Flot de promesses
Josée Boileau
16 mai 2003
La première intervention publique du nouveau ministre de l'Éducation, Pierre Reid, ne remonte qu'à lundi de la semaine dernière. On l'oublierait presque à recenser les propos qu'il a tenus depuis. La liste donne le tournis: du report de la réforme au secondaire en passant par l'enseignement de l'anglais en première année, l'aide aux devoirs, la création d'un bulletin des écoles, des essais de non-mixité si cela peut aider les garçons et bien d'autres choses encore.
Le tout dans un contexte financier si serré que la déclaration de M. Reid au Devoir, il y a une semaine, à propos de la difficulté de préserver les coûts de système du réseau pour 2003-04 a eu l'effet d'une bombe. Le premier ministre Jean Charest a tenté de corriger le tir, mais les divergences sur la manière de calculer ces coûts continuent de susciter l'inquiétude. L'enjeu est crucial pour l'ensemble du réseau de l'éducation. C'est le sujet de l'heure, dont tout le reste dépend.
Mais même détachées de ce contexte financier, les intentions du ministre n'ont encore qu'un impact limité, M. Reid ayant strictement repris le catéchisme électoral de son parti. Toutes les manchettes des derniers jours se retrouvent dans le document Égalité des chances et réussite en éducation, publié en mars par le PLQ. Comme si on venait de vivre en concentré le débat sur l'éducation qui n'a pas eu cours pendant la campagne — où le monde de l'éducation s'est trouvé réduit aux fameux bons de scolarité de l'ADQ.
Mais maintenant qu'on sait tout du programme libéral, le vrai travail doit commencer. Quelles sont les priorités du ministre Reid? Nous ne parlons pas de décisions à l'emporte-pièce, tel le report de la réforme au secondaire — un engagement électoral, certes, mais qui devait se faire sur la base d'une consultation avant de «réviser, le cas échéant, le calendrier annoncé», comme on le lit dans le document libéral. Le ministre, ici, a été plus empressé que son parti!
On s'attend maintenant à ce qu'il distingue ce qui ressort du lot de promesses et qu'il en travaille la réalisation. Ainsi de la création d'un ordre professionnel des enseignants, dont M. Reid parlait encore cette semaine. En février, l'Office des professions a rejeté cette suggestion. Mais l'avis de cet organisme n'est que consultatif: la création d'ordres professionnels relève de la stricte volonté gouvernementale. Néanmoins, cet avis fait état de tâches d'encadrement (conditions d'accès à la profession, élaboration de la formation de base, etc.) qui relèvent actuellement du ministère de l'Éducation. Créer un ordre entraînera donc un réaménagement au ministère. De quelle ampleur? Avec quels impacts?
À sa prochaine tournée médiatique, le ministre ne pourra faire l'impasse sur de telles questions.
jboileau@ledevoir.ca
Le tout dans un contexte financier si serré que la déclaration de M. Reid au Devoir, il y a une semaine, à propos de la difficulté de préserver les coûts de système du réseau pour 2003-04 a eu l'effet d'une bombe. Le premier ministre Jean Charest a tenté de corriger le tir, mais les divergences sur la manière de calculer ces coûts continuent de susciter l'inquiétude. L'enjeu est crucial pour l'ensemble du réseau de l'éducation. C'est le sujet de l'heure, dont tout le reste dépend.
Mais même détachées de ce contexte financier, les intentions du ministre n'ont encore qu'un impact limité, M. Reid ayant strictement repris le catéchisme électoral de son parti. Toutes les manchettes des derniers jours se retrouvent dans le document Égalité des chances et réussite en éducation, publié en mars par le PLQ. Comme si on venait de vivre en concentré le débat sur l'éducation qui n'a pas eu cours pendant la campagne — où le monde de l'éducation s'est trouvé réduit aux fameux bons de scolarité de l'ADQ.
Mais maintenant qu'on sait tout du programme libéral, le vrai travail doit commencer. Quelles sont les priorités du ministre Reid? Nous ne parlons pas de décisions à l'emporte-pièce, tel le report de la réforme au secondaire — un engagement électoral, certes, mais qui devait se faire sur la base d'une consultation avant de «réviser, le cas échéant, le calendrier annoncé», comme on le lit dans le document libéral. Le ministre, ici, a été plus empressé que son parti!
On s'attend maintenant à ce qu'il distingue ce qui ressort du lot de promesses et qu'il en travaille la réalisation. Ainsi de la création d'un ordre professionnel des enseignants, dont M. Reid parlait encore cette semaine. En février, l'Office des professions a rejeté cette suggestion. Mais l'avis de cet organisme n'est que consultatif: la création d'ordres professionnels relève de la stricte volonté gouvernementale. Néanmoins, cet avis fait état de tâches d'encadrement (conditions d'accès à la profession, élaboration de la formation de base, etc.) qui relèvent actuellement du ministère de l'Éducation. Créer un ordre entraînera donc un réaménagement au ministère. De quelle ampleur? Avec quels impacts?
À sa prochaine tournée médiatique, le ministre ne pourra faire l'impasse sur de telles questions.
jboileau@ledevoir.ca
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