Paul Martin et l'Irak: le danger d'être marginal
Claude Roquet - Ancien représentant du Canada et du Québec à l'étranger
12 mai 2003
À la lumière de la crise irakienne, on s'interroge beaucoup sur la politique de défense et de sécurité du Canada. Le ministère des Affaires étrangères lance une révision de la politique étrangère canadienne et les candidats à la succession de Jean Chrétien, notamment Paul Martin, se mettent à présenter leur point de vue en matière internationale et avant tout sur la relation Canada-États-Unis.
C'est à surveiller de près. Car n'oublions pas de quoi il s'agissait, concernant l'Irak. Faut-il s'excuser, faire marche arrière, pour s'être opposé à une démarche du gouvernement américain comportant la guerre préventive, la marginalisation du droit international et du système de sécurité multilatéral, et un style impérial de partenariat avec ses alliés?
Que Paul Martin veuille porter une attention plus vive et structurée aux relations canado-américaines, cela se défend. Qu'il avalise la politique du premier ministre sur la guerre d'Irak et se déclare favorable au multilatéralisme par voie de l'ONU, fort bien. Mais quand il évoque la perspective d'actions engagées en l'absence de consensus aux Nations unies, il s'aventure de façon ambiguë sur un terrain périlleux.
C'est une chose que l'Otan, l'Union européenne ou un groupe d'États se consacrent à des opérations de sécurité avec le consentement explicite ou tacite de la communauté internationale. Mais c'est autre chose de dessaisir l'ONU et d'engager une guerre préventive. Il ne faudrait pas que la position de Paul Martin, s'il était élu, l'engage à des compromissions de cette nature en cas de nouvelle crise.
Ce qu'il faudrait au contraire, c'est que le Canada définisse sans tarder, avant d'affronter d'autres périodes de crise, son rôle politico-militaire international comme essentiellement pacifique et déployé dans le cadre de l'ONU. C'est une façon respectable de promouvoir les intérêts de la communauté internationale, y compris ceux des États-Unis, et d'abord les intérêts du Canada et du Québec. C'est également conforme à nos traditions et nos ressources.
À vouloir se définir en fonction des plus ambitieuses missions que se donne le gouvernement américain — initiatives unilatérales de sécurité internationale, guerre préventive, bouclier anti-missiles — le Canada risquerait d'être débordé par des entreprises militaires qui ne sont à la taille que des États-Unis et d'être inefficace et marginal sur tous les fronts. Et de miner sa crédibilité, ainsi que celle de l'ONU, pour les tâches de maintien de la paix.
Il importe que nos partenaires sachent d'avance à quoi s'en tenir là-dessus. La révision de la politique étrangère devrait faire la clarté sur ce point.
Quant à la participation canadienne à la reconstruction de l'Irak, si elle ne peut se situer immédiatement dans le cadre de l'ONU, elle devrait au moins s'accompagner d'un appui ouvert, vigoureux et soutenu aux efforts internationaux visant à redonner à l'ONU sa place dans ce processus. Sans quoi Ottawa paraîtra simplement rentrer sans gloire dans le rang de la coalition guerrière.
C'est à surveiller de près. Car n'oublions pas de quoi il s'agissait, concernant l'Irak. Faut-il s'excuser, faire marche arrière, pour s'être opposé à une démarche du gouvernement américain comportant la guerre préventive, la marginalisation du droit international et du système de sécurité multilatéral, et un style impérial de partenariat avec ses alliés?
Que Paul Martin veuille porter une attention plus vive et structurée aux relations canado-américaines, cela se défend. Qu'il avalise la politique du premier ministre sur la guerre d'Irak et se déclare favorable au multilatéralisme par voie de l'ONU, fort bien. Mais quand il évoque la perspective d'actions engagées en l'absence de consensus aux Nations unies, il s'aventure de façon ambiguë sur un terrain périlleux.
C'est une chose que l'Otan, l'Union européenne ou un groupe d'États se consacrent à des opérations de sécurité avec le consentement explicite ou tacite de la communauté internationale. Mais c'est autre chose de dessaisir l'ONU et d'engager une guerre préventive. Il ne faudrait pas que la position de Paul Martin, s'il était élu, l'engage à des compromissions de cette nature en cas de nouvelle crise.
Ce qu'il faudrait au contraire, c'est que le Canada définisse sans tarder, avant d'affronter d'autres périodes de crise, son rôle politico-militaire international comme essentiellement pacifique et déployé dans le cadre de l'ONU. C'est une façon respectable de promouvoir les intérêts de la communauté internationale, y compris ceux des États-Unis, et d'abord les intérêts du Canada et du Québec. C'est également conforme à nos traditions et nos ressources.
À vouloir se définir en fonction des plus ambitieuses missions que se donne le gouvernement américain — initiatives unilatérales de sécurité internationale, guerre préventive, bouclier anti-missiles — le Canada risquerait d'être débordé par des entreprises militaires qui ne sont à la taille que des États-Unis et d'être inefficace et marginal sur tous les fronts. Et de miner sa crédibilité, ainsi que celle de l'ONU, pour les tâches de maintien de la paix.
Il importe que nos partenaires sachent d'avance à quoi s'en tenir là-dessus. La révision de la politique étrangère devrait faire la clarté sur ce point.
Quant à la participation canadienne à la reconstruction de l'Irak, si elle ne peut se situer immédiatement dans le cadre de l'ONU, elle devrait au moins s'accompagner d'un appui ouvert, vigoureux et soutenu aux efforts internationaux visant à redonner à l'ONU sa place dans ce processus. Sans quoi Ottawa paraîtra simplement rentrer sans gloire dans le rang de la coalition guerrière.
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