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    Libre opinion: L'importance de l'anglais dès la première année est un mythe

    4 juin 2003 |François Roberge - Montréal
    Sitôt que le Parti libéral gagne le pouvoir à Québec, je me repose systématiquement la question: notre langue française ainsi que la charte censée la défendre vont-elles être encore revisitées? Alors que je crois la paix linguistique solide, voici que le nouveau gouvernement décide de la remettre en question. En effet, Pierre Reid, ministre de l'Éducation, souhaite que les élèves en première année du primaire apprennent l'anglais. Si le gouvernement adopte son projet, les problèmes d'apprentissage du français s'accroîtront. En outre, ce «changement», expression si chère à Jean Charest, est inutile!

    J'enseigne la littérature au cégep. J'accorde une place importante à la qualité de la langue au moyen d'exercices d'écriture occasionnels dans l'espoir de recevoir de bons travaux de la part de mes élèves. Certains me disent que par rapport au français, l'anglais est, règle générale, plus simple à maîtriser, donc plus facile à écrire. Ils ont raison. Dès lors, je n'ose imaginer les réactions de mes camarades du niveau primaire lorsqu'ils entendront pareil constat de leurs élèves de cinq ou six ans. D'où l'importance d'oublier l'enseignement de l'anglais dès les premières années d'école primaire.

    Si notre syntaxe et notre système de conjugaison sont complexes à appréhender, mieux vaut s'y mettre lorsque nous sommes jeunes. L'enfant qui reviendra de son cours d'anglais pour ensuite se rendre au cours de français s'y perdra; la confusion entre le système simple de l'anglais et celui — force est de le reconnaître — difficile (mais ô combien fascinant!) du français s'accentuera. La conséquence est prévisible: le cours d'anglais deviendra plus agréable à suivre, et la culture anglaise à laquelle il donne accès commencera plus tôt chez nos enfants son travail d'éviction de la culture française et des autres cultures. Ensuite, bonne chance au personnel enseignant du secondaire dans son mandat de parfaire le bon usage du français dans les travaux écrits des élèves!

    Qui plus est, quel message envoyons-nous aux nouveaux citoyens et aux nouveaux citoyens du Québec? Celui-ci: vous pourrez vivre au Québec dans la langue de la majorité canadienne. La Charte de la langue française (la loi 101), instaurée afin d'harmoniser le dialogue des diverses cultures québécoises, n'aura pratiquement plus force de loi. L'enfant qui parle arabe, portugais, mandarin ou hindi à la maison doit d'une certaine manière faire un effort pour «oublier» sa langue lorsqu'il rentre à l'école le matin, du moins s'il veut plus facilement s'imprégner du français. L'effort est difficile mais certes essentiel pour quiconque désire apprendre une nouvelle langue. Après tout, comment bien maîtriser une langue sinon en s'entourant d'individus qui s'en servent? D'autre part, si un groupe d'élèves réussit mieux son cours d'anglais, c'est cette langue qu'il préférera et qu'il finira par utiliser. Le français restera désormais une langue seconde.

    Par conséquent, attendons encore à la quatrième année du primaire avant d'enseigner l'anglais. Assurons-nous que nos élèves acquièrent le minimum de connaissances du français avant l'apprentissage de toute autre langue seconde. Tôt au tard, la maîtrise de l'anglais viendra d'elle-même. La diffusion de la langue de nos voisins du Sud par la radio, la télévision ou le cinéma finira toujours par rentrer chez nous. Bien des Québécois affirment qu'ils ont appris l'anglais surtout en dehors des réseaux scolaires (amitiés, amours, relations professionnelles, lecture, voyages, etc.), lesquels en retour leur ont permis d'optimiser son usage. Les libéraux de Pierre Reid et de Jean Charest prétendent que la signature éventuelle de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) multipliera les échanges transnationaux et, partant, nécessitera une meilleure connaissance de l'anglais. Ne vous en faites pas, MM. Reid et Charest, et ne sous-estimez pas nos aptitudes! La langue anglaise est déjà parfaitement bien maîtrisée par plus de la moitié des Québécois entre 20 et 29 ans. Notre position nous empêche et nous empêchera toujours de faire fi de l'apprentissage de la première langue de communication au monde.

    Bref, si nous désirons que le français reste la langue d'usage au Québec, autant au travail que dans nos échanges commerciaux, culturels et interpersonnels, mettons plutôt l'accent, MM. Reid et Charest, sur l'aide à l'apprentissage du français, et pas seulement aux premières années du primaire mais également au secondaire et au cégep. D'ailleurs, puisqu'on parle d'intégration continentale, pourquoi ne pas également intéresser nos jeunes enfants à ses langues? Véritables réseaux de diffusion, celles-ci les conduiraient vers d'autres univers culturels, les attireraient vers d'autres littératures, d'autres univers musicaux, d'autres oeuvres cinématographiques, bref, d'autres manières d'appréhender la société. Autrement, l'oncle Sam ouvrira plus rapidement le chemin à l'éviction des cultures des Amériques, la nôtre en premier.
     
     
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