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Nature: Le retour du «glou-glou» au Québec

Louis-Gilles Francoeur   11 juin 2002 22h39 
On ne sait pas combien ils sont dans les forêts d’Estrie et dans les derniers bouquets verts de la Montérégie, ni s’ils étaient autrefois vraiment nombreux. Mais ils étaient là au début de la colonie, les dindons sauvages qui se réinstallent au Québec depuis une vingtaine d’années.

Mais ce qu’on sait, c’est qu’une vingtaine de chasseurs se sont retrouvés à l’Université Laval en fin de semaine pour suivre le séminaire donné conjointement par la Fédération québécoise de la faune et l’Ontario Federation of Anglers and Hunters (OFAH). En Ontario, la réintroduction du dindon sauvage se poursuit avec succès depuis une vingtaine d’années. Là-bas, seuls les chasseurs ayant suivi le cours peuvent les chasser puisqu’il s’agit d’une chasse fort sélective.

Au Québec où les dindons sont paradoxalement peu nombreux, on permettait l’an dernier une chasse sans limite de prises du 1er août au 31 décembre, en se fiant sur le fait que leur nombre est assez limité pour qu’il n’y ait pas d’excès.

Les biologistes pensent que les premières observations, d’ailleurs relevées dans l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec, portaient sur des dindons qui émigraient des États-Unis, sur la trace des Royalistes... Quelques clubs et pourvoyeurs de l’Estrie et de la Montérégie en ont importé pour faire des chasses contrôlées plus ou moins confinées. Les quelques survivants de ces chasses ont pu s’ajouter aux nouveaux venus américains, ce qui pourrait contaminer, si l’on peut dire, l’espèce sauvage en raison des problèmes associés à la génétique des animaux d’élevage. Pour l’instant, aucune règle ne protège les souches sauvages contre cette hybridation qui peut jouer contre l’espèce en voie de s’installer au Québec et que la FQF propose de réintroduire par des lâchers plus substantiels.

Le dindon sauvage est un oiseau pas banal dont on chasse uniquement les mâles au printemps, après la première phase du rut. Les mâles, qui affichent dans le cou une barbichette typique, pèsent entre 17 et 21 livres alors que les femelles sont sensiblement plus petites, avec un poids s’échelonnant entre 9 et 12 livres, selon le biologiste Marc Whissell de la FQF. C’est un oiseau qu’on chasse comme l’orignal, c’est-à-dire en imitant l’appel langoureux de la femelle. Généralement, le chasseur repère le mâle à son glou-glou caractéristique. Il s’approche mais doit tenir compte de l’ouïe et de la vue absolument exceptionnelles de cet oiseau sédentaire.

Un chroniqueur de chasse et pêche américain me racontait avoir été repéré un jour par un «glou-glou» à 25 mètres parce qu’il avait fait un minime hochement de tête pour essayer de mieux le voir. Plusieurs chasseurs se couvrent même les yeux de peur que le dindon note les clignements de l’oeil! L’envol spectaculaire de ce qui ressemble à une version 747 de la gelinotte huppée est fort difficile à poursuivre avec un fusil, car le chasseur est généralement embusqué dans d’épais fourrés qui empêchent un véritable tir à la volée. On chasse cet oiseau avec des billes de fort diamètre et comme ce n’est pas un migrateur, il peut s’agir de billes de plomb, ce qui augmente sensiblement l’efficacité du tir et blesse moins d’oiseaux inutilement.
Les dindons sont des animaux qui piètent au sol, ce qui leur pose un problème de survivance en hiver, ici au Québec où le couvert neigeux est plus abondant qu’aux États-Unis. Mais, explique Marc Whissell, le volatile est très opportuniste et trouve moyen de se nourrir à peu près partout, ce qui explique sa facile et surprenante réimplantation dans l’Est américain et en Ontario. Dans cette province, le gouvernement utilise l’argent des permis de chasse spéciaux pour financer son programme de réintroduction — des groupes de 15 à 20 oiseaux qui peuvent former des cheptels locaux viables.

Si le Québec tente le coup de la réintroduction du dindon sauvage grâce au plan de la FQF, qui s’inspire directement de celui de l’Ontario, il faudrait mettre en place des règles sévères pour éviter que les dindons des fermes de chasse ne contaminent génétiquement l’espèce sauvage, comme cela a été le cas pour les sangliers dans plusieurs régions de France. Les chasseurs se plieraient à la discipline d’une chasse contrôlée, avec permis spéciaux, et le feraient sans doute de bon coeur si le bénéfice en bout de ligne permet de reconstituer un cheptel historique. De l’écologie appliquée à son meilleur.

Chasse américaine
Aller chasser aux États-Unis le dindon ou le cerf de Virginie devient une véritable sinécure avec les nouvelles règles de sécurité de Bush. Les chasseurs devront se procurer préalablement leur permis de chasse, i.e. avant de passer la frontière, et se munir d’un permis d’importation d’armes à feu. Les exigences sont décrites dans le site Internet du US Fish and Wildlife (http://offices.fws.gov/statelink.html) et dans le site du US Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearm’s Explosives Imports (ATF) (www.atf.treas.gov). Un délai de 6 à 12 semaines est nécessaire pour l’émission du permis d’importation d’armes à feu, et le chasseur devra aussi penser qu’il doit prouver à son retour qu’il était bien le propriétaire de ses armes s’il ne veut pas être refoulé vers les prisons cubaines...

Les VTT dans les dunes
Le ministère de l’Environnement du Québec vient d’accorder la permission au Club de VTT des Îles-de-la-Madeleine de prendre en charge les sentiers dans les dunes et les plages de la zone interditale (sous l’influence des marées), qu’il devra baliser et dont il devra assurer l’entretien. Le ministère avait serré la vis du fait que des espèces menacées, comme le pluvier siffleur, fréquentent et nidifient sur les plages en plaçant leurs oeufs dans le sable chaud.

Le Club devra réaliser un suivi environnemental de l’activité de ses membres et mettre en place des moyens pour civiliser les propriétaires de VTT qui sortent des sentiers battus. Il devra aussi proposer au ministère des moyens pour atténuer les répercussions environnementales de sa propre activité s’il veut être autorisé à obtenir ses permis au cours des prochaines années. Dans les dunes et les plages des Îles, les VTT ne peuvent — en principe — circuler que dans les sentiers identifiés à cette fin. Quant à la circulation sur les plages en motorisés, une activité fort populaire sur la Côte-Nord, elle est interdite aux Îles jusqu’au 15 septembre.

Musée naturel au parc des îles
Les îles de Bourcherville sont un véritable musée en plein air! On vient d’y découvrir des vestiges d’occupation par les autochtones, qui remontent à plus de 400 ans avant J.-C. Il semble que des générations entières les ont fréquentées, y abandonnant des artefacts intéressants comme des pointes de flèches, des couteaux, grattoirs et poteries d’argile qu’on dit finement décorées.

Les fouilles en cours ont par ailleurs permis la découverte de deux épaves de bateaux à vapeur ayant appartenu à John Molson au début du siècle. Comme il serait surprenant que ces bateaux aient sombré dans les chenaux en raison d’une tempête, on peut postuler qu’ils y ont été délibérément coulés parce qu’on assimilait les îles à un dépotoir aquatique!!! S’agit-il d’un autre Irving Whale dont il faudra refiler la facture à la famille Molson? Plus sérieusement, le secteur recèle bien des surprises car, si on a perçu jusqu’ici les îles comme un milieu champêtre, on y trouvait au début du dernier siècle un des premiers parcs d’amusement du Québec, le parc King Edward, qui avait été installé sur l’île Grosbois!

Lecture: Les oiseaux de proie, Éditions Atlas, Paris, 2002, 238 pages. Un livre remarquable par la qualité des photographies ou des dessins qu’on a utilisés pour certaines espèces particulièrement difficiles à observer. Comme il s’agit d’un atlas, les textes sont réduits au minimum mais, en contrepartie, on a une vue d’ensemble de 140 de ces prédateurs aux becs crochus et aux griffes acérées, qu’on retrouve aux quatre coins de la planète. Pour une vue d’ensemble succincte et facile d’accès.
 
 
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