Lettres: Un «moi» qui se conjugue au pluriel
Jan-Marc Lavergne - Montréal, le 17 juin 2003
25 juin 2003
J'ai connu Pierre Bourgault à l'âge de 12 ans alors que, pendant les élections de 1966, j'étais petit porteur pour le journal Le Devoir. Dans ma longue runne de cinq kilomètres, je ne desservais même pas 20 abonnés. J'avais alors amplement de temps pour lire le journal, en marchant. C'est ainsi que se sont installées les bases de ma culture sociale et politique, en compagnie de Pierre Bourgault qui alimentait les manchettes.
Nos routes se sont croisées quelquefois, d'abord à l'UQAM, puisque je fais partie de sa première brassée d'étudiants en communication, au début des années 80. Je n'étais pas un de ses favoris, ayant eu des «argumentations» avec lui. Je ne pouvais supporter ses mots à l'endroit de René Lévesque et je l'accusais, en toute naïveté, de révisionnisme historique, mais j'adorais ses cours et surtout celui axé sur l'expression orale où j'ai «pris mon pied» comme pas un.
Peu de temps après, alors que Victor-Lévy Beaulieu, avec qui je collaborais, publiait ses écrits polémiques, je l'ai côtoyé dans les kiosques des divers salons du livre avec cette détestable impression qu'il ne se souvenait pas de moi comme un de ses élèves.
Par la suite, lecteur bénévole à l'INCA (l'Institut national canadien pour les aveugles), j'étais devenu fièrement sa voix officielle, ayant eu le bonheur de lire trois de ses livres, les deux écrits polémiques, publiés chez VLB et le Moi je m'en souviens publié chez Stanké. Je crois bien avoir réussi à ne pas le caricaturer dans le ton et la saccade quoique cela me fut bien difficile étant donné que j'aimais bien l'imiter.
Sa disparition me ramène aux véritables sentiments que j'éprouvais envers lui. Beaucoup d'amour et d'attachement cachés sous un flot de mots revêches, lancés en bravades, comme pour être certain de ne pas faire groupie. Ainsi fut la réaction que j'avais eue au visionnement du film RIN de Jean-Claude Labrecque. Je ne pouvais supporter ses «moi, je... », sans doute parce que je ne pouvais les faire miens. Plus tard seulement, il y a quelques mois, j'ai eu le sentiment que son «moi» pouvait se conjuguer au pluriel... et j'en fus apaisé et reconnaissant.
Nos routes se sont croisées quelquefois, d'abord à l'UQAM, puisque je fais partie de sa première brassée d'étudiants en communication, au début des années 80. Je n'étais pas un de ses favoris, ayant eu des «argumentations» avec lui. Je ne pouvais supporter ses mots à l'endroit de René Lévesque et je l'accusais, en toute naïveté, de révisionnisme historique, mais j'adorais ses cours et surtout celui axé sur l'expression orale où j'ai «pris mon pied» comme pas un.
Peu de temps après, alors que Victor-Lévy Beaulieu, avec qui je collaborais, publiait ses écrits polémiques, je l'ai côtoyé dans les kiosques des divers salons du livre avec cette détestable impression qu'il ne se souvenait pas de moi comme un de ses élèves.
Par la suite, lecteur bénévole à l'INCA (l'Institut national canadien pour les aveugles), j'étais devenu fièrement sa voix officielle, ayant eu le bonheur de lire trois de ses livres, les deux écrits polémiques, publiés chez VLB et le Moi je m'en souviens publié chez Stanké. Je crois bien avoir réussi à ne pas le caricaturer dans le ton et la saccade quoique cela me fut bien difficile étant donné que j'aimais bien l'imiter.
Sa disparition me ramène aux véritables sentiments que j'éprouvais envers lui. Beaucoup d'amour et d'attachement cachés sous un flot de mots revêches, lancés en bravades, comme pour être certain de ne pas faire groupie. Ainsi fut la réaction que j'avais eue au visionnement du film RIN de Jean-Claude Labrecque. Je ne pouvais supporter ses «moi, je... », sans doute parce que je ne pouvais les faire miens. Plus tard seulement, il y a quelques mois, j'ai eu le sentiment que son «moi» pouvait se conjuguer au pluriel... et j'en fus apaisé et reconnaissant.
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