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Libre opinion: Un corps sain dans un environnement sain

Guy Lessard - Président du Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ)  11 juin 2003 
Le nouveau gouvernement du Québec a choisi de faire de la santé sa plus importante priorité, reconnaissant par là qu'il en était de même pour une majorité de Québécois. De manière plus spécifique, il entend mettre en oeuvre une stratégie visant à réduire les listes d'attente, à désengorger les urgences et à hausser le financement.

Nous partageons la nécessité d'une intervention ciblée à l'égard de ces importantes problématiques. Toutefois, nous sommes d'avis que celle-ci doit s'inscrire dans une optique beaucoup plus globale qui intègre l'ensemble des facteurs qui déterminent la santé. Au-delà de la nécessité de recevoir les traitements appropriés si le malheur se produit, il est encore plus souhaitable de ne pas être malade. Par conséquent, il importe d'adopter une optique de soins de santé visant la population en général plutôt qu'une approche axée strictement sur le traitement des individus (pratiques médicales, soins directs aux patients, etc.). Sans une telle vision globale intégrant l'ensemble des déterminants comme la lutte contre la pauvreté, l'alimentation, la qualité de l'environnement, la sédentarité, l'exode des régions, etc., il sera en outre impossible de mettre un frein à l'accroissement des coûts du système. Le fait d'investir dans la prévention permet d'envisager, à long terme, des économies substantielles qui seront bénéfiques pour les finances publiques. C'est aussi ça, le développement durable.

L'un des facteurs déterminants de la santé qui doit recevoir une attention particulière, c'est la protection de notre environnement. Une foule de facteurs liés au développement fulgurant de nos sociétés modernes, grâce à l'industrialisation et à la mécanisation de l'économie, ont entraîné et continuent de provoquer des impacts considérables sur l'environnement. Les éléments essentiels à la vie comme l'eau, l'air et la nourriture sont aujourd'hui des milieux d'exposition à des contaminants chimiques et microbiologiques, ainsi qu'à des agents physiques, dont on continue de découvrir les effets sur la santé humaine. Les relations de cause à effet entre les problématiques environnementales (pollution de l'air et de l'eau, sols contaminés, pesticides, etc.) et la santé humaine (maladies respiratoires, allergies, fertilité, cancer, troubles gastro-intestinaux, etc.) sont de plus en plus documentées.

Qui plus est, des menaces environnementales globales, comme les changements climatiques, continueront d'accroître et d'accentuer les risques pour la santé et le bien-être des humains (nombre accru d'épisodes de smog, maladies et mortalités causées par les vagues de chaleur et de froid, contamination de l'eau et de la nourriture, maladies transmises par des insectes, etc.), sans compter les impacts qu'ils ont sur l'économie des collectivités et la qualité de vie de ses habitants. Il apparaît donc évident qu'il faut porter une attention toute particulière à la protection de l'environnement si l'on veut satisfaire les exigences des Québécois pour une meilleure santé.

Or, malgré les engagements politiques répétés en faveur d'une telle révolution, notamment depuis le rapport Brundtland sur l'avenir de la planète, l'environnement occupe toujours une place tout à fait marginale dans les orientations de développement de la société. Les gouvernements tardent à adopter une vision systémique, laquelle permettrait de guider l'ensemble de l'action gouvernementale vers une stratégie cohérente de développement durable en intégrant les considérations environnementales en amont des processus décisionnels. Conséquemment, les enjeux environnementaux demeurent aujourd'hui nettement négligés même s'ils offrent des réponses concrètes à de multiples maux qui, eux, sont au coeur des débats (santé, économie, finances publiques, transports, etc.).

Il est donc primordial pour l'avenir du Québec de revoir le rôle et la place de l'environnement dans l'action gouvernementale, comme le prévoit d'ailleurs le nouveau gouvernement (Plan vert, commissaire à l'environnement et au développement durable). En outre, la mission du ministère de l'Environnement doit être renforcée de manière à refléter le caractère horizontal des préoccupations qu'il porte (la santé publique, par exemple). Ce ministère doit enfin reprendre le contrôle de ses responsabilités sur l'ensemble des secteurs clefs (cours d'eau, forêt, énergie, faune, etc.) et pouvoir compter sur une augmentation substantielle de ses budgets et de ses ressources. Rappelons qu'avec 193 millions de dollars, le ministère de l'Environnement accapare tout juste 0,35 % du budget total de dépense du gouvernement du Québec (54 milliards).

Le jeune ministère de l'Environnement du Québec a toujours fait face à un manque important de ressources pour assurer un contrôle adéquat de la réglementation, pour développer et mettre à jour les connaissances sur notre environnement et pour assurer le suivi des politiques et des objectifs de dépollution. Le nouveau gouvernement devra non seulement éviter toutes coupes budgétaires en environnement mais y investir les sommes nécessaires pour lui permettre de poursuivre son développement.

Le gouvernement du Québec doit partager notre conviction profonde que le respect de notre environnement est la pierre angulaire sur laquelle doit s'ériger notre société. Il faut faire échec à la vision prédominante du développement à courte vue, qui exclut les considérations environnementales à long terme, génère le gaspillage et la destruction, souvent de manière irréversible, sans apporter la prospérité et la qualité de vie promise. À l'instar de plusieurs pays européens, il nous faut considérer notre environnement et nos attraits naturels comme des richesses collectives qui doivent être conservées.











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