Enfants de la loi 101 - Adrian, Montréalais plus que Québécois
Photo : Jacques Nadeau
Adrian Marolly se considère d’abord comme un Indien, mais sa ville, «c’est Montréal, et de loin».
Depuis l'adoption de la loi 101, au mois d'août 1977, les enfants d'immigrants doivent fréquenter les écoles françaises, à moins que leurs parents n'aient étudié en anglais au Canada. Il y a 25 ans, la première cohorte de ces «enfants de la loi 101» achevait sa première année scolaire. Le Devoir a rencontré trois de ces jeunes adultes qui ont fréquenté les écoles françaises. Reflets vivants de la diversité culturelle québécoise, ils nous parlent d'eux, de leur enfance, de leur histoire, de leur identité.
Avec son teint légèrement basané et ses yeux brun-vert, Adrian Marolly passe pour un Latino à Puerto Rico, pour un Arabe au Moyen-Orient, pour un Indien en Inde ou pour un Européen en Europe lorsqu'il a son teint d'hiver.
Globe-trotter aguerri, le jeune Montréalais de 24 ans apprécie ce côté «caméléon» qui reflète un peu ses origines ethniques: son père né en Inde est de descendance anglaise et irakienne, alors que sa mère, aussi indienne, a également des racines portugaises.
«Moi, je me sens indien, je mange à l'indienne, mes valeurs sont davantage indiennes, notamment lorsqu'il est question de la famille. Mais quand je voyage, et je voyage beaucoup, je me sens Canadien.» Et Québécois? «Dans ma tête, un Québécois est plutôt un francophone, à la peau blanche. Je ne me vois pas vraiment comme un Québécois, mais je me vois comme un Montréalais. Ma ville, c'est Montréal, et de loin.»
Né dans l'émirat arabe du Bahreïn, Adrian arrive au Québec à l'âge de sept ans, quand sa famille vient rejoindre les sept oncles et tantes déjà installés dans l'ouest de l'île de Montréal. «Mes parents se disaient qu'il y aurait plus d'avenir pour leurs enfants ici. Quand tu n'es pas musulman et que tu ne parles pas l'arabe au Bahreïn, il y a moins de possibilités.»
À son arrivée, Adrian doit fréquenter l'école française, même s'il est de langue maternelle anglaise, puisque ses parents n'ont pas étudié l'anglais au Canada. Ses parents trouvent cela plutôt positif: «Ils voyaient cela comme un bonus: c'est un outil de plus pour moi.» Même s'il vit au jour le jour en anglais, le jeune homme est aujourd'hui bien heureux de compter cette corde à son arc.
En seulement six mois de classe d'accueil, l'élève apprend les rudiments du français, suffisamment pour faire le saut dans une classe régulière et même poursuivre ses études dans un programme enrichi. «J'ai appris très vite. Normalement, les gens passaient un an ou deux en classe d'accueil.»
La transition a été plus difficile pour son frère plus âgé, arrivé en première secondaire.
À son école secondaire, à Pierrefonds, environ la moitié des élèves étaient francophones et l'autre moitié allophones. «Il y avait des sous-groupes: il y avait ceux qui parlaient anglais, puis dans cette catégorie, il y avait les Arabes, les Chinois, les Indiens... Mais vers le secondaire III ou IV, les gens se mêlaient un peu plus.» Encore aujourd'hui, le réseau d'amis d'Adrian est principalement constitué de ses amis du secondaire, pour la plupart allophones et qui communiquent principalement en anglais.
Il estime que les francophones étaient défavorisés au secondaire quand venait le temps de socialiser: «Ils avaient la barrière de la langue. Nous autres, on parlait tous anglais et on pouvait leur parler en français, mais les francophones ne pouvaient pas vraiment nous parler en anglais.»
À leur arrivée dans l'ouest de l'île, les enfants immigrants mettaient les bouchées doubles pour apprendre à la fois l'anglais dans la rue et le français à l'école. «Même un Arabe qui vient tout juste d'arriver et ne parlait pas anglais avant va faire un effort pour l'apprendre, pour pouvoir socialiser. La socialisation se passait en anglais.» Pourquoi? «C'est une question de nombre, c'est le langage global, le plus utilisé dans le monde», répond-il.
Adrian ne sentait cependant pas de mépris à l'égard du français. Il estime que les tensions culturelles provenaient davantage des élèves francophones, «plus révoltés», en pleine période de négociations constitutionnelles, dans les années 1991 et 1992.
Le français: un atout
Une fois au cégep, Adrian a choisi de poursuivre ses études dans la langue de Shakespeare, en s'inscrivant au collège John-Abott en commerce. «Je n'ai pas vraiment hésité, cela m'a sauté dans la face. J'avais déjà le français dans mon sac à outils. Je ne voulais pas que la langue soit un obstacle lors d'études plus poussées.» N'empêche, au cours de la première année de cégep, l'étudiant avoue qu'il pensait en anglais, pour ensuite traduire en français dans sa tête et écrire en anglais!
En pleine recherche d'emploi depuis un mois, après avoir vendu son petit commerce de pièces informatiques sur Internet, Adrian estime que sa connaissance du français l'avantage sur le marché du travail. «Je fais souvent des entrevues à Toronto et je réalise que je peux passer devant un unilingue anglais qui détient une maîtrise, alors que j'ai un baccalauréat, simplement parce que je parle le français.» Plusieurs de ses amis anglophones, qui n'ont pas eu la chance d'apprendre le français pendant leurs études, retournent maintenant sur les bancs d'école, conscients de leur handicap sur le marché du travail.
Adrian, de son côté, collectionne les langues. En plus de maîtriser celle de Molière, même s'il l'utilise très peu, il parle aussi le créole, parce que sa copine vient de l'Île Maurice, et l'espagnol, pour avoir suivi des cours à l'université. Il baragouine également l'arabe, appris dans son enfance, et le latin, enseigné au secondaire. Un vrai citoyen du monde!
La rudesse des hivers québécois l'incite d'ailleurs à chercher un emploi sous des cieux plus tempérés. «Mais je vais toujours revenir à Montréal!»
Avec son teint légèrement basané et ses yeux brun-vert, Adrian Marolly passe pour un Latino à Puerto Rico, pour un Arabe au Moyen-Orient, pour un Indien en Inde ou pour un Européen en Europe lorsqu'il a son teint d'hiver.
Globe-trotter aguerri, le jeune Montréalais de 24 ans apprécie ce côté «caméléon» qui reflète un peu ses origines ethniques: son père né en Inde est de descendance anglaise et irakienne, alors que sa mère, aussi indienne, a également des racines portugaises.
«Moi, je me sens indien, je mange à l'indienne, mes valeurs sont davantage indiennes, notamment lorsqu'il est question de la famille. Mais quand je voyage, et je voyage beaucoup, je me sens Canadien.» Et Québécois? «Dans ma tête, un Québécois est plutôt un francophone, à la peau blanche. Je ne me vois pas vraiment comme un Québécois, mais je me vois comme un Montréalais. Ma ville, c'est Montréal, et de loin.»
Né dans l'émirat arabe du Bahreïn, Adrian arrive au Québec à l'âge de sept ans, quand sa famille vient rejoindre les sept oncles et tantes déjà installés dans l'ouest de l'île de Montréal. «Mes parents se disaient qu'il y aurait plus d'avenir pour leurs enfants ici. Quand tu n'es pas musulman et que tu ne parles pas l'arabe au Bahreïn, il y a moins de possibilités.»
À son arrivée, Adrian doit fréquenter l'école française, même s'il est de langue maternelle anglaise, puisque ses parents n'ont pas étudié l'anglais au Canada. Ses parents trouvent cela plutôt positif: «Ils voyaient cela comme un bonus: c'est un outil de plus pour moi.» Même s'il vit au jour le jour en anglais, le jeune homme est aujourd'hui bien heureux de compter cette corde à son arc.
En seulement six mois de classe d'accueil, l'élève apprend les rudiments du français, suffisamment pour faire le saut dans une classe régulière et même poursuivre ses études dans un programme enrichi. «J'ai appris très vite. Normalement, les gens passaient un an ou deux en classe d'accueil.»
La transition a été plus difficile pour son frère plus âgé, arrivé en première secondaire.
À son école secondaire, à Pierrefonds, environ la moitié des élèves étaient francophones et l'autre moitié allophones. «Il y avait des sous-groupes: il y avait ceux qui parlaient anglais, puis dans cette catégorie, il y avait les Arabes, les Chinois, les Indiens... Mais vers le secondaire III ou IV, les gens se mêlaient un peu plus.» Encore aujourd'hui, le réseau d'amis d'Adrian est principalement constitué de ses amis du secondaire, pour la plupart allophones et qui communiquent principalement en anglais.
Il estime que les francophones étaient défavorisés au secondaire quand venait le temps de socialiser: «Ils avaient la barrière de la langue. Nous autres, on parlait tous anglais et on pouvait leur parler en français, mais les francophones ne pouvaient pas vraiment nous parler en anglais.»
À leur arrivée dans l'ouest de l'île, les enfants immigrants mettaient les bouchées doubles pour apprendre à la fois l'anglais dans la rue et le français à l'école. «Même un Arabe qui vient tout juste d'arriver et ne parlait pas anglais avant va faire un effort pour l'apprendre, pour pouvoir socialiser. La socialisation se passait en anglais.» Pourquoi? «C'est une question de nombre, c'est le langage global, le plus utilisé dans le monde», répond-il.
Adrian ne sentait cependant pas de mépris à l'égard du français. Il estime que les tensions culturelles provenaient davantage des élèves francophones, «plus révoltés», en pleine période de négociations constitutionnelles, dans les années 1991 et 1992.
Le français: un atout
Une fois au cégep, Adrian a choisi de poursuivre ses études dans la langue de Shakespeare, en s'inscrivant au collège John-Abott en commerce. «Je n'ai pas vraiment hésité, cela m'a sauté dans la face. J'avais déjà le français dans mon sac à outils. Je ne voulais pas que la langue soit un obstacle lors d'études plus poussées.» N'empêche, au cours de la première année de cégep, l'étudiant avoue qu'il pensait en anglais, pour ensuite traduire en français dans sa tête et écrire en anglais!
En pleine recherche d'emploi depuis un mois, après avoir vendu son petit commerce de pièces informatiques sur Internet, Adrian estime que sa connaissance du français l'avantage sur le marché du travail. «Je fais souvent des entrevues à Toronto et je réalise que je peux passer devant un unilingue anglais qui détient une maîtrise, alors que j'ai un baccalauréat, simplement parce que je parle le français.» Plusieurs de ses amis anglophones, qui n'ont pas eu la chance d'apprendre le français pendant leurs études, retournent maintenant sur les bancs d'école, conscients de leur handicap sur le marché du travail.
Adrian, de son côté, collectionne les langues. En plus de maîtriser celle de Molière, même s'il l'utilise très peu, il parle aussi le créole, parce que sa copine vient de l'Île Maurice, et l'espagnol, pour avoir suivi des cours à l'université. Il baragouine également l'arabe, appris dans son enfance, et le latin, enseigné au secondaire. Un vrai citoyen du monde!
La rudesse des hivers québécois l'incite d'ailleurs à chercher un emploi sous des cieux plus tempérés. «Mais je vais toujours revenir à Montréal!»
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