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Le oui de Sharon

Serge Truffaut   27 mai 2003 
En acceptant d'inscrire la «feuille de route» à l'agenda politique de son gouvernement pour les prochains mois, le premier ministre israélien Ariel Sharon a gommé une incertitude: il adhère au principe du plan en question. Jusqu'à tout récemment, les mots formulés, les signés envoyés par ce chef d'État avaient suscité une crainte: qu'il récuse la proposition élaborée par le quartet formé des États-Unis, de l'ONU, de l'Union européenne et de la Russie. On se souviendra que, lors du dernier périple du secrétaire d'État Colin Powell, Sharon avait cultivé l'indifférence à l'endroit du plan en question en prenant soin de ne pas l'évoquer.

Décidée en fin de semaine, l'adhésion du gouvernement israélien révèle un changement d'attitude et une concession. Il semble en effet que Sharon ait décidé de mettre de l'eau dans son vin après qu'il eut acquis la certitude que Bush était déterminé à aller de l'avant. La concession? Elle est de taille. Jusqu'alors Sharon tenait mordicus à ce que toute adhésion ou discussion au plan du quartet soit assujettie à un préalable: que les groupes armés palestiniens s'engagent à mettre un terme à la violence.

Cela étant, les États-Unis, pour convaincre Sharon de cautionner la feuille de route, ont donné à ce dernier des garanties qui n'ont pas encore été divulguées. D'après les échos qui émanent des médias israéliens, ce sont ces garanties qui ont permis à Sharon d'obtenir la majorité nécessaire à l'amorce de la prochain étape. Douze voix contre sept ont voté l'acceptation de la feuille de route. Les opposants, c'est à souligner, appartiennent aux formations d'extrême droite et aux élus du Likoud, comme Benjamin Nétanyahou, qui n'ont pas observé la règle dite de la discipline de parti. Il y a là un embryon éventuel d'éclatement de la coalition du gouvernement en poste.

Comme ce fut le cas lors des tentatives antérieures, tout risque de se jouer autour de la délicate question du retour des réfugiés palestiniens de 1948 et 1967. Sur ce sujet, le gouvernement a émis une réserve d'autant plus ferme qu'elle a été entérinée par une écrasante majorité. Sur ce plan, il est probable que la réserve clairement formulée va créer une certaine friction avec l'administration Bush qui se refuse à négocier des pans de la feuille de route avant que le coup d'envoi à la négociation de celle-ci ne soit officiellement donné.

Il reste que la demande afférente au retour des réfugiés demeure l'écueil sur lequel risquent de se briser les efforts en cours. Telle que formulée pour l'instant, l'exigence des Palestiniens, si elle était acceptée, accorderait aux réfugiés, mais également à leur descendance, le retour en Israël. Or il se trouve que, grâce à un taux de fécondité très élevé, voire le plus élevé au monde avec 6,2 enfants par femme en Cisjordanie, la population palestinienne a triplé en cinquante ans. Pour l'heure, la feuille de route voudrait qu'une «solution juste et réaliste sur la question des réfugiés» soit trouvée.

En attendant, il faut saluer, timidement il va sans dire, le fait que les acteurs en présence aient décidé d'aller de l'avant. Cela signifie que Sharon et son homologue palestinien, Mahmoud Abbas, vont accepter la simultanéité inscrite dans la feuille de route. À savoir que les Palestiniens vont mettre leurs armes en veilleuse et les Israéliens le processus de colonisation doublé du retrait des territoires occupés. Parviendra-t-on à franchir durablement cette première étape? On peut en douter.






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