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Cure d'amaigrissement des engagements sociaux

Kathleen Lévesque   13 juin 2003 
Québec - Les engagements du Parti libéral en matière sociale ont subi une cure d'amaigrissement avec le dépôt du premier budget du ministre des Finances, Yves Séguin. Certaines promesses ont été freinées tandis que d'autres se sont littéralement évanouies.

Ainsi, le budget Séguin garde le silence sur les investissements devant découler de l'application du plan de lutte contre la pauvreté et limite l'injection de fonds publics dans le logement social. De plus, le gouvernement reporte à la fin de l'été la présentation de ses propositions en matière de services de garde.

Dans ce dernier dossier, le gouvernement a annoncé l'injection de 20 millions d'ici mars 2004 pour le développement de 13 900 nouvelles places. Toutefois, l'objectif de rendre accessibles 200 000 places est reporté d'un an. En fait, le gouvernement revient au calendrier initial, soit mars 2006, plutôt que mars 2005 comme l'avait annoncé le précédent gouvernement. Par contre, rien n'indique pour l'instant si ces places seront développées dans les centres de la petite enfance, en milieu familial ou dans les garderies privées.

Chose certaine, les intentions du gouvernement libéral récemment révélées par Le Devoir avaient soulevé un tollé. Hier, le ministre Séguin a annoncé la tenue d'une consultation qui permettra de formuler des recommandations au gouvernement à la fin août.

Mais il semble d'ores et déjà acquis que le financement des services de garde, qui coûtent actuellement 1,3 milliard par année, sera revu «dans le respect de la capacité de payer» des Québécois et en fonction d'une hausse de la contribution du gouvernement fédéral. «Est-ce que les familles qui gagnent 100 000 $ et plus doivent garder le privilège de payer 5 $ [par jour] pour les garderies? C'est une question dont je suis prêt à débattre», a lancé hier le ministre Séguin.

L'éventuelle remise en question de l'universalité de l'accès aux garderies à 5 $ par jour fait régner l'inquiétude dans les centres de la petite enfance et à la CSN, qui représente la majorité des travailleuses syndiquées en garderie. L'Association québécoise des centres de la petite enfance entend bien faire valoir son point de vue. «La consultation est déjà commencée. On a lancé une pétition et on maintient la marche de protestation de samedi prochain à Montréal», a précisé Hélène Potvin, présidente de cette association.

Lutte contre la pauvreté

Dans le délicat dossier de la lutte contre la pauvreté, les actions gouvernementales se limitent à un investissement de cinq millions pour aider les jeunes bénéficiaires de l'aide sociale «désirant acquérir une première expérience de travail». La formule qui sera précisée avec le dépôt des crédits aujourd'hui permettra à des entreprises de mettre en place des projets-pilotes.

Mais en ce qui concerne le plan d'action découlant de la loi 112, qui aurait normalement dû être déposé le mois dernier, aucune somme n'est prévue dans le budget Séguin. Au Collectif pour un Québec sans pauvreté, qui considérait en mars dernier que les investissements de 50 millions du gouvernement du Parti québécois n'étaient que des miettes, on ne cachait pas son profond mécontentement hier.

«C'est le silence total sur la question de la pauvreté. Ça frise le ridicule. [...] Pour un gouvernement dont certains des membres se sont battus l'automne dernier pour faire adopter une loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion, il y a vraiment là une grave erreur de jugement qu'on ne pourra pas tolérer», a soutenu Vivian Labrie, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Mme Labrie, qui a signifié personnellement son inquiétude au ministre Séguin, estime que le gouvernement tente d'éviter de faire face à sa responsabilité de déposer un plan d'action comme la loi 112 l'y oblige. «Il y a une clause d'impact dans la loi qui dit que tout ministre doit mesurer l'impact sur la pauvreté des décisions qu'il prend et en faire état. Alors, il faudra demander l'application de la clause d'impact», a ajouté Mme Labrie.

Pour la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, ce premier budget libéral est «désastreux» sur le plan social, notamment dans le dossier de la pauvreté. «C'est un silence coupable. Il faut rappeler à ce gouvernement-là qu'il a voté à l'unanimité en faveur de la loi sur la pauvreté. Il ne peut pas se défiler», a souligné Mme Carbonneau, qui estime que les Québécois paient cher ce «changement de cap idéologique».

Dans la même voie, le député péquiste François Legault, critique de l'opposition officielle en matière de finances, a abondé dans ce sens. «C'est un budget qui fait reculer la solidarité sociale», a-t-il affirmé.

Le coordonnateur du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), François Saillant, a quant à lui souligné le choix «étonnant» du gouvernement de recourir à trois de ses sociétés d'État pour augmenter ses revenus de 700 millions. «On va aller chercher des revenus supplémentaires du côté d'Hydro-Québec, de Loto-Québec et de la SAQ. Ce qu'on lance comme message à la population, y compris aux plus démunis, c'est: "Payez plus cher l'électricité, jouez plus à la loto et buvez plus, c'est comme ça que vous allez contribuer à l'équilibre des finances publiques." C'est un bien curieux projet de société, c'est une bien drôle de façon de lutter contre la pauvreté», a tranché M. Saillant.

Logement social

M. Saillant fait également une critique sévère du peu de fonds destinés à combattre la crise du logement. Si, en mars dernier, le gouvernement péquiste avait annoncé une somme de 128 millions, les libéraux ont prévu seulement 10,7 millions pour faire face au problème du logement. «Quand on ne construit pas de logements accessibles aux gens à faible revenu, on va aller de crise du logement en crise du logement. On aura besoin de mesures d'urgence à chaque année», a déploré M. Saillant.

Des 10,7 millions inscrits au budget, une somme de 5,7 millions a déjà été annoncée par le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, pour prendre des mesures exceptionnelles lors des déménagements du 1er juillet. Rien n'indique que les cinq autres millions disponibles seront investis dans le logement social.

D'autres virages du gouvernement en matière sociale ont été condamnés. C'est notamment le cas des règles obligeant les entreprises à consacrer 1 % à la formation de la main-d'oeuvre. Le ministre Séguin a relevé le seuil sous lequel les PME seront exemptées. Dans les faits, le nombre d'entreprises assujetties à la loi passera de 250 000 à 10 000. La CSN et la FTQ ont dénoncé ce «recul» d'un acquis social au cours des dernières années.

Par ailleurs, le budget ne dit rien des promesses d'investissements dans les maisons d'hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale. Le Parti libéral s'était engagé à y verser 30 millions.






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  • Gilbert bernard
    Abonné
    vendredi 13 juin 2003 08h01
    Crime contre le peuple québécois
    « À force de se faire raconter des blagues, uniquement dans le but que des politiciens puissent se garder les fesses au chauds, faudrait une nouvelle loi qui régisse l'application des promesses électorales.

    La triche c'est pas bien beau ! »

  • Geneviève Fiset
    Abonnée
    vendredi 13 juin 2003 15h25
    Coupons l'intérêt de vivre au Québec
    « En coupant l'accès aux services de garde à 5$ aux familles plus aisées, c'est l'intérêt de vivre au Québec qui est coupé. Le gouvernement libéral punit les familles plus aisées au détriment des personnes qui n'ont pas d'enfants.

    Il oublie que ces familles payent déjà pour ces services avec près de 60% de leur salaire taxés tout en n'ayant pratiquement pas droit à des déductibles d'impôt en raison de « leur salaire trop élevé » (impôt fonciers, déductible pour les enfants). Le gouvernement libéral est en train « d'ontarioser » tout le Québec en sabrant dans des services qui en font son unicité et sa beauté. Pourquoi rester au Québec alors si pour plus de taxe et un moinde salaire « les famille riches québécoises» se font offrir les mêmes services qu'en Ontario ?

    Peut-être c'est cela le plan du gouvernement libéral finalement : couper aux entreprises, aux familles plus aisées, à la culture pour que plus personne n'ait intérêt à investir au Québec. La province deviendrait tellement pauvre et dépendante du reste du Canada que du même coup, il s'assurerait que le projet de souveraîneté devienne impossible à réaliser. »

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