Lettres: Feu Bourgault
Éric Martin - Étudiant en journalisme et président intérimaire de l'Association générale des étudiants en communication de l'UQAM, le 17 juin 2003
18 juin 2003
La une du journal, encore aujourd'hui, respire le désespoir et m'emplit de colère. Après le budget, ou plutôt le plan de déconstruction sociale des libéraux, voici que Pierre Bourgault vient de mourir et, avec lui, toute une époque. Le fondateur du RIN s'est éteint et, avec lui, le feu sacré qui avait enflammé le peuple du Québec en faisant naître en lui le rêve d'un pays. Notre petite province sera autrement silencieuse sans ce franc-parler qui vous chauffait les oreilles et vous embrasait le coeur. Impatient, fougueux, tantôt dramatique, tantôt savoureusement sarcastique, Bourgault en arrivait à se dispenser des formalités politiques creuses et à pourfendre la rhétorique démagogique des adorateurs de l'unifolié.
Notre université perd certes l'un de ses anciens professeurs, mais c'est surtout le Québec qui perd un de ses bâtisseurs des plus passionnés, et l'indépendance, un de ses défenseurs les plus ardents. Cruel pied-de-nez du destin, Bourgault n'aura jamais vu l'indépendance pour laquelle il s'est tant battu. Au contraire, il aura eu le temps de voir les libéraux prendre le contrôle de la salle des machines en criant: «En arrière, toute!»... Ces mêmes libéraux dont on espère qu'ils auront la décence de donner à Pierre Bourgault la place qu'il mérite dans l'histoire. Nous lui devons des funérailles nationales. Mais surtout, nous lui devons de réorienter notre société, qui a mis le cap sur l'individualisme et qui s'enlise chaque jour plus avant dans une entreprise d'automutilation et de négation du destin collectif des Québécois.
Notre université perd certes l'un de ses anciens professeurs, mais c'est surtout le Québec qui perd un de ses bâtisseurs des plus passionnés, et l'indépendance, un de ses défenseurs les plus ardents. Cruel pied-de-nez du destin, Bourgault n'aura jamais vu l'indépendance pour laquelle il s'est tant battu. Au contraire, il aura eu le temps de voir les libéraux prendre le contrôle de la salle des machines en criant: «En arrière, toute!»... Ces mêmes libéraux dont on espère qu'ils auront la décence de donner à Pierre Bourgault la place qu'il mérite dans l'histoire. Nous lui devons des funérailles nationales. Mais surtout, nous lui devons de réorienter notre société, qui a mis le cap sur l'individualisme et qui s'enlise chaque jour plus avant dans une entreprise d'automutilation et de négation du destin collectif des Québécois.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

