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Compressions - Béchard veut épargner les démunis

Clairandrée Cauchy   27 mai 2003 
Aux prises avec de douloureuses demandes de compressions budgétaires de la part du Conseil du trésor, le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille (MESSF), Claude Béchard, assure qu'il «va tout faire pour sauver la mise au niveau des démunis» et «chercher par tous les moyens à garder le système des garderies à 5 $ par jour».

Il réagissait aux informations publiées hier par Le Devoir voulant que le Conseil du trésor ait exigé du MESSF des compressions allant de 300 à 500 millions. Le ministre n'a toutefois pas voulu avancer de chiffres quant au montant des compressions attribué à son ministère avant que le budget ne soit déposé.

«Tout est encore dans les airs et dans les négociations. Cela va probablement négocier encore pendant quelques jours», a-t-il confié au Devoir. Précisant que ses collègues sont aussi aux prises avec des situations difficiles, il laisse tomber: «ce n'est pas une bonne période pour nos cheveux gris».

«Quand on regarde les commandes qui ont été passées, il y a des points où ce n'est pas compressible. Je ne peux arrêter d'émettre des chèques [d'aide sociale] au mois de février, parce que je n'ai plus d'argent. Là-dessus, il n'y a pas énormément de marge de manoeuvre. Même chose au niveau des garderies, on ne peut les augmenter à 25 $ en milieu d'année, parce qu'on n'a plus d'argent», a poursuivi le ministre Béchard.

Le gouvernement tentera de respecter ses engagements, qui prévoyaient notamment de garantir le niveau des prestations à l'aide sociale. «Nous voulons respecter la loi contre la pauvreté, on ne veut pas appauvrir le monde», a ajouté le ministre responsable de la sécurité du revenu. Lors d'un point de presse ce matin, le premier ministre a même rappelé que le Parti libéral s'était prononcé en faveur de l'indexation des prestations de la sécurité du revenu.

Récemment, la présidente du Conseil du trésor avait soutenu, en entrevue au Devoir, qu'il était hors de question de geler le budget de la sécurité du revenu. «Quand on a traversé quatre ans d'opposition, on a eu beaucoup de gens dans nos comtés qui reçoivent un chèque d'aide sociale, et ce n'est pas beaucoup. Il n'est pas question qu'on aille gruger dans un budget comme celui-là. Ce n'est pas humainement possible», affirmait alors Monique Jérôme-Forget.

Garderies: plusieurs scénarios

Du côté des centres de la petite enfance, qui constituent un autre gros morceau du budget du MESSF, le ministre précise que plusieurs scénarios sont sur la table. «On en voit trois ou quatre par jour, on ne sait pas lequel on retiendra dans les prochains jours.»

Une chose est certaine, le jeune ministre veut s'assurer que «les gens qui en ont besoin, la classe moyenne, ne voient pas leur fardeau fiscal augmenter».

Le ministre précise qu'il ne se contentera pas d'appliquer des compressions, et inscrit la présente démarche dans la vaste opération de «réingénierie» amorcée dans l'ensemble de l'État. «Je veux revoir tous les programmes. Des fois, on a le réflexe de toujours en ajouter et de ne pas en enlever. Parfois, on se rend compte qu'il y a des affaires qui ne marchent plus, ou qui n'ont plus de raison d'être. C'est un travail de fond, qu'on fait en deux ou trois semaines au lieu de le faire en six mois», explique le ministre.

L'annonce d'éventuelles compressions a semé l'inquiétude, tant du côté du réseau des garderies que chez les groupes qui luttent contre la pauvreté. «Aujourd'hui, c'est le lancement de la semaine des services de garde, ce sera notre cadeau, drôlement emballé», a ironisé la directrice générale de l'Association québécoise des centres de la petite enfance, Francine Lessard.

Si les compressions mettaient un frein au développement des 36 500 places en garderie manquantes pour compléter le réseau, «il y a des parents qui vont crier haut et fort. C'est très inquiétant». Une augmentation de la contribution de 5 $ exigée des parents constituerait d'autre part une entrave à l'accessibilité pour les familles moins bien nanties, souligne Mme Lessard.

Elle espère cependant que le portrait pourra s'embellir d'ici au dépôt du budget. «Cela nous donne quelques semaines pour discuter avec nos ministres.» L'association a d'ailleurs demandé hier une rencontre d'urgence avec la ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge.

Pour sa part, la Fédération des femmes du Québec est très préoccupée par la perspective de compressions dans ce ministère à caractère éminemment social: «quel que soit l'endroit où ils touchent, on est mal pris», s'exclame Mme Barbot.

Elle rappelle que les groupes sociaux s'étaient opposés, lors de la campagne électorale, au plan libéral qui projetait de hausser seulement les budgets de la Santé et de l'Éducation. «On disait que ce n'était pas possible de tout arrêter pour ne faire que deux choses, sinon, on n'aurait pas besoin de gouvernement. Là, il ne s'agit même pas de faire du surplace, il s'agit d'une ponction dans un ministère à caractère social.» Si les nouvelles sont aussi mauvaises qu'on le craint, Vivian Barbot promet un «été chaud» au gouvernement libéral.

D'ici là, elle aura les yeux rivés sur le prochain budget, espérant y trouver les mesures urgentes exigées par les groupes anti-pauvreté, telles que la gratuité des médicaments pour les personnes à l'aide sociale et les personnes âgées, ainsi que l'instauration d'un barème plancher à l'aide sociale.






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