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    31 décembre 2009 |Jérôme Delgado
    Le Nu montréalais de Spencer Tunik
    Photo: Agence Reuters Christine Muschi Le Nu montréalais de Spencer Tunik
    Chronologie très personnelle d'une première décennie passée à faire le critique...

    Mai 2001, la réplique. La relationniste du musée n'en revenait pas: La Presse consacrait pour une rare fois un papier en une du journal à l'art contemporain. Spencer Tunick avait dénudé la veille une foule de Montréalais peu prudes et peu frileux. Il en a tiré une série de clichés, dans le cadre de l'exposition Métamorphoses et clonage présentée au Musée d'art contemporain (MACM). En boutade, quelques jours plus tard, la peintre Marie-Claude Bouthillier, également de l'expo, m'avait lancé ce mémorable commentaire: «Moi, quand je peins, je suis toute nue!»

    Décembre 2001, l'oeuvre. À l'abri des arbres, BGL, MACM. En période pré-Noël, le collectif BGL avait frappé très fort. L'installation À l'abri des arbres transformait la salle Projets du musée en un déboussolant labyrinthe dans les méandres de la consommation et de l'emballage cadeau. BGL n'a peut-être jamais atteint ce niveau de perfection, mais il n'a cessé de détruire, comme l'a démontré son exposition de 2009, les mirages qui nous rendent aveugles et insouciants.

    Juin 2002, le lieu. Usine pendant un siècle, puis friche durant dix ans, la Fonderie Darling devient, à l'été 2002, une adresse incontournable de l'art montréalais. Ultra vide, l'expo inaugurale, annonce les couleurs: l'endroit est immense, il s'agit de l'occuper avec parcimonie. Parmi ceux qui y réussiront, notons Mathieu Beauséjour, Aude Moreau et, en 2009, Alain Paiement. Et avec les ateliers, que les artistes s'arrachent depuis 2007, et le café adjacent, que fréquentent les classes huppées, le bâtiment est des plus vivants.

    Septembre 2002, la thématique. La demeure, Optica, un centre d'art contemporain. Dix-huit artistes sont éparpillés à travers la ville, dans des lieux autant publics que privés. Le thème — l'habitat, une réalité nomade et précaire — rassemble des oeuvres coup-de-poing, telles que Trou, une roulotte transformée par Michel de Broin, les ballons en latex encombrants d'Ana Rewakowicz ou les murales en sucre de Shelley Miller. La commissaire: Marie Fraser, désormais conservatrice en chef au MACM.

    Avril 2003, l'exportation. Le ludique, Musée d'art moderne de Lille. Une forte délégation d'artistes québécois, en début de carrière pour la plupart, débarque à Lille. C'est l'expo Le Ludique, une production du Musée national des beaux-arts du Québec dont la commissaire est... Marie Fraser. Voilà la preuve que l'art québécois peut rivaliser avec d'autres (les autres artistes sont français), que des choses faites ici peuvent s'exporter. Le Ludique vaut bien des Triennales. À quand la suite?

    Septembre 2004, le projet. Dis/location, Dare-Dare, centre de diffusion d'art multidisciplinaire. C'est la rupture, un coup d'éclat, que propose Dare-Dare: projet de longue haleine, toujours en cours, un bureau-roulotte et nomade, interventions essentiellement urbaines... Avec Dis/location, le centre d'artistes met en pratique une belle idée souvent restée théorie. Sortir du cube blanc. De sa roulotte désormais plantée près du métro Frontenac, Dare-Dare continue à repenser l'art, à tisser des liens avec les populations, à valoriser des lieux méprisés.

    Mai 2006, le regard. Tableaux de chasse, Nicolas Baier, Musée des beaux-arts. Mariage parfait entre hier et aujourd'hui, entre beaux-arts et art contemporain, entre peinture et photographie. Quand Nicolas Baier s'est invité au MBA, il s'est incrusté partout. Cette expo en dix-sept images permettait de visiter l'histoire de l'art, comme aucune autre. Un fascinant parcours, bâti sur l'idée du camouflage et de cette sale impression qu'on regarde parfois sans regarder.

    Février 2007, le solo. Jean-Pierre Gauthier, Musée d'art contemporain. Ses installations cinétiques, vénérées, sont le résultat d'un travail réalisé autant par les mains que les yeux et les oreilles. Jean-Pierre Gauthier, l'habile rafistoleur des matériaux les plus divers et le dénicheur des musiques les plus improbables, est l'auteur d'une des oeuvres marquantes de la décennie, Échotriste. Le MAC l'a salué par un bilan d'une carrière à peine entamée, mais déjà très riche.

    Novembre 2008, le propos. Actions, comment s'approprier la ville, Centre canadien d'architecture (CCA). Une expo manifeste, au propos presque radical et qui détonne par rapport à l'image bcbg du CCA. Actions et ses 97 solutions concrètes, pensées autant par de simples citoyens que par des artistes terre-à-terre, invitent à repenser le monde avant que les excès et les paroles vides ne le mettent K.-O. Quand se nourrir de mauvaises herbes, squatter et obstruer la circulation automobile doivent devenir la norme, c'est que quelque chose ne tourne plus rond.


    Collaborateur du Devoir

    jacques grenier le devoir

    Nicolas Baier en plein travail
    Le Nu montréalais de Spencer Tunik Nicolas Baier Une des oeuvres de Jean-Pierre Gauthier












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