Des signes de conciliation entre l'Iran et les États-Unis
Des entretiens officiels sont en cours à Genève
13 mai 2003
Photo : Agence Reuters
Le président iranien Mohamed Khatami a salué la foule au moment de son arrivée à l’aéroport de Beyrouth, au Liban hier. Selon certains observateurs, il pourrait demander au mouvement chiite Hezbollah — soutenu par Téhéran — de mettre fin à
Une embellie se dessine dans les relations irano-américaines. Plusieurs événements viennent conforter cette thèse, dont la confirmation, hier, que des entretiens officiels entre responsables des deux pays sont en cours à Genève.
Même si un rétablissement prochain des relations diplomatiques entre les deux pays — rompues en 1980 à la suite de la prise en otage du personnel de l'ambassade américaine à Téhéran au plus fort de la révolution islamique — n'est pas à l'ordre du jour, des signes de conciliation sont manifestes: en effet, les pourparlers de Genève, qui portent officiellement sur la situation en Afghanistan, en Irak et au Proche-Orient, se produisent au moment où le président iranien Mohamed Khatami effectue une visite au Liban où, selon certains observateurs, il pourrait demander au mouvement chiite Hezbollah — soutenu par Téhéran — de mettre fin à ses attaques contre l'État d'Israël.
Loin des projecteurs, les États-Unis et l'Iran — un pays placé dans un «axe du mal» par Washington — ont engagé à Genève des discussions sur l'avenir de l'Irak et le conflit israélo-palestinien, a-t-on indiqué hier dans l'entourage du secrétaire d'État Colin Powell en visite en Jordanie.
Ces discussions ne vont toutefois pas jusqu'à évoquer un rétablissement des relations diplomatiques rompues depuis 23 ans entre les deux pays, a affirmé un haut responsable américain, sous le couvert de l'anonymat.
«Nous avons eu plusieurs réunions avec les Iraniens dans le contexte des discussions de Genève que nous avons sur l'Afghanistan», a déclaré ce haut responsable parlant aux journalistes accompagnant le secrétaire d'État à Amman.
Le haut responsable n'a pas voulu préciser le niveau des délégations. Il a toutefois dit s'attendre à ce que «d'autres réunions aient lieu», à des dates non encore fixées.
Le département d'État a confirmé ces pourparlers. Mais «les relations diplomatiques ne sont pas ce qui est sur la table des discussions avec l'Iran», a déclaré un porte-parole du département d'État, Philip Reeker.
«Les entretiens [...] sont basés directement sur la nécessité d'évoquer certaines questions pratiques en liaison avec l'Afghanistan et nous étendons ces questions à l'Irak», a-t-il dit.
Washington a essentiellement évoqué à Genève «des sujets qui nous préoccupent», en particulier l'Irak et le conflit du Proche-orient, pour lesquels Washington redoute que l'Iran ait une influence déstabilisatrice, a déclaré le responsable voyageant avec Powell.
Les discussions ont porté sur le soutien de Téhéran au Hezbollah chiite libanais, une des formations les plus farouchement anti-israéliennes. «Il s'agit du même genre de demandes que celles que nous présentons à la Syrie», a-t-il dit.
Le quotidien USA Today, citant des sources diplomatiques américaines et iraniennes, écrivait hier que des représentants des gouvernements iranien et américain s'étaient rencontrés à trois reprises depuis le début de l'année, la dernière le 3 mai.
Selon le journal, c'est Zalmay Khalilzad, le représentant spécial du président George W. Bush pour l'Irak et l'Afghanistan, qui dirige la délégation américaine.
M. Powell avait déjà affirmé samedi que les États-Unis «communiquent» régulièrement avec l'Iran, mais que la question d'un rétablissement des relations diplomatiques n'était pas envisagée.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a assuré hier qu'il n'avait jamais été question des relations bilatérales entre Iraniens et Américains dans leurs contacts. Hamid Reza Assefi a rappelé l'existence de tels contacts pendant et après la crise afghane «dans le cadre des Nations unies».
Dans l'entourage de M. Powell on rappelait que Washington et Téhéran font déjà partie depuis des années d'un groupe, au sein de l'ONU, regroupant les six pays voisins de l'Afghanistan, plus les États-Unis et la Russie.
Les rencontres de Genève, bien que se faisant sous la houlette de l'ONU, ont toutefois directement mis les délégations face à face.
Le gouvernement américain a par ailleurs lancé hier un site Web en persan à l'intention des Iraniens.
«Nos différends ne sont pas avec le peuple iranien», déclare M. Powell dans une lettre publiée sur ce site, soulignant que les préoccupations de Washington visent surtout le programme nucléaire iranien, les droits de l'Homme en Iran et le soutien de ce pays à des organisations terroristes.
Khatami à Beyrouth
Le président iranien Mohammad Khatami a quant à lui entamé hier une visite de trois jours à Beyrouth, marquée par un accueil officiel et populaire chaleureux et placée d'emblée par les Libanais sous le signe de la conciliation et non de la confrontation avec Washington.
M. Khatami, premier chef d'État iranien à venir à Beyrouth depuis l'avènement de la République islamique en 1979, a été accueilli par tous les dirigeants libanais et des milliers de partisans du parti intégriste Hezbollah et d'Amal, son rival prosyrien au sein de la communauté chiite.
M. Khatami a pris un bain de foule lorsqu'il est un moment descendu de voiture sur le trajet entre l'aéroport et le grand hôtel du front de mer où il réside.
Au cours de la première journée, il a eu un entretien à huis clos d'une heure avec le président Emile Lahoud. Auparavant, il a reçu à son hôtel le président du Parlement Nabih Berri et le premier ministre Rafic Hariri.
M. Lahoud, dans un communiqué, a salué l'appui permanent de l'Iran à son pays face à Israël et estimé que la visite de M. Khatami «couronne une longue histoire de coopération et de coordination» entre les deux pays.
Le président iranien, pour sa part, a souligné dans un communiqué publié par la présidence libanaise, que «les accusations et les menaces proférées par certains responsables américains à certains États de la région, notamment la Syrie et le Liban, sont nulles et non avenues, réitérant son appui à la résistance légitime de tous les peuples».
Interrogé sur les pressions américaines pour obtenir un désarmement de la milice du Hezbollah, M. Hariri a affirmé: «Nous cherchons les meilleurs moyens de parvenir à la paix. Nous ne cherchons pas la confrontation.»
Il a insisté sur le caractère «global» de la paix et la nécessité pour Israël de rendre le Golan à la Syrie et les fermes de Chebaa au Liban.
M. Khatami n'a jusqu'à présent pas fait de déclarations publiques, mais selon des sources diplomatiques iraniennes citées par le journal libanais As-Safir, sa réponse aux menaces américaines contre la Syrie, le Liban et le Hezbollah «sera modérée et appellera à utiliser la logique de la raison et non de la force».
Il affirmera également «le soutien de l'Iran à la légalité internationale et à la prééminence des Nations unies, ainsi que le refus de l'occupation de l'Irak par la coalition américano-britannique et la nécessité que le peuple irakien puisse choisir son gouvernement en toute liberté».
M. Khatami doit prendre la parole à deux reprises aujourd'hui. Bien que ne figurant pas sur le programme officiel, une rencontre est prévue, selon la presse, entre M. Khatami et Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, qualifié d'«organisation terroriste» par les États-Unis.
Fondé en 1982 avec l'assistance des gardiens de la révolution iraniens, le Hezbollah, fer de lance de la résistance contre l'occupation israélienne du Liban sud qui a pris fin en mai 2000, y est toujours déployé en force.
Les États-Unis exigent son désarmement.
Même si un rétablissement prochain des relations diplomatiques entre les deux pays — rompues en 1980 à la suite de la prise en otage du personnel de l'ambassade américaine à Téhéran au plus fort de la révolution islamique — n'est pas à l'ordre du jour, des signes de conciliation sont manifestes: en effet, les pourparlers de Genève, qui portent officiellement sur la situation en Afghanistan, en Irak et au Proche-Orient, se produisent au moment où le président iranien Mohamed Khatami effectue une visite au Liban où, selon certains observateurs, il pourrait demander au mouvement chiite Hezbollah — soutenu par Téhéran — de mettre fin à ses attaques contre l'État d'Israël.
Loin des projecteurs, les États-Unis et l'Iran — un pays placé dans un «axe du mal» par Washington — ont engagé à Genève des discussions sur l'avenir de l'Irak et le conflit israélo-palestinien, a-t-on indiqué hier dans l'entourage du secrétaire d'État Colin Powell en visite en Jordanie.
Ces discussions ne vont toutefois pas jusqu'à évoquer un rétablissement des relations diplomatiques rompues depuis 23 ans entre les deux pays, a affirmé un haut responsable américain, sous le couvert de l'anonymat.
«Nous avons eu plusieurs réunions avec les Iraniens dans le contexte des discussions de Genève que nous avons sur l'Afghanistan», a déclaré ce haut responsable parlant aux journalistes accompagnant le secrétaire d'État à Amman.
Le haut responsable n'a pas voulu préciser le niveau des délégations. Il a toutefois dit s'attendre à ce que «d'autres réunions aient lieu», à des dates non encore fixées.
Le département d'État a confirmé ces pourparlers. Mais «les relations diplomatiques ne sont pas ce qui est sur la table des discussions avec l'Iran», a déclaré un porte-parole du département d'État, Philip Reeker.
«Les entretiens [...] sont basés directement sur la nécessité d'évoquer certaines questions pratiques en liaison avec l'Afghanistan et nous étendons ces questions à l'Irak», a-t-il dit.
Washington a essentiellement évoqué à Genève «des sujets qui nous préoccupent», en particulier l'Irak et le conflit du Proche-orient, pour lesquels Washington redoute que l'Iran ait une influence déstabilisatrice, a déclaré le responsable voyageant avec Powell.
Les discussions ont porté sur le soutien de Téhéran au Hezbollah chiite libanais, une des formations les plus farouchement anti-israéliennes. «Il s'agit du même genre de demandes que celles que nous présentons à la Syrie», a-t-il dit.
Le quotidien USA Today, citant des sources diplomatiques américaines et iraniennes, écrivait hier que des représentants des gouvernements iranien et américain s'étaient rencontrés à trois reprises depuis le début de l'année, la dernière le 3 mai.
Selon le journal, c'est Zalmay Khalilzad, le représentant spécial du président George W. Bush pour l'Irak et l'Afghanistan, qui dirige la délégation américaine.
M. Powell avait déjà affirmé samedi que les États-Unis «communiquent» régulièrement avec l'Iran, mais que la question d'un rétablissement des relations diplomatiques n'était pas envisagée.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a assuré hier qu'il n'avait jamais été question des relations bilatérales entre Iraniens et Américains dans leurs contacts. Hamid Reza Assefi a rappelé l'existence de tels contacts pendant et après la crise afghane «dans le cadre des Nations unies».
Dans l'entourage de M. Powell on rappelait que Washington et Téhéran font déjà partie depuis des années d'un groupe, au sein de l'ONU, regroupant les six pays voisins de l'Afghanistan, plus les États-Unis et la Russie.
Les rencontres de Genève, bien que se faisant sous la houlette de l'ONU, ont toutefois directement mis les délégations face à face.
Le gouvernement américain a par ailleurs lancé hier un site Web en persan à l'intention des Iraniens.
«Nos différends ne sont pas avec le peuple iranien», déclare M. Powell dans une lettre publiée sur ce site, soulignant que les préoccupations de Washington visent surtout le programme nucléaire iranien, les droits de l'Homme en Iran et le soutien de ce pays à des organisations terroristes.
Khatami à Beyrouth
Le président iranien Mohammad Khatami a quant à lui entamé hier une visite de trois jours à Beyrouth, marquée par un accueil officiel et populaire chaleureux et placée d'emblée par les Libanais sous le signe de la conciliation et non de la confrontation avec Washington.
M. Khatami, premier chef d'État iranien à venir à Beyrouth depuis l'avènement de la République islamique en 1979, a été accueilli par tous les dirigeants libanais et des milliers de partisans du parti intégriste Hezbollah et d'Amal, son rival prosyrien au sein de la communauté chiite.
M. Khatami a pris un bain de foule lorsqu'il est un moment descendu de voiture sur le trajet entre l'aéroport et le grand hôtel du front de mer où il réside.
Au cours de la première journée, il a eu un entretien à huis clos d'une heure avec le président Emile Lahoud. Auparavant, il a reçu à son hôtel le président du Parlement Nabih Berri et le premier ministre Rafic Hariri.
M. Lahoud, dans un communiqué, a salué l'appui permanent de l'Iran à son pays face à Israël et estimé que la visite de M. Khatami «couronne une longue histoire de coopération et de coordination» entre les deux pays.
Le président iranien, pour sa part, a souligné dans un communiqué publié par la présidence libanaise, que «les accusations et les menaces proférées par certains responsables américains à certains États de la région, notamment la Syrie et le Liban, sont nulles et non avenues, réitérant son appui à la résistance légitime de tous les peuples».
Interrogé sur les pressions américaines pour obtenir un désarmement de la milice du Hezbollah, M. Hariri a affirmé: «Nous cherchons les meilleurs moyens de parvenir à la paix. Nous ne cherchons pas la confrontation.»
Il a insisté sur le caractère «global» de la paix et la nécessité pour Israël de rendre le Golan à la Syrie et les fermes de Chebaa au Liban.
M. Khatami n'a jusqu'à présent pas fait de déclarations publiques, mais selon des sources diplomatiques iraniennes citées par le journal libanais As-Safir, sa réponse aux menaces américaines contre la Syrie, le Liban et le Hezbollah «sera modérée et appellera à utiliser la logique de la raison et non de la force».
Il affirmera également «le soutien de l'Iran à la légalité internationale et à la prééminence des Nations unies, ainsi que le refus de l'occupation de l'Irak par la coalition américano-britannique et la nécessité que le peuple irakien puisse choisir son gouvernement en toute liberté».
M. Khatami doit prendre la parole à deux reprises aujourd'hui. Bien que ne figurant pas sur le programme officiel, une rencontre est prévue, selon la presse, entre M. Khatami et Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, qualifié d'«organisation terroriste» par les États-Unis.
Fondé en 1982 avec l'assistance des gardiens de la révolution iraniens, le Hezbollah, fer de lance de la résistance contre l'occupation israélienne du Liban sud qui a pris fin en mai 2000, y est toujours déployé en force.
Les États-Unis exigent son désarmement.
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