Fruits et légumes préviennent le cancer
Pour la première fois, une vaste étude scientifique en fournit la preuve
Pauline Gravel
25 juin 2003
Paris — La consommation de cinq fruits et légumes chaque jour prévient le cancer. Une grande étude épidémiologique menée pendant huit ans sur 13 017 Français présumés en bonne santé vient d'en fournir la preuve scientifique.
Dénommée Su.Vi.Max, pour supplément en vitamines et minéraux, cette étude est en effet la première dans le monde à démontrer qu'un apport adéquat de vitamines et de minéraux antioxydants contenus dans les fruits et légumes peut réduire l'incidence des cancers et la mortalité dans la population d'un pays industrialisé. De nombreuses études antérieures ont bien établi une relation entre le mode d'alimentation et l'apparition de certaines maladies, mais aucune n'avait la rigueur méthodologique de l'étude Su.Vi.Max.
Pour cette dernière, 7886 femmes âgées de 35 à 60 ans et 5141 hommes de 45 à 60 ans ayant un statut socioprofessionnel et un niveau d'éducation comparables ont été recrutés et répartis par tirage au sort en deux groupes égaux. Les uns ont reçu quotidiennement une capsule contenant un cocktail d'antioxydants à des doses nutritionnelles, auxquelles on peut avoir accès par une alimentation riche en fruits et légumes. Les autres se sont vu administrer une capsule neutre à titre de placebo. Les volontaires ignoraient la catégorie de capsules qu'ils absorbaient, tout comme les équipes médicales qui les suivaient. L'adoption d'un tel protocole, dit à double insu, visait à écarter tout biais psychologique susceptible d'entacher les résultats.
Composées de bêta-carotène (6 mg), de vitamine C (120 mg ), de vitamine E (30 mg), de sélénium (100 mg) et de zinc (20 mg), les capsules apportaient une dose d'antioxydants comparable à celle obtenue par une consommation adéquate de fruits et légumes, a précisé le Dr Serge Hercberg, coordonnateur national de l'étude et directeur de l'unité Inserm 557 et de l'unité de surveillance et d'épidémiologie nutritionnelle mixte InVS-Cnam.
Les participants de l'étude ont donc consommé ces capsules tous les jours pendant huit ans. Chaque mois, ils ont répondu à un questionnaire visant à décrire leur état de santé. Tous les deux mois, ils ont enregistré les aliments qu'ils avaient consommés dans la journée, les quantités qu'ils avaient ingérées ainsi que diverses autres précisions, comme les modes de préparation de ces aliments.
Tous les ans, un bilan de santé des volontaires a été réalisé à l'aide de prélèvements sanguins, de tests de dépistage du cancer, de prises de tension artérielle, de frottis du col utérin et de mammographies. Par cette surveillance étroite, les cas de cancer et de maladie cardio-vasculaire ont ainsi pu être recensés régulièrement.
De la gigantesque somme de données recueillies au cours des huit années de l'étude, les chercheurs commencent tout juste à dégager certaines conclusions qui ont été divulguées en avant-première samedi passé aux milliers de «Su.Vi.Maxiens» rassemblés au stade Rolland-Garros à Paris. En plus de savoir enfin s'ils avaient reçu des antioxydants ou un placebo, ces derniers ont pu apprendre que le cocktail de vitamines et minéraux antioxydants était sans effet sur l'incidence des maladies cardio-vasculaires, et ce, autant chez les femmes que chez les hommes. «Un résultat qui n'est pas surprenant compte tenu du fait que, depuis quelques années, les hypothèses sur le rôle de ces vitamines dans la prévention cardio-vasculaire n'ont pas été retrouvées dans d'autres travaux», a commenté le Dr Hercberg.
Les données de l'étude ont par contre révélé un nombre significativement moindre de cancers chez les hommes ayant reçu les antioxydants par rapport à ceux du groupe placebo. «Le risque de développer un cancer — toutes formes de cancer confondues — a été réduit de 31 % chez les hommes ayant consommé le supplément antioxydant, a précisé le Dr Hercberg. Cet effet bénéfique n'a toutefois pas été retrouvé chez les femmes.»
«Même si nous n'avons pas vu de différence entre les femmes du groupe placebo et celles du groupe recevant les antioxydants, cela ne veut pas dire que cette différence n'existe pas, a expliqué le Dr Hercberg. Les femmes des deux groupes avaient déjà à leur inclusion dans l'étude un statut en bêta-carotène et en vitamine C plus élevé que celui des hommes en raison d'une plus grande consommation de fruits et légumes. Ce qui expliquerait l'absence d'effet obtenu par la consommation du supplément. Ce résultat est plutôt encourageant car il révèle que les femmes ont des comportements alimentaires favorables à la santé. Mais dans la population en général, l'effet que l'on a observé chez les hommes pourrait vraisemblablement se manifester chez les femmes qui auraient un statut en antioxydant particulièrement précaire.»
Pour Serge Briançon, de l'École de santé publique, épidémiologie clinique du Centre hospitalier universitaire de Nancy, «ce résultat négatif chez les femmes signifie que quand on a une consommation de fruits et légumes déjà suffisante, ça ne sert à rien de se supplémenter puisque aucun effet bénéfique supplémentaire n'apparaît. Ce qui veut bien dire que c'est la déficience qu'il faut corriger», a-t-il nuancé.
«Lorsqu'on n'en a pas besoin, on n'a pas de bénéfice. Et même si on en prend trop, on peut même avoir des effets délétères sur certaines populations particulièrement à risque», d'ajouter le Dr Hercberg.
Proportionnellement à leur poids corporel, les hommes mangent donc moins de légumes et de fruits que les femmes, ce qui s'est traduit par des niveaux sanguins de bêta-carotène peu élevés chez les volontaires de sexe masculin appartenant au groupe placebo. Et un risque accru de cancer et de maladie cardio-vasculaire chez ces hommes dont les concentrations en bêta-carotène étaient les plus basses.
Dans l'esprit populaire, la prise de vitamines donne un coup de fouet et améliore la qualité de la santé et le bien-être, a rappelé le Dr Hercberg. Or, selon les données Su.Vi.Max, la supplémentation en antioxydants n'a eu somme toute aucun impact sur le bien-être et le fonctionnement physique, mental et social des volontaires. «Par contre, les sujets qui pensaient être dans le groupe placebo avaient une qualité de vie nettement inférieure à ceux qui croyaient être dans le groupe intervention, et ce, indépendamment de leur groupe réel d'appartenance, a précisé le chercheur. Ces observations indiquent donc que l'impact des suppléments sur le bien-être correspond essentiellement à un effet psychologique.»
«La finalité de l'étude n'était pas de mettre au point une pilule miracle. Seulement, les impératifs méthodologiques imposaient de prendre une capsule car cela permettait de maîtriser les doses apportées, de donner un placebo et de respecter une approche en double insu, a tenu à souligner le Dr Serge Hercberg. Nous ne souhaitons absolument pas que ces résultats favorisent la prise de suppléments en pilule car il y aurait ainsi le risque de détourner les consommateurs [notamment les femmes] des fruits et légumes qu'ils mangent habituellement et qui leur apportent de plus amples effets protecteurs.»
«Manger cinq fruits et légumes par jour couvre largement les doses que nous avons testées, a-t-il poursuivi. De plus, nous pouvons nous attendre à une plus grande efficacité par la consommation de fruits et légumes puisque nos capsules ne contenaient qu'une partie des vitamines et minéraux extraits de ces végétaux, qui comprennent beaucoup d'autres éléments protecteurs. D'autre part, si nous recommandons de prendre un supplément, et détournons ainsi les gens des fruits et légumes, ils mangeront autre chose, le plus souvent des aliments gras et sucrés qui ont des effets néfastes sur la santé.»
Soixante grammes de carottes râpées par jour apportent les 6 mg de bêta-carotène que l'on a donnés dans Su.Vi.Max et deux oranges pressées fournissent la quantité de vitamine C qui a été testée, a précisé le Dr Serge Hercberg. «On recommande donc la consommation d'au moins cinq fruits et légumes [ce qui correspond à environ 400 grammes] par jour qui, en jouant sur la variété au cours du temps, apporteront les quantités d'antioxydants — et beaucoup d'autres éléments favorables — permettant d'espérer les effets qui ont été observés dans l'étude.»
«Frais, en conserve ou surgelés, en purée, en jus frais ou entier, les fruits et légumes protègent la santé», ajoute Philippe Lamoureux, directeur de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES).
«La consommation de fruits et légumes tels qu'on les achète aujourd'hui, avec tout le bien et le mal qu'on peut en penser, est bénéfique», a affirmé le professeur Elio Riboli du Centre international de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et président du comité international de surveillance de l'étude Su.Vi.Max.
«Être obnubilé par le pouvoir cancérogène des pesticides et diminuer sa consommation de fruits et légumes pour s'en prémunir, c'est augmenter ses risques de cancer et de maladie cardio-vasculaire en soustrayant son corps aux effets protecteurs des fibres et des antioxydants dont regorgent les végétaux», a renchéri le Dr Hercberg.
«Su.Vi.Max nous apporte une preuve scientifique que les composants naturels des fruits et légumes apportés par les capsules dans des doses correspondant à ce qu'on peut obtenir par une alimentation adéquate réduisent le risque de cancer, a affirmé Elio Riboli. En recherche, on fait une grande différence entre, d'une part, les études où on observe des corrélations entre un comportement et le risque de maladies et, d'autre part, des études d'intervention en double aveugle où on compare l'effet de l'administration d'un médicament ou d'un supplément alimentaire par rapport à un placebo. L'étude d'intervention Su.Vi.Max apporte un soutien scientifique expérimental à des études d'observation qui avaient donné des résultats semblables mais qui ne permettaient pas d'établir un lien de causalité clair.»
Chute des cheveux et manque de fer
Dans un tout autre registre, la pléthore d'informations accumulées au cours de l'étude Su.Vi.Max a par ailleurs permis d'observer des phénomènes intéressants pour les scientifiques du centre de recherche du géant de la cosmétique L'Oréal, qui en échange de l'accès à ces données inédites a soutenu financièrement la conduite de ce très coûteux projet de recherche. Celui-ci a été assuré par les ministères de la Santé, de la Recherche et de l'Agriculture. Les chercheurs de L'Oréal Recherche ont ainsi pu établir et confirmer le lien qui existe entre la chute sévère de cheveux et la diminution des réserves en fer chez les femmes non ménopausées. Découverte qui a été effectuée en croisant les données concernant la chute des cheveux et le taux sanguin de ferritine, une protéine de stockage du fer qui reflète les réserves globales de l'organisme.
«Si une femme non ménopausée perd ses cheveux de façon répétée sur son oreiller et ses vêtements, cela peut être la trace d'un désordre, voire d'une carence en fer qui peut provoquer un état de fatigue, explique le dermatologue Olivier de Lacharrière, de L'Oréal Recherche. Une femme qui a une chute de cheveux sévère devrait donc demander à son médecin d'évaluer son statut en fer par un dosage sanguin de ferritine afin d'orienter sa prise en charge, sachant qu'il suffit d'un supplément en fer pour que l'état de la personne s'améliore.»
Grâce à l'étude Su.Vi.Max, l'équipe du Dr de Lacharrière a par ailleurs décelé diverses modifications du cuir chevelu qui apparaissent au cours du vieillissement normal et qui sont associées à la diminution de la densité des cheveux survenant avec l'âge autant chez les femmes que chez les hommes. À la différence que, chez les femmes, «le processus débute avec un retard de 10 à 12 ans par rapport aux hommes. Ou inversement, tout se passe comme si les hommes étaient en avance de 12 ans sur les femmes quant au vieillissement du scalp», souligne le chercheur.
Renflements et halos brunâtres autour du site d'émergence des cheveux ainsi que diversité des diamètres des cheveux sont les manifestations qui ont été observées chez les personnes âgées ainsi que sur celles destinées à devenir chauves, précise le dermatologue. Ces signes qui traduisent des anomalies du fonctionnement des follicules pileux et annoncent la chute prochaine et définitive des cheveux s'avèrent de ce fait des marqueurs précoces de l'alopécie. «La compréhension de ces stades précoces du vieillissement du scalp nous permettra de dégager de nouvelles cibles sur lesquelles nous pourrions agir afin de développer de nouvelles stratégies de traitement de l'alopécie», avance le Dr de Lacharrière.
Dénommée Su.Vi.Max, pour supplément en vitamines et minéraux, cette étude est en effet la première dans le monde à démontrer qu'un apport adéquat de vitamines et de minéraux antioxydants contenus dans les fruits et légumes peut réduire l'incidence des cancers et la mortalité dans la population d'un pays industrialisé. De nombreuses études antérieures ont bien établi une relation entre le mode d'alimentation et l'apparition de certaines maladies, mais aucune n'avait la rigueur méthodologique de l'étude Su.Vi.Max.
Pour cette dernière, 7886 femmes âgées de 35 à 60 ans et 5141 hommes de 45 à 60 ans ayant un statut socioprofessionnel et un niveau d'éducation comparables ont été recrutés et répartis par tirage au sort en deux groupes égaux. Les uns ont reçu quotidiennement une capsule contenant un cocktail d'antioxydants à des doses nutritionnelles, auxquelles on peut avoir accès par une alimentation riche en fruits et légumes. Les autres se sont vu administrer une capsule neutre à titre de placebo. Les volontaires ignoraient la catégorie de capsules qu'ils absorbaient, tout comme les équipes médicales qui les suivaient. L'adoption d'un tel protocole, dit à double insu, visait à écarter tout biais psychologique susceptible d'entacher les résultats.
Composées de bêta-carotène (6 mg), de vitamine C (120 mg ), de vitamine E (30 mg), de sélénium (100 mg) et de zinc (20 mg), les capsules apportaient une dose d'antioxydants comparable à celle obtenue par une consommation adéquate de fruits et légumes, a précisé le Dr Serge Hercberg, coordonnateur national de l'étude et directeur de l'unité Inserm 557 et de l'unité de surveillance et d'épidémiologie nutritionnelle mixte InVS-Cnam.
Les participants de l'étude ont donc consommé ces capsules tous les jours pendant huit ans. Chaque mois, ils ont répondu à un questionnaire visant à décrire leur état de santé. Tous les deux mois, ils ont enregistré les aliments qu'ils avaient consommés dans la journée, les quantités qu'ils avaient ingérées ainsi que diverses autres précisions, comme les modes de préparation de ces aliments.
Tous les ans, un bilan de santé des volontaires a été réalisé à l'aide de prélèvements sanguins, de tests de dépistage du cancer, de prises de tension artérielle, de frottis du col utérin et de mammographies. Par cette surveillance étroite, les cas de cancer et de maladie cardio-vasculaire ont ainsi pu être recensés régulièrement.
De la gigantesque somme de données recueillies au cours des huit années de l'étude, les chercheurs commencent tout juste à dégager certaines conclusions qui ont été divulguées en avant-première samedi passé aux milliers de «Su.Vi.Maxiens» rassemblés au stade Rolland-Garros à Paris. En plus de savoir enfin s'ils avaient reçu des antioxydants ou un placebo, ces derniers ont pu apprendre que le cocktail de vitamines et minéraux antioxydants était sans effet sur l'incidence des maladies cardio-vasculaires, et ce, autant chez les femmes que chez les hommes. «Un résultat qui n'est pas surprenant compte tenu du fait que, depuis quelques années, les hypothèses sur le rôle de ces vitamines dans la prévention cardio-vasculaire n'ont pas été retrouvées dans d'autres travaux», a commenté le Dr Hercberg.
Les données de l'étude ont par contre révélé un nombre significativement moindre de cancers chez les hommes ayant reçu les antioxydants par rapport à ceux du groupe placebo. «Le risque de développer un cancer — toutes formes de cancer confondues — a été réduit de 31 % chez les hommes ayant consommé le supplément antioxydant, a précisé le Dr Hercberg. Cet effet bénéfique n'a toutefois pas été retrouvé chez les femmes.»
«Même si nous n'avons pas vu de différence entre les femmes du groupe placebo et celles du groupe recevant les antioxydants, cela ne veut pas dire que cette différence n'existe pas, a expliqué le Dr Hercberg. Les femmes des deux groupes avaient déjà à leur inclusion dans l'étude un statut en bêta-carotène et en vitamine C plus élevé que celui des hommes en raison d'une plus grande consommation de fruits et légumes. Ce qui expliquerait l'absence d'effet obtenu par la consommation du supplément. Ce résultat est plutôt encourageant car il révèle que les femmes ont des comportements alimentaires favorables à la santé. Mais dans la population en général, l'effet que l'on a observé chez les hommes pourrait vraisemblablement se manifester chez les femmes qui auraient un statut en antioxydant particulièrement précaire.»
Pour Serge Briançon, de l'École de santé publique, épidémiologie clinique du Centre hospitalier universitaire de Nancy, «ce résultat négatif chez les femmes signifie que quand on a une consommation de fruits et légumes déjà suffisante, ça ne sert à rien de se supplémenter puisque aucun effet bénéfique supplémentaire n'apparaît. Ce qui veut bien dire que c'est la déficience qu'il faut corriger», a-t-il nuancé.
«Lorsqu'on n'en a pas besoin, on n'a pas de bénéfice. Et même si on en prend trop, on peut même avoir des effets délétères sur certaines populations particulièrement à risque», d'ajouter le Dr Hercberg.
Proportionnellement à leur poids corporel, les hommes mangent donc moins de légumes et de fruits que les femmes, ce qui s'est traduit par des niveaux sanguins de bêta-carotène peu élevés chez les volontaires de sexe masculin appartenant au groupe placebo. Et un risque accru de cancer et de maladie cardio-vasculaire chez ces hommes dont les concentrations en bêta-carotène étaient les plus basses.
Dans l'esprit populaire, la prise de vitamines donne un coup de fouet et améliore la qualité de la santé et le bien-être, a rappelé le Dr Hercberg. Or, selon les données Su.Vi.Max, la supplémentation en antioxydants n'a eu somme toute aucun impact sur le bien-être et le fonctionnement physique, mental et social des volontaires. «Par contre, les sujets qui pensaient être dans le groupe placebo avaient une qualité de vie nettement inférieure à ceux qui croyaient être dans le groupe intervention, et ce, indépendamment de leur groupe réel d'appartenance, a précisé le chercheur. Ces observations indiquent donc que l'impact des suppléments sur le bien-être correspond essentiellement à un effet psychologique.»
«La finalité de l'étude n'était pas de mettre au point une pilule miracle. Seulement, les impératifs méthodologiques imposaient de prendre une capsule car cela permettait de maîtriser les doses apportées, de donner un placebo et de respecter une approche en double insu, a tenu à souligner le Dr Serge Hercberg. Nous ne souhaitons absolument pas que ces résultats favorisent la prise de suppléments en pilule car il y aurait ainsi le risque de détourner les consommateurs [notamment les femmes] des fruits et légumes qu'ils mangent habituellement et qui leur apportent de plus amples effets protecteurs.»
«Manger cinq fruits et légumes par jour couvre largement les doses que nous avons testées, a-t-il poursuivi. De plus, nous pouvons nous attendre à une plus grande efficacité par la consommation de fruits et légumes puisque nos capsules ne contenaient qu'une partie des vitamines et minéraux extraits de ces végétaux, qui comprennent beaucoup d'autres éléments protecteurs. D'autre part, si nous recommandons de prendre un supplément, et détournons ainsi les gens des fruits et légumes, ils mangeront autre chose, le plus souvent des aliments gras et sucrés qui ont des effets néfastes sur la santé.»
Soixante grammes de carottes râpées par jour apportent les 6 mg de bêta-carotène que l'on a donnés dans Su.Vi.Max et deux oranges pressées fournissent la quantité de vitamine C qui a été testée, a précisé le Dr Serge Hercberg. «On recommande donc la consommation d'au moins cinq fruits et légumes [ce qui correspond à environ 400 grammes] par jour qui, en jouant sur la variété au cours du temps, apporteront les quantités d'antioxydants — et beaucoup d'autres éléments favorables — permettant d'espérer les effets qui ont été observés dans l'étude.»
«Frais, en conserve ou surgelés, en purée, en jus frais ou entier, les fruits et légumes protègent la santé», ajoute Philippe Lamoureux, directeur de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES).
«La consommation de fruits et légumes tels qu'on les achète aujourd'hui, avec tout le bien et le mal qu'on peut en penser, est bénéfique», a affirmé le professeur Elio Riboli du Centre international de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et président du comité international de surveillance de l'étude Su.Vi.Max.
«Être obnubilé par le pouvoir cancérogène des pesticides et diminuer sa consommation de fruits et légumes pour s'en prémunir, c'est augmenter ses risques de cancer et de maladie cardio-vasculaire en soustrayant son corps aux effets protecteurs des fibres et des antioxydants dont regorgent les végétaux», a renchéri le Dr Hercberg.
«Su.Vi.Max nous apporte une preuve scientifique que les composants naturels des fruits et légumes apportés par les capsules dans des doses correspondant à ce qu'on peut obtenir par une alimentation adéquate réduisent le risque de cancer, a affirmé Elio Riboli. En recherche, on fait une grande différence entre, d'une part, les études où on observe des corrélations entre un comportement et le risque de maladies et, d'autre part, des études d'intervention en double aveugle où on compare l'effet de l'administration d'un médicament ou d'un supplément alimentaire par rapport à un placebo. L'étude d'intervention Su.Vi.Max apporte un soutien scientifique expérimental à des études d'observation qui avaient donné des résultats semblables mais qui ne permettaient pas d'établir un lien de causalité clair.»
Chute des cheveux et manque de fer
Dans un tout autre registre, la pléthore d'informations accumulées au cours de l'étude Su.Vi.Max a par ailleurs permis d'observer des phénomènes intéressants pour les scientifiques du centre de recherche du géant de la cosmétique L'Oréal, qui en échange de l'accès à ces données inédites a soutenu financièrement la conduite de ce très coûteux projet de recherche. Celui-ci a été assuré par les ministères de la Santé, de la Recherche et de l'Agriculture. Les chercheurs de L'Oréal Recherche ont ainsi pu établir et confirmer le lien qui existe entre la chute sévère de cheveux et la diminution des réserves en fer chez les femmes non ménopausées. Découverte qui a été effectuée en croisant les données concernant la chute des cheveux et le taux sanguin de ferritine, une protéine de stockage du fer qui reflète les réserves globales de l'organisme.
«Si une femme non ménopausée perd ses cheveux de façon répétée sur son oreiller et ses vêtements, cela peut être la trace d'un désordre, voire d'une carence en fer qui peut provoquer un état de fatigue, explique le dermatologue Olivier de Lacharrière, de L'Oréal Recherche. Une femme qui a une chute de cheveux sévère devrait donc demander à son médecin d'évaluer son statut en fer par un dosage sanguin de ferritine afin d'orienter sa prise en charge, sachant qu'il suffit d'un supplément en fer pour que l'état de la personne s'améliore.»
Grâce à l'étude Su.Vi.Max, l'équipe du Dr de Lacharrière a par ailleurs décelé diverses modifications du cuir chevelu qui apparaissent au cours du vieillissement normal et qui sont associées à la diminution de la densité des cheveux survenant avec l'âge autant chez les femmes que chez les hommes. À la différence que, chez les femmes, «le processus débute avec un retard de 10 à 12 ans par rapport aux hommes. Ou inversement, tout se passe comme si les hommes étaient en avance de 12 ans sur les femmes quant au vieillissement du scalp», souligne le chercheur.
Renflements et halos brunâtres autour du site d'émergence des cheveux ainsi que diversité des diamètres des cheveux sont les manifestations qui ont été observées chez les personnes âgées ainsi que sur celles destinées à devenir chauves, précise le dermatologue. Ces signes qui traduisent des anomalies du fonctionnement des follicules pileux et annoncent la chute prochaine et définitive des cheveux s'avèrent de ce fait des marqueurs précoces de l'alopécie. «La compréhension de ces stades précoces du vieillissement du scalp nous permettra de dégager de nouvelles cibles sur lesquelles nous pourrions agir afin de développer de nouvelles stratégies de traitement de l'alopécie», avance le Dr de Lacharrière.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

