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Pourquoi je voterai PQ, ou la pire raison de voter ADQ

Yves Cloutier - Montréal, 5 juin 2002  11 juin 2002 
La lecture du texte «Pourquoi je voterai ADQ (et non PQ)», d'Alexis Cossette-Trudel (Le Devoir, 4 juin), illustre de façon éclatante dans quelle imposture on est en train de fourvoyer les électeurs québécois: présenter l'ADQ comme une «bouffée d'air frais» est en effet un contresens, fruit d'une intrigante confusion intellectuelle. À la décharge de M. Cossette-Trudel, auteur de cette formule malheureuse, signalons que, selon son propre aveu, il ne votera pas ADQ sur la base de son programme; on me permettra d'en déduire qu'il ne l'a pas lu. Je me propose donc de l'instruire à ce sujet.


On cherche en vain un rapport, même vague, entre une bouffée d'air frais et le programme adéquiste en matière d'éducation. Ce n'est rien de moins que le démantèlement du système public qui est proposé, à travers la régionalisation des responsabilités du ministère de l'Éducation et les «bons d'études» aux parents, laquelle mesure est une incitation grossièrement maquillée à opter, moyennant quelques milliers de dollars de plus, pour l'école privée. Ce «bon» camoufle mal ses origines de parvenu de banlieue, taillé sur mesure qu'il est pour les indolents dortoirs de la couronne métropolitaine. Quelle pertinence aurait-il, d'ailleurs, dans la pauvreté d'Hochelaga-Maisonneuve ou l'isolement des villages de mon Abitibi natale?

En ce qui a trait à la santé, ce n'est pas de bouffée d'air qu'il est question dans les desseins adéquistes, mais plutôt d'asphyxie. Outre l'immoralité de permettre aux riches d'être soignés avant les pauvres, appelons un chat un chat, j'attends qu'on m'explique, dans le contexte d'un réseau de la santé où les médecins et les infirmières font défaut, comment l'ADQ va gérer ce problème. On imagine enfin sans peine la ruée chez les assureurs, qui seraient, en fin de compte, les seuls bénéficiaires de cette calamiteuse entreprise d'appauvrissement collectif.


Le reste du programme Dumont est à l'avenant: baisse d'impôt (on peine déjà à financer les services), la hache dans la fonction publique (tous à Walkerton!), déréglementation aveugle (remplaçons tout de suite les viaducs par des intersections, avant qu'ils ne s'écroulent). Recette classique, éculée, du populisme; aux problèmes complexes, des solutions simples, et surtout simplistes! Une bouffée d'air frais, M. Cossette-Trudel? Vous voulez nous ramener dans les années cinquante!


Ne confondons pas ce miasme fétide, exhalé par des disciples retardataires de Mike Harris et de Ralph Klein, avec une bouffée d'air frais. Pour ma part, je me félicite plus que jamais d'avoir adhéré cet hiver au Parti québécois. Enrôlé pour combattre les libéraux et leur politique du «p'tit Québec=p'tit pain», la lutte se fera finalement contre les adéquistes. À compter de ce jour, je m'emploierai donc à dénoncer cette mascarade ridicule qui consiste à faire passer cette vieille chipie de droite populiste, décrépite et réactionnaire, fardée d'un jeune chef et peinturlurée par les sondages, pour une jeune et fraîche vierge politique.


En terminant, M. Cossette-Trudel, cessez d'usurper le titre de porte-parole de notre génération. Sans le revendiquer pour moi-même, je puis sans crainte affirmer que les jeunes, hormis quelques rares et curieuses exceptions, ne pensent pas, à l'instar de vos collègues, «qu'on est trop social-démocrate au Québec».
 
 
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