulent pas voter pour les libéraux. Il devrait d'ailleurs pouvoir compter sur les 33 % des voix obtenues par le Parti québécois le 14 avril, ce qui n'est pas négligeable. Et, cette fois, il aura les moyens de mener une campagne vigoureuse grâce à la nouvelle loi sur le financement des partis politiques, qui multipliera par quatre ses ressources financières.

La popularité de Paul Martin ne doit par ailleurs pas être prise comme un facteur déterminant. Aujourd'hui à son faîte, elle pourrait s'atténuer lorsqu'il sera devenu premier ministre. Il lui faudra alors s'exposer, former un gouvernement, adopter un budget, dire non aux revendications des provinces sur le déséquilibre fiscal. Il devra affronter les partis d'opposition qui l'attendent de pied ferme aux Communes. Quant à l'effet Charest, il pourrait s'inverser. Alors que les réactions négatives aux fusions municipales mises de l'avant par le gouvernement péquiste avaient nui au Bloc québécois lors de l'élection de 2000, celui-ci pourrait bénéficier cette fois de l'opposition que susciteront les réformes multiples envisagées par le gouvernement de Jean Charest.

***

Il ne suffira pas que la conjoncture électorale s'améliore pour que le Bloc réussisse à se maintenir en relative égalité avec le Parti libéral. Il lui faudra aussi pouvoir justifier de façon convaincante son rôle à Ottawa. Si son chef peut arguer avec raison que les députés bloquistes ont constitué une opposition efficace et ont bien défendu les intérêts du Québec, il lui faudra démontrer qu'il peut continuer à le faire maintenant que le Québec est dirigé par un gouvernement libéral.

Tant que le Parti québécois était au pouvoir à Québec, il était facile pour le Bloc de se faire le relais à Ottawa du gouvernement québécois. Entre partis souverainistes, les choses allaient de soi. Ce ne sera plus le cas. S'il veut continuer à justifier sa présence à Ottawa par ce rôle de relais, il devra se distancer du Parti québécois pour pouvoir affirmer de façon crédible qu'il est ouvert à tous.

Par définition, le Bloc québécois sera toujours en porte-à-faux. Il est obligé de tenir un double discours qui rend mal à l'aise certains souverainistes qui voudraient qu'il se consacre en premier lieu à se servir de la tribune des Communes pour faire la preuve de l'inutilité du régime fédéral pour le Québec, bref, qu'il défende la cause souverainiste plutôt que jouer son rôle de parti d'opposition. Cela va même jusqu'à demander la tête de Gilles Duceppe, que l'on voit comme le responsable d'une stratégie qui conduirait le Bloc à un cul-de-sac.

Ce débat au sein du Bloc québécois est récurrent. Il est le fait de souverainistes impatients qui sont incapables d'assumer certaines contradictions. Pas plus qu'on ne peut demander au Parti québécois de ne pas assumer la responsabilité d'être un bon gouvernement lorsqu'il est au pouvoir, on ne peut demander au Bloc de ne pas être une bonne opposition aux Communes. À ce titre, il a le devoir de représenter le plus largement possible les Québécois. Lui demander de se consacrer prioritairement à la promotion de la souveraineté le limiterait dans son action et le marginaliserait. Un tel choix profiterait d'emblée d'abord aux libéraux de Paul Martin, les seuls capables d'occuper la place que libérerait ainsi le Bloc. Survivrait-il à une telle stratégie? Ce n'est pas en vain que, au départ, le Bloc fut un rassemblement de personnes issues d'horizons très divers, mais ayant comme souci commun la défense des intérêts du Québec. C'est cela qu'il doit continuer à être s'il veut continuer à exister.

bdescoteaux@ledevoir.ca
 
 
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