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L'ADQ à gauche du PLQ

Un exercice de recentrage s'amorce dans le parti de Mario Dumont

Tommy Chouinard   16 juin 2003 
Québec - Face à un Parti libéral au pouvoir qui monopolise la droite, l'Action démocratique du Québec se redéfinit. Le parti de Mario Dumont opère en effet un recentrage pour se positionner autrement sur l'échiquier politique et modifier la perception des Québécois à son égard, sans toutefois renier ses valeurs fondatrices.

Une tournée de consultation accompagne cette opération de recentrage afin de rapprocher le parti de sa base militante et de mettre fin aux tiraillements qui assaillent son organisation depuis la défaite amère du 14 avril. L'ADQ se donne 18 mois pour accoucher d'un plan d'action visant à renforcer son organisation et raffiner son message.

«Il y a deux éléments dans le recentrage. Il y a des éléments de contenu et de réflexion qu'on pourra amener vers un recentrage. Il y a aussi des éléments de perception. Pour moi, avant même de penser à ce qu'on pourrait faire évoluer dans notre programme, il faut ramener dans nos communications avec les Québécois ce qu'est vraiment l'ADQ», a affirmé Mario Dumont lors d'une entrevue accordée samedi au Devoir dans le cadre du conseil général de son parti qui a réuni quelque 300 adéquistes à Trois-Rivières.

L'ADQ souhaite ainsi retourner vers ses racines. «Le recentrage, c'est revenir aux valeurs de base sur lesquelles les gens nous ont connus, par rapport à la relation de l'État avec ses citoyens, la vision nationaliste [mais pas indépendantiste] d'affirmation du Québec, la justice entre les générations, la famille, la préparation de l'avenir à long terme. Ce sont nos éléments de base», a souligné Mario Dumont, tout en rappelant qu'il s'agit là des deux premières pages du programme adéquiste. Pour le reste, les dizaines d'autres pages, ce sont des mesures qui, elles, peuvent changer, évoluer. «Dans certains cas, le recentrage, c'est revenir à ce qu'on veut vraiment faire», a-t-il ajouté.

Des actions concrètes traduisent déjà cette volonté de recentrage, puisque l'aile plus progressiste du parti prend du galon. Judy Fay, directrice exécutive pour le groupe communautaire Groupe action nouvelle, a été élue vice-présidente du comité exécutif de l'ADQ. Candidate défaite dans la circonscription de Laporte, sur la rive sud de Montréal, elle avait été décrite en campagne électorale comme une des figures les plus à gauche au sein du parti de Mario Dumont. Ensuite, Marie Grégoire, ex-députée de Berthier, a été nommée présidente de la commission politique, qui est responsable de la définition du programme. Elle est également reconnue pour sa vision humaniste. Le recentrage est donc déjà en cours. «Regardez ce qu'elles font dans la vie, ça vous donne une idée. Ça parle de soi que ces deux personnes mettent de l'oxygène dans le parti», a affirmé au Devoir le président de l'ADQ, Guy Laforest.

La nécessité d'un recentrage de l'ADQ est partagée par bon nombre de ses membres et principaux porte-parole. «Je crois que l'ADQ est allée à droite car, dans les dernières années, on était allé trop à gauche. Mais je ne serais pas à l'aise si l'ADQ va plus à droite. Je pense que, comme société, il faudra revenir plus au centre que les libéraux. Le Parti libéral s'en va occuper toute la droite actuellement», a souligné Joëlle Lescop, porte-parole du parti en matière de santé et candidate défaite dans Vachon. Partenariats public-privé, révision du modèle québécois, décentralisation: autrefois associées à l'ADQ, ces orientations sont maintenant reprises par le gouvernement Charest, ce qui laisse bien peu de place à droite pour l'ADQ. Mario Dumont reconnaît un certain «emprunt de vocabulaire», mais il estime que le PLQ, lui, n'a pas de vision.

Joëlle Lescop estime que ce recentrage ne trahit en rien les idées de l'ADQ, puisque c'est dans leur mise en application que des changements doivent s'opérer. «On a fait peur aux gens. Les infirmières au porte à porte nous disaient: si on vote pour vous, on va perdre nos jobs. Mais voyons, on manque d'infirmières! La même chose a été dite par des enseignantes», a affirmé Mme Lescop, qui croit que l'ADQ doit mieux faire passer son message.

Les stratégies de communication de l'ADQ sont d'ailleurs au coeur du recentrage. Le chef adéquiste estime que son message a été «déformé» par ses adversaires. Par exemple, le taux d'imposition unique, mesure prise isolément, peut être considéré comme radical, a-t-il noté. «Mais nous, on n'a jamais parlé de notre taux d'imposition unique sans parler de revenu minimum du citoyen», a ajouté M. Dumont. Par ailleurs, l'ADQ fera davantage valoir les causes qu'elle a défendues au cours des dernières années, comme la lutte aux clauses discriminatoires et l'amélioration des conditions des travailleurs autonomes, qui n'ont rien à voir avec le radicalisme qui a été véhiculé à son sujet.

Pour le chef adéquiste, il n'est cependant pas question de dénaturer le parti. «L'ADQ va rester l'ADQ. On ne sera pas le parti qui va prôner l'interventionnisme de l'État ou un parti qui va proposer la création de plus de structures», a tenu à préciser Mario Dumont.

Ce sont les militants qui sont appelés à définir largement ce recentrage. Une vaste tournée de consultation des membres a été lancée samedi afin de rapprocher le parti de sa base militante, ce qui n'est pas sans rappeler la démarche entreprise par Jean Charest à la suite de sa défaite en 1998. Mario Dumont entend d'ailleurs se rendre dans les 125 circonscriptions du Québec d'ici Noël 2004. Cette tournée débouchera sur un plan d'action dont une première version devrait être produite pour l'automne.

Les consultations ont pour objectif non seulement de recueillir des idées et des suggestions sur le programme mais aussi de renforcer l'organisation du parti. «Le vécu de la dernière année, de la campagne électorale, vous a fait suffisamment mal, nous a fait suffisamment mal pour que ce qu'on entreprenne comme démarche soit en vue d'implanter des changements dans notre parti, notre fonctionnement, notre organisation», a lancé Mario Dumont aux 300 adéquistes réunis à Trois-Rivières.

Le chef estime qu'il est temps que le parti «retourne vers la base pour voir ce que les membres attendent de leur parti». Le conseil général a notamment voté en faveur de la création de tables de concertation régionales. Les commissions du parti seront élargis, des sous-comités seront créés, des associations locales (qui manquent dans quelque 70 circonscriptions) seront constituées dans tous les comtés, le nombre de militants qui travaillent activement au sein des instances du parti sera quadruplé, a assuré Mario Dumont. «Il faut revoir nos façons de faire. Il faut faire sentir que le parti est un lieu d'accueil et d'ouverture», a-t-il noté. Ces mesures viennent répondre aux problèmes diagnostiqués par les membres réunis en conseil général sur l'organisation du parti lors de la campagne électorale, comme le manque de communication entre les instances locales et le comité national. Guy Laforest a d'ailleurs noté que des «changements substantiels», qui ne se feront pas «sans grincements», sont à prévoir.

Cette volonté n'est pas étrangère aux tiraillements que connaît l'ADQ. À ceux qui réclament la tête de personnalités dans son entourage, Mario Dumont répond: «Je pense que ce n'est pas une façon de fonctionner. Les gens qui veulent des changements voient que c'est ce qui va se produire. On n'a pas fait l'exercice d'aujourd'hui [samedi] pour des raisons cosmétiques. On l'a fait parce qu'on veut implanter des changements à tous les niveaux.»

Néanmoins, les dissensions au sein du parti ont éclaté au grand jour samedi alors que les membres ont procédé à un débat relevé sur l'exclusion ou non des médias de la séance plénière afin de «laver le linge sale en famille», comme l'a lancé le candidat défait dans Champlain, Roch Laviolette.

Par ailleurs, l'aile parlementaire de l'ADQ devrait connaître son sort aujourd'hui, mercredi au plus tard, sur décision du bureau de l'Assemblée nationale. Mario Dumont a noté que les discussions, autant avec le cabinet du premier ministre Jean Charest qu'au sein du bureau de l'Assemblée nationale, se déroulent bien. L'ADQ ne sera toutefois pas reconnue comme groupe parlementaire, mais un temps de parole en Chambre et un budget de recherche au moins équivalent aux résultats obtenus le 14 avril devraient lui être accordés.
 
 
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