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Services sociaux - Donner au Dr Julien en appauvrissant le système public

Monique Moquin-Normand - Travailleuse sociale, mère de trois enfants et résidante de Hochelaga-Maisonneuve  12 août 2010  Santé
Bien que privé, l’organisme du Dr Julien recherche les fonds publics et veut se servir de professionnels du réseau public.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Bien que privé, l’organisme du Dr Julien recherche les fonds publics et veut se servir de professionnels du réseau public.
Le 28 juillet dernier, nous apprenions par les médias que le Dr Gilles Julien était privé de 1 million de dollars de fonds publics «promis» et qu'il devait réduire radicalement ses activités, notamment dans Hochelaga-Maisonneuve. En moins de 24 heures, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, s'est engagé à verser jusqu'à 1 million pour ce «projet unique de pédiatrie sociale novatrice».

Que savons-nous de ce projet? Depuis 13 ans, le Dr Julien gère son organisme, Centre d'assistance d'enfants en difficultés, grâce au financement de la Fondation Chagnon qui a été et demeure sa principale source de revenus. Ce centre «unique» offrirait «toute une gamme de services souples» pour enfants vulnérables avec des éducateurs, des médecins, des travailleurs sociaux. En fait, leurs interventions de base sont semblables à ce qui se fait dans l'ensemble des services destinés aux enfants: l'écoute, le lien avec les parents, la sensibilité aux conditions de vie...

Par contre, plutôt que de favoriser l'ancrage de l'enfant dans le milieu social naturel, le Dr Julien veut créer des milieux ou agir directement sur eux — par exemple camp de jour, bourse pour fréquenter l'école privée. Il subventionne même d'autres ressources.

Il se dit à contre-courant des organismes déjà en place. Bien que privé, son organisme recherche les fonds publics et veut se servir de professionnels du réseau public. Il ambitionne de créer un nouveau réseau, une sorte de conglomérat de services, présent un peu partout au Québec et relevant de pas moins de cinq ministères.

Le Dr Julien est un médecin spécialiste et il recrute des médecins pour diriger ses succursales de services psychosociaux. Ses relations publiques sont particulièrement efficaces grâce à la fameuse et récurrente Guignolée des médias, qui lui amène dons et notoriété.

L'expérience innovatrice des CLSC


Il y a bientôt 35 ans, le gouvernement du Québec a mis en place le réseau des CLSC dans une perspective affirmée d'accessibilité, de prévention, d'intervention précoce et de multidisciplinarité (travailleurs sociaux, psychoéducateurs, orthophonistes, auxiliaires familiales, organisateurs communautaires, psychologues, infirmières et médecins, etc.). Dans cette approche globale, la collaboration avec divers organismes de la communauté est essentielle pour soutenir et outiller le mieux possible les personnes vulnérables.

Les services psychosociaux sont peu connus parce qu'ils ne s'adressent pas à l'ensemble de la population, mais justement aux personnes à risque, en difficulté, présentant une maladie, un handicap, une vulnérabilité particulière ou liée aux étapes de la vie. Ils sont en immédiate périphérie des services médicaux, en milieu scolaire, dans les garderies, dans les milieux d'hébergement, mais ont aussi pignon sur rue et le citoyen peut directement y avoir recours.

Le travail psychosocial consiste avant tout en accueil, écoute, validation et soutien; puis en évaluation et en intervention au niveau des émotions, des pensées, de la résolution de problèmes personnels, relationnels ou organisationnels, principalement par des consultations thérapeutiques, de la mobilisation de ressources, de la défense de droits, etc. Nous nous appuyons sur les forces des gens et du milieu afin d'améliorer leur qualité de vie et leur capacité à être davantage maîtres de leurs vies.

Soutenir les gens vulnérables, c'est aussi s'intéresser aux causes plus indirectes de leurs problèmes, protéger leur dignité et éviter la stigmatisation. Il faut savoir écouter, conseiller, mais aussi s'informer, se former constamment et réfléchir. Cela demande du temps, de l'engagement et de l'amour pour l'humain.

Qu'ils soient préventifs, d'intervention précoce ou thérapeutiques, les services aux enfants et aux familles constituent une partie importante du travail dans les CLSC du Québec. Ils constituent des services de loin plus précoces que ceux qu'offre la Direction de la protection de la jeunesse et couvrent une gamme importante de besoins. Dans chacun des quartiers, des collaborations se sont construites avec les organismes communautaires.

Où est le «hors-norme»?

Pourquoi l'organisme du Dr Julien devrait-il avoir le privilège d'être «hors-norme»? Est-ce une pratique administrative correcte que d'engager des sommes considérables sans avoir eu de budgets en bonne et due forme? Si un programme de subventions exige la concertation entre organismes et que le Dr Julien refuse cette pratique, n'est-il pas normal qu'il n'ait pas accès à ces subventions? Pourquoi a-t-il eu le privilège vraiment «hors-norme» de rencontrer cinq ministres durant deux heures?

Il est des questions sur lesquelles beaucoup d'intervenants pourraient être d'accord. Mentionnons:

1- Le peu de considération du temps et de la disponibilité nécessaires pour le travail psychosocial et la multidisciplinarité.

2- Le fait que ministres et hauts fonctionnaires connaissent peu ces services et leur importance.

3- La précarité du financement et le financement «par projets» dans les organismes communautaires, mais aussi dans les CLSC.

4- Les nombreuses instances de contrôle et de surveillance pointilleuses.

5- L'objectif gouvernemental d'atteindre une plus grande «productivité», soit une plus grande quantité d'actes en banalisant les problématiques complexes et sans égard pour le travail dans son ensemble.

La «machine gouvernementale» reçoit ses directives des autorités politiques. Cela se traduit en exigences parfois déraisonnables pour les organismes. Mais, il est inadmissible dans une société démocratique que les normes s'appliquent, selon le bon plaisir du ministre, à certains mais pas à d'autres. Si on les écoutait, les intervenants du réseau auraient aussi beaucoup à dire sur certaines normes, directives et contraintes.

Les coupes

Les services publics à la petite enfance et aux familles dans les CLSC (maintenant intégrés aux CSSS) sont victimes des politiques idéologiques et budgétaires du gouvernement Charest et subissent des coupes en ce moment même. Ce ne sont pas des services «gras dur», en personnel ou en budgets compte tenu de leurs mandats.

Cette année, mon CSSS a coupé de moitié le nombre de places en camps de vacances et camps de jour offertes aux enfants vulnérables; il a aussi coupé dans les budgets de soutien aux familles d'enfants déficients ou handicapés. Il s'apprête à réduire de 12 % les budgets de l'ensemble du programme Famille-Enfance-Jeunesse. Les compressions de la loi 100 sont aussi à venir. Et cela, après avoir été bousculés par la grande «réingénierie» de Charest depuis cinq ans.

Les coupes frappent non seulement les services pour la petite enfance et les familles, mais aussi tous les services de première ligne. Dans mon CSSS, par exemple, pour une population de 140 000 personnes, trois points de service sur quatre ont été fermés pour «la première des premières lignes», soit l'accueil social. Par ailleurs, les services de «suivi adultes» ne seront offerts que sur deux sites. Des postes sont déjà disparus et d'autres seront abolis ou non remplacés dès que les absences ou l'attrition le permettront.

Ce sont les plus vulnérables qui souffrent le plus de la perte des services de proximité. Le personnel du Dr Julien dans Hochelaga-Maisonneuve est de 18 personnes; c'est plus que toute la «première ligne adultes» de mon CSSS, qui couvre quatre territoires défavorisés de CLSC. [...]

La popote roulante La Petite Marmite de l'organisme communautaire Projet changement est exclusivement au service des personnes en perte d'autonomie directement recommandées par notre CSSS; elle existe depuis 30 ans et fonctionne avec un demi-salarié et des bénévoles. Son budget n'est que de 40 000 $ par année. Son prochain budget est complètement coupé. La popote vit sa dernière année.

Juste dans le cadre de la loi 100, des coupes de 900 000 $ ont été demandées au CSSS Lucille-Teasdale, qui couvre le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Solidarité sociale ou relations publiques


L'État se départit de ses responsabilités et des services s'y rattachant, qu'il abandonne à des ressources privées, souvent «hors-norme». Ces situations sont la plupart du temps discrètes ou ambiguës et ceux qui en sont victimes sont sans recours. Mais il y a des situations extrêmes qui mettent en évidence l'ampleur du désengagement. L'émission Enquête l'an dernier et le site Rue Frontenac plus récemment ont dévoilé des conditions d'hébergement scandaleuses et des problèmes importants d'abus dans des ressources privées pour déficients intellectuels. Ces ressources étaient utilisées par deux centres de réadaptation en déficience intellectuelle. Le Centre de réadaptation Lisette-Dupras est sous tutelle depuis juin 2010. Mais le gouvernement n'a-t-il pas lui-même mis en place ce système semi-privatisé dans lequel de telles choses peuvent se produire?

Les fusions d'établissements ont réduit les possibilités d'opposition au gouvernement par des gestionnaires responsables. Les syndicats sont encore à tenter de se réorganiser. Il est très difficile de revendiquer sur la place publique des budgets pour développer de nouveaux services ou même pour s'opposer à la détérioration de ceux qui existent. Le Dr Julien est le représentant de son organisme et il peut le faire, bien soutenu par la puissante Fondation Chagnon.

Il n'y a pas de marketing pour défendre les services psychosociaux des CLSC. Pas de lobbying, même pas de petites publicités. Les services publics sont le fruit d'une volonté politique d'entraide sociale, ils ne devraient pas en avoir besoin. Ils devraient être connus, reconnus. Mais voilà; le message que la population entend à leur sujet, répété ad nauseam, par le gouvernement et les bonzes du rapetissement de l'État est: «Ils coûtent trop cher, ils sont inefficaces...» Ce poison est régulièrement répandu par les médias. [...]

Il y a beaucoup d'intervenants créatifs et dévoués, qui travaillent depuis cinq, quinze, ou trente ans dans les services psychosociaux parapublics. Leur travail est dans l'ombre et ils s'y consacrent avec énergie. Ce sont des gens de terrain qui ne sont pas consultés, ni écoutés, ni visibles. Malgré le fait que le modèle des CLSC ait été applaudi et reconnu tant aux États-Unis qu'en Europe pendant trois décennies, son travail multidisciplinaire et psychosocial est méconnu des médias et du grand public.

Non seulement l'organisme du Dr Julien essaie-t-il de réinventer la roue, mais son existence contribue à fragiliser les services publics. Où croyez-vous que le gouvernement va aller chercher les budgets? En coupant les subventions à Bombardier, ou plutôt en pigeant dans les budgets des services psychosociaux publics? [...]

***

Monique Moquin-Normand - Travailleuse sociale, mère de trois enfants et résidante de Hochelaga-Maisonneuve
 
 
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  • Johanne Lavallée Bernard Dupuis
    Abonné
    jeudi 12 août 2010 09h02
    La «bienfaisance» spectacle.
    Merci de nous informer de ces faits relativement au sujet des bienfaiteurs et des projets «hors normes». Nous vivons manifestement dans une société qui entretient l'ignorance et les préjugés relativement au travail social des employés de l'état. De plus, nous sommes obnubilés par l'information spectacle produite par des médias affamés de vedettariat afin de mousser l'idéologie hyper-libérale, sa valorisation des actions privées et sa dévalorisation du travail des employés du secteur public.

    Bernard Dupuis, Berthierville.

  • Fabienne Desbiens
    Abonnée
    jeudi 12 août 2010 09h33
    Je ne savais pas...
    ...comme la plupart d'entre nous j'imagine. C'est aussi vous que l'on devrait entendre au téléjournal et lire dans les journaux. Merci pour cette importante mise au point. Je souhaite de tout coeur que votre opinion soit répandue plus largement, je trouve que vous feriez un excellent sujet de reportage!
    Et dire qu'on balance plus de 700 millions à remplacer des pancartes... pas besoin de chercher l'erreur...Je salue aussi tous ceux qui oeuvrent dans ce milieu où je pense qu'il faut vraiment être "fait fort".

  • Jean-Marie Comeau
    Abonné
    jeudi 12 août 2010 09h39
    BESOIN PRESSANT D'INFORMATION
    Merci pour toute l'information contenue dans cet article. Voilà ce qui nous manque le plus! Une information complète, claire, qui reflète la réalité plutôt qu'un discours idéologique. Il me semble nécessaire de se rappeler l'importance réelle d'un service public qui a les moyens d'agir efficacement. Dans cette situation, ce sont encore les plus faibles qui paient la note de la diminution des services publics.

  • Raphaël Labrosse
    Abonné
    jeudi 12 août 2010 09h47
    Quoi?
    Je m'en doutais. L'agitation des médias m'apparaissait suspecte. Il ne fait du bien que dans Hochelaga-Maisonneuve et sur l'initiative d'un seul homme? Reverrons-nous le gâchis des écoles privées et des écoles publiques se transporter dans les besoins des gens vulnérables? Je vais suivre le débat.

  • Diane Barré
    Abonnée
    jeudi 12 août 2010 09h51
    Appui au secteur public
    Tout à fait d'accord. La misère n'est pas seulement à Montréal. Si chaque région se met à créer ses propres services parallèles, financés par les ministères, ce sera un retour en arrière. Il est grand temps que les médias reconnaissent le travail des employés du secteur public dans tous les domaines et en informent le grand public que l'on entend chialer constamment sur les lignes ouvertes. Ces émissions ont remplacées le "perron de l'église après la grand messe!) "chialages sans fondement, destructifs et démoralisants"

  • Fernand Ouellet
    Inscrit
    jeudi 12 août 2010 10h15
    Réinventer la roue
    Il y a une trentaine d'années, j'ai été président d'un conseil d'administration de CLSC dans la région de Montréal où se pratiquait une approche multidisciplinaire attentive aux besoins de la population. Mais après les nombreuses restructurations administratives imposées par les gouvernements successifs, et particulièrement par celui de M. Charest, les CLSC ont été intégrés a des CSSS et sont devenus l'ombre d’eux-mêmes. Leur vocation demeure et les besoins sont criants mais les moyens ne sont plus au rendez-vous ce qui laisse la place au secteur privé et la charité publique. `
    Le docteur Julien, qui me semble de bonne foi, n'est certes pas pleinement conscient qu'il reprend dans le secteur privé le modèle original des CLSC que ces derniers ne peuvent plus appliquer faute de moyens et de ressources. J'espère que l'Équipe de «Samedi et rien d'autre» de Radio-Canada prendra conscience, lors de leur prochaine guignolée annuelle pour le Dr Julien, de leur contribution au financement du modèle des CLSC dans le secteur privé justifiant ainsi le modèle des PPP dans le secteur des services sociaux et de la santé au détriment du modèle public.

  • France Marcotte
    Abonnée
    jeudi 12 août 2010 10h40
    De la réalité d'en bas
    Cette lettre est très précieuse et il est très précieux aussi qu'elle ait été publiée. C'est la voix d'une réalité qui se situe en deçà de celle que l'on peut voir. Une sorte d'envers du décor. Comme dit son auteure: "Il n'y a pas de marketing pour défendre les services psychosociaux des CLSC. Pas de lobbying, même pas de petites publicités. Les services publics sont le fruit d'une volonté politique d'entraide sociale, ils ne devraient pas en avoir besoin". Ceux qui ont besoin de ces services, eux, finissent par en entendre parler, sans doute parce qu'ils les cherchent sinon ils mourraient.

  • Ulric Deschênes
    Abonné
    jeudi 12 août 2010 11h23
    Colette Brin
    Excellente mise au point. Cela dit, les fondations comme celle du couple Chagnon peuvent jouer un rôle de stimulation de l'innovation (en contournant les lourdeurs bureaucratiques du système public) par des projets du genre, à condition d'être plus transparentes et imputables. Il est trop facile d'opposer le "tout au public" et le "tout au privé".

    Voir par exemple cet article sur la fondation Bill et Melinda Gates: http://www.guardian.co.uk/world/2010/jul/12/bill-a

  • Dauphinais Linda
    Inscrite
    jeudi 12 août 2010 13h05
    Merci...
    Pour ces infos qui m'ouvrent les yeux... Il va de soi que le système public ne doit pas être laissé pour compte... J'encourage tout comme vous,haut et fort, notre système public avant toute chose... surtout privée qui subodore en effet l'aumone spectacle... Je ne comprends plus le monde politique ... Plus aucune éthique, plus aucune responsabilité, plus aucune imputabilité, que de l'égoisme, le sourire scotché et les poignées de main poudre aux yeux... Nous avons tous autant que nous sommes, une responsabilité sociale face à tous ces démunis de toute sorte... Serrons-nous les coudes et continuons le combat contre l'inertie gouvernementale hautement stratégique en bien des points..

  • Jean-Sebastien Ricard
    Abonné
    jeudi 12 août 2010 13h09
    La pédiatrie sociale n'a de sociale que le nom
    La pédiatrie "sociale" dont se réclame le Dr. Julien n'a de "sociale" que le nom. En effet, s'il avait vraiment à coeur la santé et le bien-être des enfants défavorisés et qu'il tenait réellement à intégrer à son jugement médical une analyse de la réalité sociale, ses pratiques et son discours seraient différents - la seule évocation du fait qu'il considère qu'envoyer un enfant à l'école privée est de la pédiatrie "sociale" est consternant.

    Les enfants défavorisés dont s'occupe sa clinique sont le produit d'une pauvreté structurelle que le virage néolibéral entrepris par la société québécoise au cours des 15 dernières années ne fait que renforcer. Le Dr. Julien, si sa pédiatrie était vraiment sociale, devrait d'abord reconnaitre que la situation ne s'améliorera jamais, sans une volonté ferme de réduire les inégalités sociales. Bien sûr, lorsque l'on dépend de la fondation Chagnon, on peut difficilement dénoncer les politiques économiques dont bénéficient nos riches donateurs et ce, même si ces politiques sont au détriment des pauvres qui réclament notre soutien. Mieux vaut laisser de côté la défense des droits sociaux et adopter l'attitude paternaliste du riche qui sait ce dont les pauvres ont besoin (et se satisfaire, par exemple, d'avoir sauvé un "indigent" parce qu'on l'a fait étudié au privé)...

    Des intervenantes travaillant dans des organismes d'Hochelaga-Maisonneuve m'ont d'ailleurs déjà signalé que la clinique du Dr. Julien est loin de faire l'unanimité dans le milieu communautaire du quartier. Alors que la majorité des organismes privilégient la collaboration, le Dr. Julien agit seul. Et pourtant, malgré tout, il mobilise à lui seul toute l'attention des médias et des politiciens. Peut-être est-ce tout simplement lié au fait que son discours et ses pratiques ne dérangent pas l'ordre en place, contrairement aux autres qui ont la fâcheuse habitude de ne pas juste servir de la soupe aux pauv

  • Jean-Sebastien Ricard
    Abonné
    jeudi 12 août 2010 13h32
    La pédiatrie sociale n'a de sociale que le nom (suite)
    Peut-être est-ce tout simplement lié au fait que son discours et ses pratiques ne dérangent pas l'ordre en place, contrairement aux autres qui ont la fâcheuse habitude de ne pas juste servir de la soupe aux pauvres et de parler de justice sociale!

  • diong
    Abonné
    jeudi 12 août 2010 14h37
    La fondation Bill et Melinda Gates veille a ses intérets
    Autre son de cloche, concernant la fondation de l'ex-pdg de Microsoft:
    http://bit.ly/bvsI0H
    Sa fondation fait du lobbying auprès du gouvernement vietnamien pour l'empêcher d'adopter les logiciels libres et l'enchainer aux produits propriétaires de Microsoft.
    Les fondations sont le prolongement de la charité pratiquée à une autre échelle. Non seulement elles ne dérangent pas l'ordre établi, mais en colmatant ses brèches, elles le consolident, quand elles n'oeuvrent pas à l'orienter dans ses choix, à son avantage.

  • 93Licar
    Abonnée
    jeudi 12 août 2010 14h44
    Trop beau, pour être vrai!
    Merci madame, d'avoir su si bien analyser la situation de la réalité des travailleurs qui oeuvrent quotidiennement à permettre à nos concitoyens de se tenir la tête hors de l'eau et pouvoir, peut-être, apprendre à nager!

    Comme plusieurs, j'ai ressenti un grand malaise lors de la sortie du docteur Julien, mais comme nous savons qu'il suffit qu'un journaliste ou deux montent en épingle une situation pour que le Gouvernement réagisse et accorde à ceux qui crient au loup tout ce qu'ils désirent, je ne pouvais mesurer l'ampleur de ce qui se passe réellement.

    J'espère sincèrement que ces journalistes, papier et radio, qui aiment bien faire la une avec des «vedettes» ou des individus qu'ils contribuent à quasi canoniser, prendrent la peine de fouiller plus avant le dossier bien étoffé que vous nous présentez, mais j'en doute!

    C'est beaucoup plus valorisant et ça fait mieux vendre la copie, pour les artistes et les médias, de couvrir les beau travail du docteur Julien qui, à lui seul, bat Spiderman et Batman, que s'ils allaient revendiquer pour les employés de 'État qu'on leur donne les moyens de pouvoir accomplir le travail exigeant et ingrat que l'on attend d'eux.

    Merci à vous et à vos collègues, madame!

  • Anne Marie Bergeron
    Inscrit
    jeudi 12 août 2010 17h01
    Déshabiller Pierre pour habiller Paul
    Je sens une charge émotive dirigée contre l'oeuvre du Dr Julien et son équipe et à ses méthodes de levées de fonds. Pourquoi vouloir déshabiller Pierre pour habiller Paul? AED est une cible facile quand on ignore que les fonds publics dédiés aux CLSC sont disparus insidieusement au fil du temps au profit des hôpitaux qui gèrent les CSSS. Quel gaspillage! Je n'ai qu'à évoquer la saga du CHUM.

    L'existence de l'organisme AED démontre effectivement que l'État se désengage de l'offre de services aux enfants en difficultés, et à la population en général comme exprimé si justement dans l'article de Mme Moquin-Normand.

    C'est peut-être une goutte d'eau dans l'océan, mais il faut reconnaître que le Dr Julien fait quelque chose pour venir en aide à des enfants qui, pour toutes sortes de raisons, tombent entre deux chaises.

    Les travailleurs en CLSC sont des gens dédiés qui font une différence une personne à la fois, une famille à la fois, un quartier à la fois... tout comme l'quipe du Dr Julien fait une différence dans les quartiers Hochelaga-Maisonneuve et Côte-de-Neiges de Montréal.

  • Josee Tremblay
    Abonné
    jeudi 12 août 2010 19h34
    UNE OEUVRE À ENCOURAGER ET À SOUTENIR
    Pour avoir moi-même contacté un CSLC afin d'obtenir des informations à propos d'un geste que je jugeait anormal par un jeune enfant et m'être fait répondre par un psychologue que tout était normal alors que l'enfant en question était victime de sévices sexuels, j'avoue que je n'ai pas été impressionnée. Pour connaître une personne une aidante naturelle qui avait désespérément besoin d'aide, qui s'est adressée au CLSC et qui a fini par en avoir...2 ans plus tard ne m'impressionne pas.
    Je ne remets pas en doute le dévouement des gens travaillant en CLSC, loin de là. Ils sont, comme la plupart des travailleurs dans le milieu de la santé, des gens qui veulent donner un service mais qui sont coincés dans un engrenage de budget à respecter, de contraintes bureaucratiques qui ne peuvent leur permettre de jouer leur rôle d'aide en première ligne.
    Ce que le Dr Julien propose ce sont des voies alternatives et accessibles. Je suis d'accord avec son oeuvre que je supporte de tout mon coeur. Pour moi, la différence au bout du compte se sont les enfants mais également leurs familles qu'on aide et qu'on supporte au lieu de les juger, de les ghettoriser et de les laisser à eux-mêmes. J'aime mieux subventionner ce genre d'entreprise plutôt que les nombreux "ti-namis" de nos élus qui se remplissent les poches à même nos impôts via des contrats non raisonnables et qui ne retournent qu'une fraction des impôts des revenus qu'ils gagnent. Pour moi c'est ça le vrai scandale!

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    jeudi 12 août 2010 20h00
    Revirement
    Il y a deux semaines, tout le monde était en émoi face à l'impasse que vivait le Dr Julien. Aujourd'hui, suite à l'opinion d'une travailleuse sociale, les lecteurs se tournent contre le Dr Julien.

    Le Dr Julien n'est pas responsable du fait que les CLSC n'ont pas un soutien adéquat de l'État et que le personnel n'est pas valorisé. Un CLSC ouvre à 8H00 et ferme à 17H00. Les services du Dr Julien n'ont pas ces horaires rigides. Le Dr Julien n'a pas le temps de lutter contre les inégalités, trop occupé qu'il est à soigner ses patients et leurs familles. Des bémols, svp! L'entreprise du Dr Julien n'est pas privée mais communautaire.

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    jeudi 12 août 2010 20h16
    Le budget du MSSS
    Le MSSS a un budget minimum de 24 milliards de dollars. Consacrer 1 million de dollars à la mission du Dr Julien ne cassera pas le ministère. Et qui adit que le travail qu'effectue ce médecin et son équipe n'était pas valable ?

  • Christian Gagnon
    Inscrit
    jeudi 12 août 2010 22h05
    courage !
    Je comprends votre combat, qui devrait être celui de tout un chacun, puisque nous recherchons tous la même chose, de l'amour et de la sécurité. C'est injuste que quelques citoyens s'approprie le beurre et l'argent du beurre tel que Charest tente de nous le passer ! Si les multinationales et les gens qui gagnent 200 000 $ et plus payaient leurs impôts équitablement, les démunis, vous et moi n'auraient pas à débourser plus que ce que l'impôt vous demande - équitablement, selon chacun sa fortune - ou à se serrer la ceinture ! Quand est-ce que vous aller vous réveiller Québec ! Merdre ! On dirait que depuis le dernier référendum, vous, peuple, citoyens, ne voulez plus vous commettre. Vous regarder indifférent les bandits dilapider le trésor public et les riches nous faire payer pour leur confort exagéré ! Je dis merdre à tous ça ! Bougez-vous ! Sortons dans la rue !

  • Celine A. Massicotte
    Abonnée
    vendredi 13 août 2010 08h59
    Au sujet des journalistes...
    ils ne font que leur travail. C'est ça la démocratie: le travail des journalistes c'est de nous donner accès à la nouvelle, et donc à ceux qui la font, comme on le dit si bien, mais aussi la responsabilité des médias, qui nous permettent (ou non) d'accéder à différents points de vue, diverses réalités, comme le fait si bien le Devoir, en général. C'est ainsi qu'à plusieurs reprises il nous informait et nous alertait (grâce à ses journalistes) sur toutes les fondations Chagnon de chez nous, et leur "charité conditionnelle" à laqelle je me référait tantôt.

    Merci à eux!

  • 93Licar
    Abonnée
    vendredi 13 août 2010 09h33
    Se poser des questions n'est pas «virer son capot»
    Peut-on se poser des questions, se demander pourquoi les travailleurs de l'État crient au secours sans que jamais personne ne les prenne au sérieux, pourquoi une institution de la santé comme l'oeuvre du docteur Julien fonctionne sur le même mode que les écoles privées subventionnées?

    Ce n'est pas enlever de la valeur au travail accompli par cette équipe que s'étonner que les différents ministères ne songent pas à faire en sorte que cette approche auprès des enfants et de leurs parents soient la norme et non l'exception.

    Et puis, c'et lassant quand même et profondément injuste de constater que, selon qui on est ou connaît, on peut rapidement être aidé, modifier ou faire passer des lois, obtenir des permis et des avantages pour les nôtres, recevoir subventions et sommes discrétionnaires, alors que la majorité des citoyens ayant besoin aussi d'un soutien communautaire attend son tour qui n'arrive jamais parce qu'elle n'a pas «les contacts» qui lui permettrait aussi d'être traitée comme un cas d'exception!

  • Celine A. Massicotte
    Abonnée
    vendredi 13 août 2010 11h24
    la "charité conditionnelle" à laquelle je me référait tantôt...
    s'est perdu dans le cyber espace, je suppose. Je vais donc résumer mon premier commentaire que j'avais intitulé: TIENS DON'.

    J'en étais venu, à cause de mon scepticisme aigu, à me méfier du "bon docteur Julien" comme on l'appelle parfois, pour des raisons autres que celles évoquées ici: bon, un kid kodak qui s'entoure de jeunes fragiles et démunis... Mais bon, il a suffit d'une biographie télévisuelle pour que je me rallie: il était plein de bonne volonté et de bonnes intentions.

    Mais lorsqu'il s'est mis à crier au loup... j'ai, comme l'écrit Mme Christianne Gervais, virer capot, car... un, peu mener à l'autre: après tout, dans notre système de santé, un million de $, ce n'est pas rien, quand même, et je me suis questionné d'autant plus quand j'ai lu ceci dans un article du Devoir consacré à ce sujet: "Car à 65 ans et des poussières, de plus en plus près de la retraite, le Dr Julien songe à l'avenir du système qu'il a développé. «Je ne veux pas que tout ce qu'on fait ne soit associé qu'à mon nom. C'est trop fragile. C'est un système que j'ai mis en place et qui se déploie. C'est toute [cette idée-là] qu'il faut vendre», insiste-t-il"." Un SYSTÈME! Et qui se déploie? C'est bien ce que nous explique Mme Moquin-Normand maintenant, non? Et ça vient de sa bouche à lui!

    Et moi qui croyait que c'était un petit organisme d'Hochelaga-Maisonneuve, comme on pouvait le voir lors de la guignolée? Et les neuf enployés congédiés... me suis-je dit aussi, est-ce que ça ne serait pas... de la frime, pour faire bouger le gouvernement? Alors, pour faire une mauvaise blague, est-ce qu'on nous prend pour des guignols?

    Finalement... on n'est jmais assez prudents. Et comme l'a si bien écrit et chanté Paul Piché: "J'aurai toujours les yeux pleins d'eau, mais j'les aurai toujours ouvert... ".

  • caroline boies
    Inscrit
    vendredi 13 août 2010 16h53
    dites! moi donc Que le Dr.julien c,est foutu de nous....
    J'ai personnellement passé a travers des périodes difficile étant maman de 4 enfants et défavoriser y'a déja quelque années, le Dr.Julien a su nous donner a moi et mes enfants un soutient et de l'aide soit ,pour le temp de fetes ou des vacance d'été mais oui il est pour moi et mes enfants un Hommes de coeur et son organisme et un lieu au quel on se retache. N'étant plus cliente de l'organisme, l'an passé pendants une formation comme aide-éducatrice au chic-resto pop j'ai eu la chance de visité les lieux et j'ai constater plusieure amillioration et je suis fiere d'avoir fait parti de l'histoire de l'AED .
    Maintenant je suis éducatrice dans une halte garderie et je gagne ma vie ,pour ma part le Dr,julien en est surment pour quelque chose, comme tous les gens qui mon encourager dans se cheminemant.

  • P M
    Inscrit
    vendredi 13 août 2010 18h50
    Revenir sur terre
    Il ne s'agit pas de couper la subvention accordée au centre de m. Julien, mais de remettre à niveau les budgets des CLSC. On peut exiger plus de transparence d'un organisme non-public financé par les fonds publics, que l'argent ne soit pas donné au privé, et ce, tout en soutenant plus efficacement des objectifs humains que ne le pourrait un service en CLSC. Cependant, se fier à la pitié et à la générosité individuelle n'est pas viable, même si certains en tirent un capital politique.

    Pour vivre dans une société juste et égale, il faut une couverture systématique des risques des plus faibles. Il n'y a pas de solution miracle, il faut payer plus d'impôt et choisir ses priorités budgétaires !

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    vendredi 13 août 2010 19h53
    Un commentaire révélateur
    "Ceux qui parlent ne savent pas et ceux qui savent ne parlent pas", dit l'adage. En ce sens, le commentaire de caroline boies, qui a été une patiente, avec ses enfants, de Gilles Julien, vaut davantage que ceux de tous les lecteurs, ce qui m'inclut, qui n'ont pas eu besoin des services de cet organisme.

  • Le Coyote
    Abonnée
    samedi 14 août 2010 13h01
    Qu'ajouter de plus, sinon
    bravo et merci au nom de ceux qui oeuvrent dans milieu public et communautaire et n'ont pas accès à une tribune aussi éclatante que le bon Dr Julien, qui par ailleurs ne conjugue qu'au "je".

  • SnowPharoah
    Inscrit
    samedi 14 août 2010 13h43
    De plus...
    J'ajoute à ces commentaires que lorsqu'on est organisme comme celui du Dr Julien, on échappe à tous les enjeux du réseau publique: obligation de ne pas avoir de liste d'attentes (comme les centres jeunesse), négociations avec syndicats (comme les CSSS; hopitaux), obligation de produire des résultats démontrant l'efficacité de l'intervention. De fait, il n'y a aucune étude sur le programme qui démontre qu'il s'agit d'une stratégie plus efficace que le réseau publique financé au même niveau, auprès de la même clientèle. Beaucoup de bonnes intention, beaucoup d'énergie, de temps et d'investissement; chapeau aux gens pour ces choses. Mais encore faut-il montrer l'efficacité de ce qu'on fait pour enlever les ressources au CSSS et les donner à d'autres.

  • Yvon Robert
    Abonné
    lundi 16 août 2010 09h03
    La nature a horreur du vide
    le docteur Julien a pris la place laissé vide.Dans plusieurs régions les CLSC sont un échec,ils n'ont jamais fait le travail que fait le docteur Julien, ce sont de grosses bureaucraties qui se suffisent a elles-memes.

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 19h05
    Les CLSC
    Je connais bien le réseau de la santé. Il y a des milliers de bureaucrates à Québec qui ne soignent personne. Il y a des agences régionales (très coûteuses) qui surveillent les intervenants et ne soignent personnes. Il y a pleins de bureaucrates dans les hôpitaux qui ne soignent personne. Les CLSC sont ouverts de 9 à 5,
    5 jours /semaine.

    Les services du Dr Julien sont exempts de la bureaucratie. Bon point pour lui. Les commérages des intervenants du secteur public ne sont que le fruit de la jalousie, selon moi.

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    mercredi 18 août 2010 15h23
    Cette travailleuse sociale...
    ...se trompe en affirmant que l'argent versé aux oeuvres de ce médecin est enlevé au système public. En fait, c'est de l'argent versé en plus, pas en moins. On n'enlève rien au système public.

    Julien fait un travail formidable, sa pédiatrie sociale commence à faire des petits à St-Jean, Gatineau, Trois-Rivières, Montréal-Nord, dans le Centre-Sud de même qu'à Lévis.

  • Benoit Houle
    Inscrit
    jeudi 19 août 2010 09h22
    Le vrai responsable...
    J'ai adoré cette lettre de Mme Moquin-Normand et je suis en accord avec la grande majorité des points. Par contre, je trouve important de recentrer le débat. Il ne s'agit pas ici de démolir le travail du docteur Julien ou des travailleurs des CLSC. Ce qu'il faut décrier, c'est la décision d'un ministre de couper dans sa première ligne et de faire les manchettes pour sa belle générosité envers un seul organisme.
    Il n'est pas sans conséquence pour notre société de laisser de côté les services sociaux. Nous savons maintenant ce qu'un décrocheur coûte à la société tout au long de sa vie, c'est aussi une situation semblable lorsqu'on laisse un enfant en difficulté sans service. Le jeune en difficulté coûtera plus cher à la société si on ne s'occupe pas de lui maintenant. Ce qu'on investi maintenant se reflètera demain. On est encore face à un gouvernement qui dirige dans le très court terme et qui ne réalise pas (ou s'en balance) la dette qu'il va laisser au québécois dans l'avenir. Je le répète, c'est maintenant que l'on doit aider ces jeunes et non dans 20 ans lorsqu'il sera trop tard pour eux.

  • Julie3
    Inscrit
    lundi 20 septembre 2010 23h55
    CLSC= inefficacité
    Je travaille en CLSC. Il s'agit probablement de la structure la plus bureaucratisée du système de santé. Pousser un crayon, taper derrière l'écran d'ordinateur, répondre au téléphone, faire des statistiques... c'est à ça que ressemble mon quotidien. Si je vois 3 ou 4 patients par jour, c'est beau... Difficile de croire que j'ai étudié en sciences infirmières pour ça... Je n'y travaillerai pas toute ma vie, mais c'est assez pour réaliser que les CLSC (DPJ aussi) sont inefficaces/inadaptés. Tant mieux si Dr Julien a autre chose à proposer...

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