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Train de banlieue - Montréal bloque l'érection d'une gare

Alec Castonguay   23 juin 2003 
Décidément, les nouvelles ne sont pas bonnes pour les adeptes du transport en commun de la région métropolitaine. Après l'annonce de la Société de transport de Montréal, jeudi, d'une possible fermeture du métro la fin de semaine, Le Devoir a appris que la Ville de Montréal bloque l'installation sur son territoire d'une gare sur la ligne de train de banlieue Blanville-Jean-Talon.

La gare Innopôle, qui devait voir le jour dans le nord de Montréal, entre le Marché central et la Cité de la mode, à quelques pas du rond-point de l'Acadie, ne sera vraisemblablement pas construite cet automne comme prévu.

L'Agence métropolitaine de transport (AMT) et le ministère des Transports du Québec (MTQ) ont inscrit à leurs budgets les sommes nécessaires à la réalisation du projet, soit 250 000 $ pour l'AMT et 750 000 $ pour le MTQ. Mais la Ville de Montréal rechigne à payer la facture annuelle supplémentaire qu'entraînerait une nouvelle gare sur son territoire.

En vertu du partage des coûts en vigueur à l'AMT, Montréal devrait débourser 400 000 $ les deux premières années et 168 000 $ annuellement ensuite.

Au Service des communications de la Ville de Montréal, on explique seulement que des études sont en cours au département du développement économique pour savoir si une gare à cet endroit est vraiment nécessaire, ce qui cause le délai. Le responsable du transport dans l'administration Tremblay, Claude Dauphin, n'a pas rappelé Le Devoir.

Toutefois, Georges Bossé, membre du conseil exécutif et responsable du développement économique à la Ville, affirmait cet hiver «douter du bien-fondé de ce projet», ajoutant «qu'on ne pouvait pas créer un besoin pour une gare, mais seulement répondre à une demande».

À l'AMT, on marche visiblement sur des oeufs, se contentant de dire que toutes les analyses précédentes démontraient l'efficacité du projet. «Pour nous, c'est clair que toutes les études qu'on a faites étaient concluantes, explique Manon Goudreault, directrice des communications à l'AMT. La ligne Blainville-Jean-Talon fonctionne très bien. L'achalandage dépasse les 8000 passagers par jour, ce qui en fait l'une des plus occupées de notre réseau.»

Au MTQ, on a encore bon espoir d'ériger la gare. «Tous les projets du ministère sont en révision pour voir ce qui doit aller de l'avant, explique Isabelle Merrizzi, l'attachée de presse du ministre des Transports. Mais nous sommes en faveur du transport en commun et ça augure bien pour ce projet.»

La venue du débarcadère avait été annoncée en novembre 2001 par l'ancienne administration municipale pour desservir les 26 000 personnes qui travaillent dans ce secteur de la ville, mal alimenté en transport public.

À la Société de développement et de promotion de l'Innopôle (SDPI), un organisme qui défend les intérêts du Marché central, du parc industriel l'Acadie et de la Cité de la mode, on ne comprend pas cette volte-face. «Le train passe déjà par là, c'est une aberration qu'il ne s'arrête pas! lance Denis Leclerc, président de la SDPI. On nous a promis il y a deux ans que cette gare verrait le jour. Des entreprises se sont installées dans le secteur justement pour la future gare, alors que d'autres attendent de voir ce qui va arriver. Pendant qu'on perd encore du temps, les milliers de travailleurs du quartier n'ont pas le service promis.»

Une perte de temps qui ne serait pas étrangère au contexte municipal actuel, selon Gérard Beaudet, directeur de l'Institut d'urbanisme de Montréal. «Avec la nouvelle loi sur les défusions, tous les projets risquent de ralentir, dit-il. Surtout que beaucoup de gens à la Ville vont être occupés dans leur ancienne municipalité.»

Plusieurs intervenants proches du projet de la gare n'ont d'ailleurs pas manqué de souligner au Devoir que l'homme en charge du dossier de l'Innopôle était Luis Miranda, l'ancien maire d'Anjou, qui se réjouissait la semaine dernière de la loi sur les défusions. «Curieusement, les études sur le projet de gare et la revitalisation du quartier vont être prêtes seulement vers la fin de l'automne ou au début de l'année prochaine, soit après le déclenchement des processus de défusions, souligne Denis Leclerc. Mais nous, on veut juste développer le secteur et c'est maintenant qu'on a besoin de cette gare, surtout que les budgets de l'AMT et du MTQ en tiennent compte cette année.»

Gérard Beaudet pense lui aussi que le temps presse. «La Cité de la mode, située juste derrière cette future gare, est en pleine reconstruction, puisque les industries du textile et du vêtement présentes rue Chabanel sont durement malmenées par la concurrence mondiale, explique-t-il. Aujourd'hui, il est impensable de revitaliser un quartier sans un bon réseau de transport en commun.»

Selon Paul Lewis, professeur à l'Institut d'urbanisme, «on ne peut pas tout le temps dire que le transport en commun est une priorité et ne jamais le démontrer! dit-il. La Ville doit faire des efforts pour bien desservir les gros secteurs d'emplois sur l'île, comme dans l'Innopôle, sinon le transport en commun n'aura jamais la portée qu'on veut.»






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