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Le ministre Reid soulève un tollé

Marie-Andrée Chouinard   10 mai 2003 
Maladresse ou indélicatesse? Les récentes déclarations et annonces du ministre de l'Éducation, Pierre Reid, suscitent la grogne du réseau de l'éducation, qui s'indigne de n'avoir pas été consulté et entrevoit avec vive irritation une période de disette en éducation.

Les propos du ministre Reid, qui s'épanchait hier dans Le Devoir concernant l'incertitude budgétaire dans laquelle son gouvernement prend place, ont eu l'effet d'une petite bombe dans le milieu de l'éducation. Enseignants, directeurs d'école, collèges et commissions scolaires ont condamné unanimement l'apparente indélicatesse du ministre, qui s'est confié aux médias avant d'entreprendre une série de rencontres officielles avec les acteurs de son réseau.

Le fait que le ministre ait été incapable de confirmer le maintien des coûts de système a aussi mis le feu aux poudres. Cette enveloppe de près de 400 millions pour l'année 2003-04 n'est pas négociable aux yeux des écoles, des cégeps et des universités, et y toucher reviendrait à reprendre le bal des compressions. «Non seulement il exclut la possibilité de développement, mais il ne peut pas garantir le maintien des coûts de système: pour nous, c'est proprement inacceptable», a commenté hier Gaëtan Boucher, président de la Fédération des cégeps.

M. Boucher, qui doit rencontrer le ministre la semaine prochaine, aurait «aimé apprendre tout cela de vive voix avant de le lire dans les journaux». Pierre Reid a évoqué en nos pages le contexte «difficile» dans lequel les libéraux prennent place et l'impossibilité apparente de pouvoir répondre à tous les engagements de leurs prédécesseurs.

Le nouveau ministre de l'Éducation a indiqué que son «rôle» était de s'assurer que l'éducation reçoive le traitement prioritaire que la campagne des libéraux avait annoncé, mais il a par ailleurs confié que les difficultés que l'on connaît désormais — cette évaluation financière faite par Guy Breton — semait des embûches imprévues sur son parcours. Si les promesses des libéraux seront maintenues pour 2004-05, c'est le plancher fragile de l'année prochaine, pour laquelle on attend sous peu un nouveau budget, qui inquiète le ministre.

«Je le répète souvent: quand l'État tousse, le collégial attrape le rhume», explique Gaëtan Boucher, pour qui l'enveloppe fournie par l'État correspond à 85 % du portefeuille global. «Les universités et les commissions scolaires ont des marges de manoeuvre que nous n'avons pas dans les collèges. Chez nous, ne pas assurer les coûts de système, ça veut dire diminution de services et abolition de postes. C'est clair dans notre esprit.»

Les commissions scolaires, qui ont martelé ces derniers jours l'importance de maintenir les coûts de système, ont bondi face aux propos de Pierre Reid. «Les coûts de système, c'est le minimum», a lancé Denis Pouliot, directeur des communications à la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ). «On va payer la facture d'épicerie avant d'agrandir la maison», a-t-il ajouté.

Si les coûts de système sont si chers au réseau, c'est qu'ils comprennent tous ces impondérables avec lesquels les écoles, les cégeps et les universités doivent composer bon an mal an: électricité, chauffage, hausse des salaires et autres dépenses fixes. «Quand on a entendu en campagne que l'éducation était une priorité pour le PLQ, on a pensé que c'était applicable dès maintenant, pas seulement en 2004-05!», s'insurge M. Pouliot. Le président de la FCSQ, André Caron, doit rencontrer le ministre ce lundi.

Les enseignants en avaient long à dire, eux aussi, hier, particulièrement quant à la rapidité d'action du ministre. Intitulé «Un sprinter à l'éducation», le communiqué de presse émis hier par la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) dénonce l'empressement du ministre à faire ses annonces en passant par les médias. «On veut bien donner la chance au coureur, mais un mandat de quatre ans s'apparente plus à une course de fond qu'à un sprint», poursuit dans ce communiqué, en guise de «commentaire lapidaire», la présidente de la FSE, Johanne Fortier.

Si la confirmation du report de la réforme au secondaire, la semaine dernière, avait plutôt souri aux enseignants, cette fois, l'ajout de l'anglais dès la première année du primaire et les intentions du ministre quant aux bulletins des écoles les ont indisposés. «C'est la logique du deux poids, deux mesures, on dirait», a expliqué hier Mme Fortier au Devoir. «Sur les engagements plus fermes du parti, comme le report de la réforme, la promesse est tenue. Pour le reste, on commence à être inquiets. Qu'est-ce qui commande? Un impératif d'ordre idéologique, politique ou pédagogique?»

La présidente de la FSE ne manque pas de souligner elle aussi la maladresse apparente du ministre Reid, qui ne consulte pas ses ouailles avant de se lancer dans la ronde des annonces. «C'est dommage parce qu'il suscite déjà une certaine grogne alors qu'on ne l'a même pas rencontré.»

Certains directeurs d'école ont eu l'occasion de serrer la pince du ministre hier matin, lors du congrès annuel de l'Association montréalaise des directions d'établissement scolaire, à Magog, où il aurait expliqué le pourquoi du report de la réforme et indiqué qu'il n'avait pas le contrôle absolu sur la situation budgétaire. «Avant de procéder à des baisses d'impôt, je pense qu'on devrait s'assurer de payer les coûts de système», croit Serge Rodrigue, président de l'Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE). «Tous les nouveaux projets devraient être remisés avant qu'on coupe dans nos acquis», a-t-il ajouté.

«Je me demande ce que les jeunes pensent de tout ça», s'interroge quant à lui Serge Morin, président de la Fédération québécoise des directeurs d'établissement d'enseignement (FQDE). «En reportant la réforme, on leur dit que le système était finalement tout croche et on leur lance le message qu'on ne sait pas trop dans quoi on les a embarqués.»






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