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Les Centres de la petite enfance - Essentiels à la famille, bons pour la communauté

Camil Bouchard - Porte-parole de l'opposition officielle en matière de pauvreté et de solidarité sociale  3 juin 2003 
Le gouvernement du Parti libéral évoque la possibilité de transférer aux services de garde à but lucratif une importante portion des nouvelles places à développer. Dans un même élan, il laisse entrevoir une hausse des frais de fréquentation pour les familles «les plus riches» ou encore une hausse des frais quotidiens pour toutes les familles.

Dès les premiers jours de son mandat, c'est clairement aux familles que le présent gouvernement envisage de faire porter le poids de ses promesses électorales (notamment des éventuelles baisses d'impôt) par l'entremise d'un impôt supplémentaire ou d'une majoration de la contribution parentale. Faire payer davantage un groupe de familles ou l'ensemble des familles pour un système voué au bien-être de leurs enfants et à la facilitation de la vie familiale vient jeter un doute profond quant à l'importance qu'accorde le gouvernement du Parti libéral aux familles du Québec.

L'approche adoptée par le gouvernement du Parti québécois demandait à tous les contribuables, et non seulement aux familles avec enfants, de partager les frais des services de garde. Soutenir les parents de très jeunes enfants relève, dans cette approche, d'un engagement collectif du même ordre que celui que nous acceptons volontiers en ce qui concerne nos enfants d'âge scolaire. Cela témoigne de la reconnaissance de toutes et de tous envers celles et ceux qui décident de créer une famille, d'éduquer et de prendre soin de leurs tout-petits, de nos futurs concitoyens. Cette responsabilité collective rejoint le voeu de la très grande majorité de la population du Québec pour qui la famille représente une valeur fondamentale. Faire porter le poids de la «réingénierie de l'État» aux familles, c'est envoyer le message que la famille est strictement une affaire individuelle et que la collectivité n'a pas à s'en préoccuper outre mesure. La famille devient, dans l'approche libérale, un luxe individuel que la collectivité n'a pas à soutenir.

Implication des parents

Les parents sont les premiers responsables du développement et du bien-être de leurs enfants. Cette valeur a aussi très largement inspiré la création et l'organisation des Centres de la petite enfance (CPE). C'est en très grande partie pour cette raison que les parents occupent une place prépondérante au conseil d'administration des CPE. Ils sont impliqués dès le départ dans l'analyse des besoins de leur communauté, dans la préparation d'une demande d'incorporation et dans la mise sur pied des installations. Mais, plus encore, c'est aussi en vertu de ce principe que les CPE ont multiplié les efforts, les projets et les programmes, pour renforcer les liens entre les parents et le personnel éducatif des centres. Nulle part ailleurs en Amérique du Nord ne retrouve-t-on ce souci d'impliquer autant les parents des tout petits.

Loin d'être écartés de leur rôle, les parents des CPE participent en plus à la construction du capital social, à la vie de leur communauté. [...] Avec les autres acteurs du développement économique et social locaux et régionaux, les CPE font l'analyse des besoins des enfants et des parents et développent des protocoles de collaboration (avec les CLSC par exemple, ou les Centres jeunesse, les bibliothèques, les services de loisirs). Ils visent également à ce que les disparités entre les quartiers ou les communautés locales soient prises en compte dans le développement des places et prennent un soin jaloux à assurer une réelle mixité sociale parmi les enfants et les familles qu'ils accueillent. [...]

La justice et la solidarité sociale comptent également parmi les valeurs fondamentales auxquelles s'identifient les Québécoises et les Québécois. Depuis de très nombreuses années, l'écart entre les riches et les pauvres a toujours été moins important au Québec que dans les provinces canadiennes. Malgré les efforts fiscaux que cela représente, la population québécoise a consenti, année après année, à investir dans les programmes de redistribution de la richesse. Elle se protège ainsi contre une fracture sociale profonde entre différentes catégories de citoyens. La population québécoise a opté pour la paix sociale, pour une plus grande cohésion, une plus grande harmonie entre ses membres. Jamais cette approche fondamentale n'a été remise en cause au Québec. Et cela nous sert bien: le Québec se démarque, par exemple, par ses taux plus bas de violence et de criminalité et par le succès de ses étudiants aux concours internationaux.

Justice et solidarité sociale

Un parti qui, comme le Parti conservateur ontarien, tenterait de se faire élire au gouvernement en reniant cette approche serait voué à l'échec au Québec. Le parti de M. Charest s'en est d'ailleurs bien gardé durant la campagne électorale. Mais l'idée qu'il envisage, une fois élu, de hausser les frais de garde menace ce principe. Le réseau des CPE, rappelons-le, a notamment été créé pour permettre à chaque enfant d'avoir accès quotidiennement, que ses parents soient riches ou pauvres, à un environnement stimulant et de qualité. À la base de cette idée repose la volonté que chaque enfant, peu importe son origine sociale, puisse développer ses compétences et se préparer adéquatement à fréquenter l'école et à y réussir. Pour l'essentiel, cette volonté reflète notre attachement collectif à la justice et à la solidarité sociale. Et aussi à la prévention.

S'il choisit d'augmenter les frais de garde pour toutes les familles, le gouvernement du Parti libéral réduit l'accès à de tels environnements pour les enfants de familles pauvres ou à revenu modeste. [...] S'il transfère le poids d'une telle augmentation sur les familles de classe moyenne de sorte à épargner les plus démunies, le gouvernement affaiblit le pouvoir d'achat de ces familles qu'il prétend par ailleurs protéger par des baisses éventuelles d'impôt. De fait, il leur fait payer plus cher un service qu'elles paient déjà plus cher en vertu de notre système d'imposition progressif. Mais plus encore, il risque d'affaiblir de la sorte le lien de solidarité, la cohésion sociale, entre ces familles et les familles les plus démunies. Il accroît le danger que les familles de classe moyenne se sentant traitées injustement ou même flouées par leur gouvernement, renient graduellement leur attachement à une société plus juste, plus cohésive et plus préventive et qu'ils laissent s'étioler une des mesures les plus équitables et les plus productives de notre développement collectif. Dans les deux cas, le gouvernement aura choisi de creuser l'écart entre les groupes sociaux. Nous considérons que c'est un choix qui renie notre identité profonde.

Dans le dossier des CPE, le gouvernement du Parti libéral heurte, de plein fouet, un ensemble de valeurs auxquelles la population du Québec s'identifie depuis longtemps. Est-ce vraiment le mandat que le peuple québécois a confié à Jean Charest le 14 avril dernier?
 
 
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