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La folie saoudienne

Serge Truffaut   14 mai 2003 
Les quatre attentats commis à Riyad s'avèrent un rappel sanglant de ceci: l'Arabie Saoudite est un pays au bord de l'implosion. Entre le contingent de féodaux — soit les princes apparentés à la famille des Saoud, qui ont fait main basse sur les richesses du pays — et le reste de la population, il existe un espace que les adhérents à un islam pur et dur, dont les membres d'al-Qaïda, se sont empressés d'occuper. Leur but? Renverser un régime honni pour être effectivement corrompu, et surtout pour avoir permis que des infidèles foulent le sol sacré de l'Islam. De fait, il se pourrait fort bien que les actes signés avant-hier soient le prélude à toute une série d'actes tout aussi sanglants tant que les 30 000 à 40 000 Occidentaux qui travaillent là-bas n'auront pas plié bagages.

Car contrairement à ce que l'on avait cru, l'annonce par l'administration Bush que les militaires américains quitteraient le pays a eu un résultat contraire à celui recherché. Si l'on en croit en effet les politicologues saoudiens, le départ des troupes américaines est jugé par une frange très importante de la population comme étant une grande victoire d'al-Qaïda. Une victoire qui a mis un terme à l'humiliation que constituait, selon al-Qaïda, la présence de militaires. Les militaires s'en allant, on peut passer, toujours selon al-Qaïda, à l'étape suivante: forcer le départ des 30 000 Occidentaux et plus qui vivent dans les environs.

À cet égard, il faut peut-être rappeler que ces derniers ayant une culture, des habitudes et des croyances religieuses diverses et différentes, ils habitent des quartiers protégés où la mixité dans des lieux publics comme les piscines est permise, où l'alcool est en vente libre, où les femmes conduisent des autos, etc. Tous ces faits et gestes étant jugés blasphématoires par les fous de Dieu qui ont fait du châtiment leur fonds de commerce, il est impérieux de bouter l'infidèle hors du royaume de Mahomet; ce génial imposteur comme le qualifia avec beaucoup d'à propos le regretté Voltaire.

Une fois le sol sacré exempt de chrétiens et autres, al-Qaïda et les mollahs voudraient renverser le régime des Saoud. Il est vrai que le régime en question est un cocktail de corruption très prononcée, de folie au sens littéral du terme, d'arbitraire, d'esclavagisme et de... pauvreté! De 30 000 $ en 1981, le revenu par individu avoisine actuellement les 7000 $. En clair, ce pays où les princes vivent dans l'opulence la plus extravagante qui soit est confronté aujourd'hui aux affres du chômage. Tout logiquement, les cohortes de sans-emploi suivent les mots d'ordre des mollahs opposés au régime lorsqu'ils ne rejoignent pas le camp des supporters de Ben Laden.

L'Arabie Saoudite est à l'heure des profonds bouleversements.






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