Sharon prêche sous les huées
Le Likoud critique «la feuille de route». Quatre soldats israéliens tués
Reuters
, Associated Press
9 juin 2003
Photo : Agence Reuters
Un membre du Likoud se bouchait les oreilles durant le discours d’Ariel Sharon, hier, au milieu des pancartes brandies par les membres de l’aile radicale du parti.
Au milieu des huées, le premier ministre israélien Ariel Sharon a réitéré son engagement en faveur de la création d'un État palestinien, dans un discours devant la convention de son parti le Likoud réunie à Jérusalem, quelques heures après que quatre soldats Israéliens eurent été tués.
Conformément à la «feuille de route» vers la paix entérinée mercredi dernier à Akaba, en Jordanie, Sharon a lancé: «J'en prends personnellement la responsabilité.» L'ancien général a ignoré les cris des militants ultranationalistes de sa formation, dont certains brandissaient des pancartes frappées du slogan: «Sharon a cédé face au terrorisme.»
Le chef du gouvernement s'est contenté d'une brève allusion aux engagements pris à Akaba, sur les bords de la mer Rouge. Aux côtés de son homologue palestinien Mahmoud Abbas et du président des États-Unis George W. Bush, il avait alors promis de démanteler les avant-postes illégaux installés par les colons juifs et accepté formellement le principe d'un État palestinien à l'horizon 2005.
D'ordinaire opposé à de telles initiatives, le comité central du Likoud n'a pas été consulté par vote hier. La réunion a toutefois donné à Sharon un avant-goût de la bataille qui se profile au sein de son propre camp.
La mort de quatre soldats israéliens tués hier dans deux incidents distincts a encore ajouté à la détermination de ses adversaires, aux yeux desquels l'appel à l'arrêt des violences lancé par Abbas ne peut que rester lettre morte.
Sharon a été contraint d'interrompre son discours à plusieurs reprises en raison des rixes qui ont éclaté dans l'auditoire. Ses gardes du corps ont même été contraints d'intervenir.
Au terme de cette intervention de 20 minutes retransmise à la radio et à la télévision, le chef du gouvernement a assuré qu'il s'opposerait à l'exigence palestinienne concernant le retour en Israël des quatre millions de réfugiés et de leurs descendants.
«La solution pour les réfugiés palestiniens ne sera pas mise en oeuvre sur le territoire d'Israël. Le gouvernement des États-Unis comprend le danger que représente leur retour en Israël», a-t-il fait valoir.
Quelques minutes plus tôt, le ministre des Finances Benjamin Nétanyahou avait pour sa part affirmé que Jérusalem resterait la capitale «éternelle et indivisible» de l'État hébreu, malgré les revendications palestiniennes sur la partie orientale de la Ville sainte, conquise en 1967 par Tsahal.
«Nous insistons sur le principe de la sauvegarde de l'unité de notre capitale Jérusalem et sur le fait que nous ne reviendrons pas aux frontières de 1967, et nous garderons l'essentiel de notre patrie», a-t-il martelé.
«Je veux tenir ma promesse électorale. Je ramènerai la sécurité et la paix», a pour sa part souligné Sharon.
«Celui qui ne connaît pas la douleur de faire des concessions ne peut parvenir à une paix véritable», a-t-il ajouté.
Toujours au milieu des huées, Sharon a dit croire que la «feuille de route» sur le Proche-Orient pouvait à la fois être bénéfique à la sécurité d'Israël et à son économie.
La «feuille de route», le plan international de paix prévoyant la création d'un État palestinien d'ici à 2005, est au centre de cette Convention du Likoud, à laquelle participent quelque 3000 de ses membres.
«Nous avons été contraints de prendre une série de décisions difficiles [...] en un bref laps de temps», a poursuivi Ariel Sharon devant les membres de la Convention, dont plusieurs brandissaient des pancartes aux slogans hostiles à la «feuille de route», la qualifiant de «feuille des illusions».
Le gouvernement de M. Sharon a certes adopté la «feuille de route» avec des réserves, mais le Likoud est traversé par un courant radical qui conteste cette décision. La Convention du Likoud est la première depuis le triomphe de ce parti aux élections législatives du 28 janvier.
Opération commune
Quatre soldats israéliens ont été tués hier lorsque leur poste militaire, situé non loin de la zone industrielle d'Erez, à l'entrée nord de la bande de Gaza, a été attaqué par des Palestiniens armés.
Les trois auteurs de l'attaque ont été abattus par les militaires israéliens. Fait sans précédent, cette attaque a été revendiquée dans un communiqué conjoint par trois groupes armés palestiniens: les branches armées des mouvements islamistes Hamas et Jihad islamique et un groupe armé lié au Fatah, le mouvement de M. Abbas et du dirigeant palestinien Yasser Arafat.
À Hébron, deux Palestiniens armés ont par ailleurs été tués par des soldats israéliens hier après-midi à la suite d'une attaque dans laquelle un Israélien a trouvé la mort, selon la radio publique israélienne.
Ces décès portent à 3291 le nombre de personnes tuées depuis le début de l'Intifada, fin septembre 2000, dont 2484 Palestiniens et 747 Israéliens.
Les trois principales factions radicales palestiniennes ont donc adressé une fin de non-recevoir à Mahmoud Abbas. Message signifié en deux temps: samedi soir, d'abord, elles se sont réunies pour rejeter publiquement l'appel à l'arrêt des violences; hier matin, ensuite, elles sont passées à l'acte avec cette attaque meurtrière au point de passage d'Erez, entre le nord de la bande de Gaza et Israël.
«Cette opération commune a été perpétrée pour confirmer le choix de guerre sainte et de résistance de notre peuple jusqu'à la fin de l'occupation de notre territoire et de nos lieux saints» précise par ailleurs un communiqué commun.
Pressé par l'État hébreu de mettre fin aux violences, le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas a fait savoir qu'il refuserait de s'en prendre aux groupes palestiniens. «Nous ne laisserons personne nous entraîner dans une guerre civile», a-t-il déclaré.
Abdel Aziz Rantissi, un haut responsable du Hamas, a affirmé pour sa part que cette attaque avait pour but de lancer le message suivant à la direction palestinienne: les groupes militants continueront de combattre l'État hébreu et «ne céderont pas à la pression exercée par Israël et les États-Unis».
À la suite de ces attaques, les États-Unis, par la bouche du secrétaire d'État Colin Powell, ont immédiatement réagi en réaffirmant leur soutien à Mahmoud Abbas. «Ce que nous devons faire maintenant, c'est s'assurer de ne pas laisser ce tragique incident faire dérailler» les avancées obtenues à Aqaba, a déclaré M. Powell.
Conformément à la «feuille de route» vers la paix entérinée mercredi dernier à Akaba, en Jordanie, Sharon a lancé: «J'en prends personnellement la responsabilité.» L'ancien général a ignoré les cris des militants ultranationalistes de sa formation, dont certains brandissaient des pancartes frappées du slogan: «Sharon a cédé face au terrorisme.»
Le chef du gouvernement s'est contenté d'une brève allusion aux engagements pris à Akaba, sur les bords de la mer Rouge. Aux côtés de son homologue palestinien Mahmoud Abbas et du président des États-Unis George W. Bush, il avait alors promis de démanteler les avant-postes illégaux installés par les colons juifs et accepté formellement le principe d'un État palestinien à l'horizon 2005.
D'ordinaire opposé à de telles initiatives, le comité central du Likoud n'a pas été consulté par vote hier. La réunion a toutefois donné à Sharon un avant-goût de la bataille qui se profile au sein de son propre camp.
La mort de quatre soldats israéliens tués hier dans deux incidents distincts a encore ajouté à la détermination de ses adversaires, aux yeux desquels l'appel à l'arrêt des violences lancé par Abbas ne peut que rester lettre morte.
Sharon a été contraint d'interrompre son discours à plusieurs reprises en raison des rixes qui ont éclaté dans l'auditoire. Ses gardes du corps ont même été contraints d'intervenir.
Au terme de cette intervention de 20 minutes retransmise à la radio et à la télévision, le chef du gouvernement a assuré qu'il s'opposerait à l'exigence palestinienne concernant le retour en Israël des quatre millions de réfugiés et de leurs descendants.
«La solution pour les réfugiés palestiniens ne sera pas mise en oeuvre sur le territoire d'Israël. Le gouvernement des États-Unis comprend le danger que représente leur retour en Israël», a-t-il fait valoir.
Quelques minutes plus tôt, le ministre des Finances Benjamin Nétanyahou avait pour sa part affirmé que Jérusalem resterait la capitale «éternelle et indivisible» de l'État hébreu, malgré les revendications palestiniennes sur la partie orientale de la Ville sainte, conquise en 1967 par Tsahal.
«Nous insistons sur le principe de la sauvegarde de l'unité de notre capitale Jérusalem et sur le fait que nous ne reviendrons pas aux frontières de 1967, et nous garderons l'essentiel de notre patrie», a-t-il martelé.
«Je veux tenir ma promesse électorale. Je ramènerai la sécurité et la paix», a pour sa part souligné Sharon.
«Celui qui ne connaît pas la douleur de faire des concessions ne peut parvenir à une paix véritable», a-t-il ajouté.
Toujours au milieu des huées, Sharon a dit croire que la «feuille de route» sur le Proche-Orient pouvait à la fois être bénéfique à la sécurité d'Israël et à son économie.
La «feuille de route», le plan international de paix prévoyant la création d'un État palestinien d'ici à 2005, est au centre de cette Convention du Likoud, à laquelle participent quelque 3000 de ses membres.
«Nous avons été contraints de prendre une série de décisions difficiles [...] en un bref laps de temps», a poursuivi Ariel Sharon devant les membres de la Convention, dont plusieurs brandissaient des pancartes aux slogans hostiles à la «feuille de route», la qualifiant de «feuille des illusions».
Le gouvernement de M. Sharon a certes adopté la «feuille de route» avec des réserves, mais le Likoud est traversé par un courant radical qui conteste cette décision. La Convention du Likoud est la première depuis le triomphe de ce parti aux élections législatives du 28 janvier.
Opération commune
Quatre soldats israéliens ont été tués hier lorsque leur poste militaire, situé non loin de la zone industrielle d'Erez, à l'entrée nord de la bande de Gaza, a été attaqué par des Palestiniens armés.
Les trois auteurs de l'attaque ont été abattus par les militaires israéliens. Fait sans précédent, cette attaque a été revendiquée dans un communiqué conjoint par trois groupes armés palestiniens: les branches armées des mouvements islamistes Hamas et Jihad islamique et un groupe armé lié au Fatah, le mouvement de M. Abbas et du dirigeant palestinien Yasser Arafat.
À Hébron, deux Palestiniens armés ont par ailleurs été tués par des soldats israéliens hier après-midi à la suite d'une attaque dans laquelle un Israélien a trouvé la mort, selon la radio publique israélienne.
Ces décès portent à 3291 le nombre de personnes tuées depuis le début de l'Intifada, fin septembre 2000, dont 2484 Palestiniens et 747 Israéliens.
Les trois principales factions radicales palestiniennes ont donc adressé une fin de non-recevoir à Mahmoud Abbas. Message signifié en deux temps: samedi soir, d'abord, elles se sont réunies pour rejeter publiquement l'appel à l'arrêt des violences; hier matin, ensuite, elles sont passées à l'acte avec cette attaque meurtrière au point de passage d'Erez, entre le nord de la bande de Gaza et Israël.
«Cette opération commune a été perpétrée pour confirmer le choix de guerre sainte et de résistance de notre peuple jusqu'à la fin de l'occupation de notre territoire et de nos lieux saints» précise par ailleurs un communiqué commun.
Pressé par l'État hébreu de mettre fin aux violences, le premier ministre palestinien Mahmoud Abbas a fait savoir qu'il refuserait de s'en prendre aux groupes palestiniens. «Nous ne laisserons personne nous entraîner dans une guerre civile», a-t-il déclaré.
Abdel Aziz Rantissi, un haut responsable du Hamas, a affirmé pour sa part que cette attaque avait pour but de lancer le message suivant à la direction palestinienne: les groupes militants continueront de combattre l'État hébreu et «ne céderont pas à la pression exercée par Israël et les États-Unis».
À la suite de ces attaques, les États-Unis, par la bouche du secrétaire d'État Colin Powell, ont immédiatement réagi en réaffirmant leur soutien à Mahmoud Abbas. «Ce que nous devons faire maintenant, c'est s'assurer de ne pas laisser ce tragique incident faire dérailler» les avancées obtenues à Aqaba, a déclaré M. Powell.
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