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Lettres: Les Invasions barbares et l'histoire

José del Pozo - Professeur d'histoire latino-américaine UQAM, Montréal, le 22 mai 2003  27 mai 2003 
Dans le beau film d'Arcand, Les Invasions barbares, le personnage principal, professeur universitaire d'histoire, reproche à la religieuse qui visite les malades à l'hôpital le fait que les catholiques espagnols et portugais annihilèrent des millions d'Indiens à l'époque coloniale, dans une tuerie qu'il compare aux génocides du XXe siècle.

Une telle comparaison est une belle phrase dans la bouche du personnage, mais elle ne s'adapte pas à la réalité historique. Je ne cherche ni à cacher ni à disculper la cupidité des conquistadores en Amérique espagnole, mais s'il est vrai qu'ils provoquèrent la mort de milliers d'indigènes à la suite de travaux forcés, surtout dans les premières années de la Conquête, la disparition massive des indigènes s'explique par l'introduction de maladies apportées par les Européens, processus non prévu et non planifié. Les Couronnes espagnole et portugaise n'avaient nullement l'intention d'exterminer ces Indiens qui constituaient un bassin de main-d'oeuvre précieux, qui devait être préservé. Et sauf dans des situations spéciales, les Indiens ne furent pas traités en tant qu'esclaves, mais bien en tant que sujets du Roi. Exploités, acculturés et méprisés, ils le furent, sans doute, mais pas éliminés consciemment. De la sorte, on ne peut pas comparer cette situation avec les génocides du XXe siècle, la tuerie délibérée et systématique de certaines ethnies, réalisée par une politique d'État, comme ce fut le cas des Allemands et des Turcs contre les Juifs et les Arméniens. Il y a des libertés que les artistes prennent pour parler de certains sujets, qui peuvent aider à réfléchir sur l'histoire et la société, mais qui ne doivent pas être prises à la lettre par le public.
 
 
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