dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 00h48
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Production d'émissions pour enfants à Radio-Canada - Des restes pour les enfants de l'État

Jean-François Nadeau - Animateur, comédien et auteur de la défunte émission Sofa  13 mai 2003 
Le monde de la télé est impitoyable et sans coeur. Mais logique. Il faut qu'il s'adapte à la folie du destin terrestre et qu'il survive en restant un peu — ne serait-ce qu'un peu — riche.

Ainsi, Radio-Canada a déjà emboîté le pas à la privatisation, se désengageant tranquillement de la plupart de ses productions maison. Qui, selon vous, devait directement souffrir en ces temps sans queue ni tête ni coeur ni rien? Bien avant tel téléroman ou telle série? Bien avant le magazine culturel? Vous y êtes presque... Eh oui! Les émissions pour enfants. Pas toutes. Non, Radio-Canada continuera à produire deux émissions d'animation à budget plus que restreint.

Mais ne leur parlez surtout pas d'émissions où l'on propose du rêve, des histoires et des chansons. Étant donné l'absence de commanditaires majeurs, un public cible limité en jeu et des chaînes spécialisées qui divisent les cotes d'écoute, ce n'est pas rentable, qu'ils vous diront. Mais le dernier secteur qui se devrait d'être rentable à la télévision d'État, c'est bien la jeunesse. Nous devrions exiger de nos enfants d'être tout sauf rentables!

Et ne mêlons pas à tout cela la réduction de 25 millions de dollars des fonds canadiens en télévision. C'est une négligence consciente qui perdure depuis longtemps à Radio-Canada et qui va en s'accroissant. Un étage complet de la grande tour n'attend que de produire des émissions pour enfants de qualité, mais personne ne leur donne le temps et l'argent pour le faire.

Une émission pour ados? Ça oui! Mais on dit: «pour enfants» et on nous répond «non, merci». Non, une émission pour enfants d'envergure c'est comme si on lançait l'argent par les fenêtres et, comme le vent est fort... Désolés. Désolés, disent-ils. C'est comme ça. Télétoon, Vrak-tv et l'ordinateur sont là.

Une tradition

Pardon? Là, on ne les comprend pas. On ne les comprend plus.

Tout le monde sans exception peut témoigner de l'immense impact positif qu'a eu une émission jeunesse radio-canadienne sur son enfance. Et depuis plus de 20 ans, dans tout ce lot de productions imaginatives d'une qualité indéniable, une émission occupait une position phare pour les deux à 11 ans comme aucune autre chaîne ne l'a fait ou osera même le faire.

Si vous êtes parents et que vous lisez ceci, vous frémissez certainement de constater les dégâts... L'émission du samedi et dimanche matin disparaît mesdames et messieurs. Pas remplacée, éjectée. C'est la tradition bâtie par Samedi-Jeunes, Puce à l'oreille, Vazimolo et Bouledogue Bazar qui s'éteint avec la fin de Sofa. Désormais, il n'y aura que des dessins animés. Fini les humains. Fini l'époque des grands frères et des grandes soeurs qui partagent en secret l'évasion pure ou la soif d'apprendre à vos amours. Fini.

Comprenons-nous bien. Ce n'est pas le fait que l'émission Sofa — pour laquelle notre équipe s'est donnée corps et âme — ne revienne pas sur les ondes la saison prochaine qui nous dérange, mais qu'elle ne soit pas remplacée.

Nous pourrions, tout comme vous, nous étendre très longuement sur les effets néfastes d'une telle disparition. La relation que les enfants avaient avec cette émission à la case horaire unique était plus qu'intense. Elle était inconditionnelle. Fidèle. Essentielle.

À une époque où nos enfants sont bombardés de séries américaines et de reality shows, la télévision d'État baisse les bras. Elle a renoncé à mettre un peu de brocoli dans leur assiette. Alors que, de l'autre côté, des diffuseurs, aidés de producteurs privés qui n'ont pourtant pas ce mandat, prennent les risques que Radio-Canada devrait prendre.

Redéfinition miraculeuse

Pendant ce temps, Robert Rabinovitch et Daniel Gourd parlent de la redéfinition de Radio-Canada miraculeusement trouvée. «Le positionnement de Radio-Canada ne doit pas reposer sur les cotes d'écoute, mais être axé sur le service à la population. [...] fidéliser notre auditoire et lui proposer une véritable solution de rechange aux autres chaînes généralistes.» «Radio-Canada ose produire ce que les autres n'oseraient jamais faire.» Que c'est beau et faux. Que c'est dommage.

Si les enfants ne sont plus à Radio-Canada, où iront-ils pour les cinq, 10, 20 ou 50 prochaines années? Ailleurs, de toute évidence. Tant pis pour eux, pour vous, pour nous? La production d'émissions pour enfants n'est pas une dépense folle. C'est un investissement à long terme pour leur mieux-être dont la télévision d'État est responsable. La question n'est pas de savoir de combien d'argent Radio-Canada dispose, mais où décide-t-elle de l'investir. Ce n'est pas une question de quantité, mais de priorité. La jeunesse n'est-elle pas la seule chose qui puisse être sacrée en ce très bas monde? Une télé d'État qui ne s'occupe pas de ses enfants n'est pas une télé d'État.

Nous souhaitons du plus profond de notre coeur d'enfant que Radio-Canada reprenne la glorieuse place qui lui est due. Nous croyons en son secteur jeunesse et nous osons espérer que l'arrivée de Mario Clément, reconnu pour son grand intérêt pour la famille, à la barre de la programmation changera les choses. Nous prenons un grand risque en clamant la vérité haut et fort, mais la voix des enfants est souvent trop faible pour résonner jusqu'aux derniers étages de Radio-Canada. Alors, il faut crier pour eux...
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012