1er tour des législatives françaises - Vers un balayage de la droite
Les Français refusent la cohabitation. L'abstention bat tous les records.
Christian Rioux
10 juin 2002
Photo : Agence Reuters
Avec 12 % des voix, Jean-Marie Le Pen ne sera pas en mesure d'arbitrer le second tour comme il l'escomptait.
La droite est arrivée largement en tête au premier tour des élections législatives françaises hier. À une semaine du second tour, les Français semblent disposés à offrir à Jacques Chirac, élu par défaut à la présidentielle contre Jean-Marie Le Pen il y a un mois, la majorité des députés à l'Assemblée nationale.
Avec 43 % des voix, la droite pourrait récolter entre 392 et 427 députés (sur 577), selon les projections de la SOFRES (institut de sondage). Avec 37 %, la gauche ne pourrait espérer qu'entre 150 et 191 députés. Le Front National, avec 12 %, ne réédite pas sa très bonne performance de la présidentielle (17 %). Il n'est pas sûr du tout qu'il fasse élire un seul député.
Jacques Chirac devrait donc décrocher dimanche la «vraie» majorité qu'il avait réclamée la semaine dernière afin d'éviter une nouvelle cohabitation avec un gouvernement de gauche. Son nouveau parti, l'Union pour la majorité présidentielle (UMP), risque même d'obtenir la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Il pourrait ainsi gouverner sans le soutien des centristes de la Nouvelle Union pour la démocratie française (UDF) dirigée par François Bayrou. Avec environ 5 % des voix, la seule formation de droite qui a refusé de se joindre au nouveau parti de Jacques Chirac, l'Union pour la majorité présidentielle (UMP), n'est pas assurée de former un groupe reconnu à l'assemblée nationale.
Le premier ministre Jean-Pierre Raffarin a cependant refusé de pavoiser. «Vous le savez, ce n'est qu'au second tour que les résultats sont définitifs.»
Pour le premier ministre qui jouit d'un taux de popularité de 60 %, «les Français sont las de la politique-polémique, ils veulent de la politique-efficacité. [...] Nous tiendrons tous les engagements pris par le président de la République lors de la campagne présidentielle».
Le ministre des Affaires sociales, François Fillon, estime que «les Français ont choisi de donner une majorité au président de la république». «Les Français ont considéré que la bataille avait eu lieu à la présidentielle», a dit le ministre Patrick Devedjian qui est aussi conseiller juridique de Jacques Chirac dans ses nombreux démêlés avec la justice. Philippe Douste-Blazy, maire de Toulouse, y voit le triomphe de l'UMP qu'il compare aux grands partis de droite comme la CDU allemande et le Parti populaire espagnol.
Divisée et sans chef, la gauche s'est engagée dans cette élection encore assommée par le coup de tonnerre de la présidentielle. Avec 27 %, le PS fait tout de même mieux qu'au premier tour des législatives de 1997 (25 %). Ce sont ses alliés de gauche qui s'effondrent. Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, estime que le fort taux d'abstention est dû au refus de «tout débat avec les représentants de la gauche». Il a déploré le «risque d'une Assemblée nationale déséquilibrée» et d'«une droite jouissant de tous les pouvoirs sans garde-fous».
L'ancien ministre socialiste des Finances Laurent Fabius estime que l'abstention exprime une «lassitude civique». Si la gauche est très nettement sous-représentée, il y a «un risque social massif», dit le principal candidat pressenti à la succession de Lionel Jospin. Laurent Fabius n'exclut pas une surprise au second tour. «Les abstentionnistes vont réagir.»
«Si 36 % des Français ne se présentent pas aux urnes, c'est parce que ce qu'on leur propose ne les emballe pas à droite comme à gauche», a reconnu le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoé. «Je n'ai aucune satisfaction ce soir et je ne conseille à personne de faire dans l'arrogance.»
Échec du Front National
Avec 12 % des voix, Jean-Marie Le Pen ne sera pas en mesure d'arbitrer le second tour comme il l'escomptait. Le Front National pourrait, au mieux, se maintenir dans une trentaine de circonscriptions comparativement à une centaine en 1997.
«La droite et la gauche sont de connivence pour se faire élire et pour interdire que des millions d'électeurs soient représentés à l'assemblée nationale», a déclaré Jean-Marie Le Pen visiblement déçu. Très identifié à son leader charismatique, le Front obtient traditionnellement moins de voix aux législatives qu'à la présidentielle.
Après l'éparpillement de la présidentielle, qui avait permis à Jean-Marie Le Pen de se hisser au second tour, les électeurs se sont reportés sur les grands partis. La plupart des tiers partis, de droite comme de gauche, ont donc perdu des voix au profit de l'UMP et du PS.
Avec 3 % de voix, les Verts ont souffert de ce «vote utile», reconnaît leur leader Noël Mamère. «Il y a une menace de la prise de tous les pouvoirs en France par la droite conservatrice.» Le Parti communiste poursuit de son côté sa descente aux enfers en passant de 9 % des voix (en 1997) à moins de 5 %. Les communistes risquent de ne plus avoir de groupe reconnu à l'assemblée nationale. Quant au parti de Jean-Pierre Chevènement, le Pôle républicain, il semble voué à la disparition avec moins de 1 % des voix.
L'ampleur de la défaite de la gauche dépendra de l'attitude qu'adopteront les abstentionnistes dimanche prochain. Comme au premier tour de la présidentielle, ceux-ci ont généralement un profil de gauche. La moitié des moins de 35 ans ne serait pas allée voter hier.
Avec 36 %, les abstentions dépassent largement le record du premier tour de la présidentielle (28,4 %) et celui des législatives de 1997 (32 %). Plus d'un électeur sur trois a considéré que l'élection était jouée d'avance. De nombreux électeurs de gauche n'ont probablement pas eu le coeur d'aller voter pour une nouvelle cohabitation. C'est dans les départements du nord qu'on s'est le plus abstenu.
Autre conséquence indirecte, cette abstention exceptionnelle a rendu difficile la qualification des candidats du Front National au second tour qui auraient normalement pu arbitrer le jeu dans près de 200 circonscriptions.
Dans la précédente assemblée, la gauche avait 339 députés et la droite 258. À l'occasion de ce premier tour, les Français avaient le choix entre une vingtaine de partis et 8444 candidats pour 577 sièges. Dans le 1er arrondissement parisien, les électeurs avaient même à choisir entre 27 candidats!
Avec ce second succès électoral en moins de deux mois, le président Jacques Chirac semble devoir remporter tous ses paris. C'est ce qu'on saura le 16 juin.
Avec 43 % des voix, la droite pourrait récolter entre 392 et 427 députés (sur 577), selon les projections de la SOFRES (institut de sondage). Avec 37 %, la gauche ne pourrait espérer qu'entre 150 et 191 députés. Le Front National, avec 12 %, ne réédite pas sa très bonne performance de la présidentielle (17 %). Il n'est pas sûr du tout qu'il fasse élire un seul député.
Jacques Chirac devrait donc décrocher dimanche la «vraie» majorité qu'il avait réclamée la semaine dernière afin d'éviter une nouvelle cohabitation avec un gouvernement de gauche. Son nouveau parti, l'Union pour la majorité présidentielle (UMP), risque même d'obtenir la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Il pourrait ainsi gouverner sans le soutien des centristes de la Nouvelle Union pour la démocratie française (UDF) dirigée par François Bayrou. Avec environ 5 % des voix, la seule formation de droite qui a refusé de se joindre au nouveau parti de Jacques Chirac, l'Union pour la majorité présidentielle (UMP), n'est pas assurée de former un groupe reconnu à l'assemblée nationale.
Le premier ministre Jean-Pierre Raffarin a cependant refusé de pavoiser. «Vous le savez, ce n'est qu'au second tour que les résultats sont définitifs.»
Pour le premier ministre qui jouit d'un taux de popularité de 60 %, «les Français sont las de la politique-polémique, ils veulent de la politique-efficacité. [...] Nous tiendrons tous les engagements pris par le président de la République lors de la campagne présidentielle».
Le ministre des Affaires sociales, François Fillon, estime que «les Français ont choisi de donner une majorité au président de la république». «Les Français ont considéré que la bataille avait eu lieu à la présidentielle», a dit le ministre Patrick Devedjian qui est aussi conseiller juridique de Jacques Chirac dans ses nombreux démêlés avec la justice. Philippe Douste-Blazy, maire de Toulouse, y voit le triomphe de l'UMP qu'il compare aux grands partis de droite comme la CDU allemande et le Parti populaire espagnol.
Divisée et sans chef, la gauche s'est engagée dans cette élection encore assommée par le coup de tonnerre de la présidentielle. Avec 27 %, le PS fait tout de même mieux qu'au premier tour des législatives de 1997 (25 %). Ce sont ses alliés de gauche qui s'effondrent. Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, estime que le fort taux d'abstention est dû au refus de «tout débat avec les représentants de la gauche». Il a déploré le «risque d'une Assemblée nationale déséquilibrée» et d'«une droite jouissant de tous les pouvoirs sans garde-fous».
L'ancien ministre socialiste des Finances Laurent Fabius estime que l'abstention exprime une «lassitude civique». Si la gauche est très nettement sous-représentée, il y a «un risque social massif», dit le principal candidat pressenti à la succession de Lionel Jospin. Laurent Fabius n'exclut pas une surprise au second tour. «Les abstentionnistes vont réagir.»
«Si 36 % des Français ne se présentent pas aux urnes, c'est parce que ce qu'on leur propose ne les emballe pas à droite comme à gauche», a reconnu le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoé. «Je n'ai aucune satisfaction ce soir et je ne conseille à personne de faire dans l'arrogance.»
Échec du Front National
Avec 12 % des voix, Jean-Marie Le Pen ne sera pas en mesure d'arbitrer le second tour comme il l'escomptait. Le Front National pourrait, au mieux, se maintenir dans une trentaine de circonscriptions comparativement à une centaine en 1997.
«La droite et la gauche sont de connivence pour se faire élire et pour interdire que des millions d'électeurs soient représentés à l'assemblée nationale», a déclaré Jean-Marie Le Pen visiblement déçu. Très identifié à son leader charismatique, le Front obtient traditionnellement moins de voix aux législatives qu'à la présidentielle.
Après l'éparpillement de la présidentielle, qui avait permis à Jean-Marie Le Pen de se hisser au second tour, les électeurs se sont reportés sur les grands partis. La plupart des tiers partis, de droite comme de gauche, ont donc perdu des voix au profit de l'UMP et du PS.
Avec 3 % de voix, les Verts ont souffert de ce «vote utile», reconnaît leur leader Noël Mamère. «Il y a une menace de la prise de tous les pouvoirs en France par la droite conservatrice.» Le Parti communiste poursuit de son côté sa descente aux enfers en passant de 9 % des voix (en 1997) à moins de 5 %. Les communistes risquent de ne plus avoir de groupe reconnu à l'assemblée nationale. Quant au parti de Jean-Pierre Chevènement, le Pôle républicain, il semble voué à la disparition avec moins de 1 % des voix.
L'ampleur de la défaite de la gauche dépendra de l'attitude qu'adopteront les abstentionnistes dimanche prochain. Comme au premier tour de la présidentielle, ceux-ci ont généralement un profil de gauche. La moitié des moins de 35 ans ne serait pas allée voter hier.
Avec 36 %, les abstentions dépassent largement le record du premier tour de la présidentielle (28,4 %) et celui des législatives de 1997 (32 %). Plus d'un électeur sur trois a considéré que l'élection était jouée d'avance. De nombreux électeurs de gauche n'ont probablement pas eu le coeur d'aller voter pour une nouvelle cohabitation. C'est dans les départements du nord qu'on s'est le plus abstenu.
Autre conséquence indirecte, cette abstention exceptionnelle a rendu difficile la qualification des candidats du Front National au second tour qui auraient normalement pu arbitrer le jeu dans près de 200 circonscriptions.
Dans la précédente assemblée, la gauche avait 339 députés et la droite 258. À l'occasion de ce premier tour, les Français avaient le choix entre une vingtaine de partis et 8444 candidats pour 577 sièges. Dans le 1er arrondissement parisien, les électeurs avaient même à choisir entre 27 candidats!
Avec ce second succès électoral en moins de deux mois, le président Jacques Chirac semble devoir remporter tous ses paris. C'est ce qu'on saura le 16 juin.
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