Le ministre de l'Éducation en entrevue au Devoir - Pierre Reid n'exclut pas des compressions en éducation
Photo : Pascal Ratthé
Le monde de l’éducation est prévenu: «La difficulté, c’est vraiment de stabiliser l’exercice financier cette année», a affirmé hier le nouveau ministre de l’Éducation, Pierre Reid, lors d’une première ronde d’entrevues. «Autrement d
Québec - Vu le contexte budgétaire difficile, le nouveau ministre de l'Éducation se dit pour l'instant incapable de rassurer son réseau en promettant le maintien des coûts de système pour la prochaine année, pourtant protégés dans le dernier budget Marois. Pierre Reid ne peut donc dire non plus s'il respectera les engagements de ses prédécesseurs — les bibliothèques scolaires et les ordinateurs, par exemple — ni même s'il pourra éviter les compressions.
«La difficulté, c'est vraiment de stabiliser l'exercice financier cette année», a affirmé au Devoir hier le nouveau ministre de l'Éducation, Pierre Reid, lors d'une première ronde d'entrevues. «Autrement dit, est-ce qu'on peut finir l'année en déficit zéro sans mettre en péril les autres ministères?»
Avec le rapport Breton en poche et des «difficultés» imprévues de l'ordre de 4,3 milliards de dollars, le nouveau gouvernement doit présenter sous peu un budget équilibré. C'est ce contexte particulier qui fait dire à l'ex-recteur de l'Université de Sherbrooke qu'il existe désormais une «inquiétude» sur les engagements qui concernent l'année 2003-04. «Si on fait le total de tout ce qui est en cours, promis, etc., on n'arrive tout simplement pas», laisse-t-il tomber.
Refusant de préciser la hauteur de cette «facture» qui cumule les promesses maintenant en suspens, le ministre Reid explique que les engagements des libéraux — ajout d'une heure et demie au primaire, aide aux devoirs, enseignement de l'anglais — avaient tous été faits pour 2004-05. «On maintient le cap. Promesse faite, promesse tenue, à partir de 2004-05.»
Car voilà où le bât blesse: 2003-04 semble compromis en raison de ce «trou» imprévu, qu'il ne faut pas minimiser, précise le ministre. «Je sais que dans les médias, c'est devenu comme si c'était de la petite politique, mais quand on regarde les chiffres, ce sont de vrais chiffres. On s'aperçoit que le total des disponibilités ne couvre pas le total des coûts, et ça veut dire qu'il faut tout repenser.»
Devant cette situation difficile, la «chance» du réseau de l'éducation est bien celle d'avoir un gouvernement qui a fait de l'éducation un des deux seuls portefeuilles, avec la santé, à l'abri du gel. «Mon rôle, comme ministre de l'Éducation, c'est de m'assurer que cette priorité-là sera respectée.»
Comme le réclament à grands cris la Fédération des commissions scolaires du Québec et son président, André Caron, les coûts de système du réseau (établis à près de 400 millions de dollars pour l'année prochaine et protégés par le dernier budget de Mme Marois) seront-ils maintenus? Et les écoles, cégeps et universités pourront-ils assurer hausses de salaire et coûts de chauffage sans grincer des dents? «Je ne suis pas en mesure, je ne pense pas qu'à l'étape de l'exercice où on est rendus, ce soit quelque chose qui doit être discuté sur la place publique. C'est difficile d'aller plus loin», répond le ministre sans pouvoir confirmer le maintien des coûts de système qui assurerait un prochain budget éducation sans compressions.
Le ministre n'a pas réponse à toutes les questions et demande gentiment indulgence pour les dossiers qu'il ne maîtrise pas à fond. Outre le report d'un an de la réforme au secondaire, confirmé la semaine dernière, certains projets sont toutefois clairs dans son esprit, comme l'importance de donner forme aux bulletins des écoles, une idée chérie par les libéraux pour donner l'heure juste sur la réussite dans les écoles.
Les plans de réussite actuels, que la récente loi 124 a enchâssés dans la Loi sur l'instruction publique, ne suffisent pas, dit clairement M. Reid, qui travaille actuellement à mener à terme la composition de son cabinet. «Le bulletin devra faire le point sur le succès ou l'insuccès des écoles. Sans créer un système de marché, on veut avoir un certain élément d'appariement entre les "clients" et l'école, qui devrait augmenter le niveau d'appartenance des parents» à l'établissement.
Devra-t-on remiser les plans de réussite et repartir à neuf? «Il est clair qu'on veut aller plus loin que le plan de réussite, mais je ne sais pas encore si on en gardera des éléments.» Trop tôt aussi pour dire si l'évaluation du personnel enseignant en sera l'un des indicateurs de la performance de l'école, car il faut «regarder certains éléments» juridiques avant d'en décider.
Mais Pierre Reid est formel: «Je ne veux pas que ça devienne un palmarès. Ce n'est pas un concours de beauté, cette affaire-là!», affirme-t-il, évoquant son passé d'universitaire où les classements des universités de Maclean's, controversés mais consultés, alimentaient les discussions de corridors. «C'est un outil de communication. Ceux qui voudront le prendre et en faire un palmarès y mettront une pondération pour le faire, s'ils le veulent, mais ce n'est pas le but premier.»
Quant à l'heure et demie que les libéraux souhaitent ajouter à la semaine d'un écolier du primaire dès 2004-05, les conseils d'établissement de chaque école seront fortement encouragés à y mettre éducation physique et anglais (dès la première année), «mais la pédagogie, la façon de le faire, doit être une décision du conseil». L'enseignement de l'anglais en première année ne sera d'ailleurs pas débattu en commission parlementaire.
Quant au report de la réforme, c'est la grande «incertitude» décelée en campagne qui a décidé les libéraux à remettre à la rentrée 2005 ce «changement de culture» au secondaire. «On a fait le choix de la sécurité», affirme le ministre, qui précise que la quinzaine de projets-pilotes actuellement en cours sont maintenus, de même que la soixantaine d'écoles qui devaient démarrer à titre expérimental en septembre 2003. «Le fait de se donner un délai permet d'abord de ne pas exposer nos jeunes à rentrer dans une école où c'est la guerre ou la catastrophe, où les gens ne sont pas prêts et où ça peut prendre toutes sortes de formes dangereuses.»
Les libéraux croient toutefois fermement aux fondements de la réforme et ne prévoient que des ajustements, comme la clarification d'un vocabulaire trop «hermétique» associé à la réforme. L'évaluation des apprentissages et cette politique du non-redoublement au primaire lancée par l'administration précédente ne font l'objet d'aucune décision pour l'instant. «Mais je veux être sûr qu'on ne passe pas le message qu'il suffit d'être dans le système pendant un certain temps pour être "processé". Il doit y avoir un lien entre les efforts et les résultats.»
«La difficulté, c'est vraiment de stabiliser l'exercice financier cette année», a affirmé au Devoir hier le nouveau ministre de l'Éducation, Pierre Reid, lors d'une première ronde d'entrevues. «Autrement dit, est-ce qu'on peut finir l'année en déficit zéro sans mettre en péril les autres ministères?»
Avec le rapport Breton en poche et des «difficultés» imprévues de l'ordre de 4,3 milliards de dollars, le nouveau gouvernement doit présenter sous peu un budget équilibré. C'est ce contexte particulier qui fait dire à l'ex-recteur de l'Université de Sherbrooke qu'il existe désormais une «inquiétude» sur les engagements qui concernent l'année 2003-04. «Si on fait le total de tout ce qui est en cours, promis, etc., on n'arrive tout simplement pas», laisse-t-il tomber.
Refusant de préciser la hauteur de cette «facture» qui cumule les promesses maintenant en suspens, le ministre Reid explique que les engagements des libéraux — ajout d'une heure et demie au primaire, aide aux devoirs, enseignement de l'anglais — avaient tous été faits pour 2004-05. «On maintient le cap. Promesse faite, promesse tenue, à partir de 2004-05.»
Car voilà où le bât blesse: 2003-04 semble compromis en raison de ce «trou» imprévu, qu'il ne faut pas minimiser, précise le ministre. «Je sais que dans les médias, c'est devenu comme si c'était de la petite politique, mais quand on regarde les chiffres, ce sont de vrais chiffres. On s'aperçoit que le total des disponibilités ne couvre pas le total des coûts, et ça veut dire qu'il faut tout repenser.»
Devant cette situation difficile, la «chance» du réseau de l'éducation est bien celle d'avoir un gouvernement qui a fait de l'éducation un des deux seuls portefeuilles, avec la santé, à l'abri du gel. «Mon rôle, comme ministre de l'Éducation, c'est de m'assurer que cette priorité-là sera respectée.»
Comme le réclament à grands cris la Fédération des commissions scolaires du Québec et son président, André Caron, les coûts de système du réseau (établis à près de 400 millions de dollars pour l'année prochaine et protégés par le dernier budget de Mme Marois) seront-ils maintenus? Et les écoles, cégeps et universités pourront-ils assurer hausses de salaire et coûts de chauffage sans grincer des dents? «Je ne suis pas en mesure, je ne pense pas qu'à l'étape de l'exercice où on est rendus, ce soit quelque chose qui doit être discuté sur la place publique. C'est difficile d'aller plus loin», répond le ministre sans pouvoir confirmer le maintien des coûts de système qui assurerait un prochain budget éducation sans compressions.
Le ministre n'a pas réponse à toutes les questions et demande gentiment indulgence pour les dossiers qu'il ne maîtrise pas à fond. Outre le report d'un an de la réforme au secondaire, confirmé la semaine dernière, certains projets sont toutefois clairs dans son esprit, comme l'importance de donner forme aux bulletins des écoles, une idée chérie par les libéraux pour donner l'heure juste sur la réussite dans les écoles.
Les plans de réussite actuels, que la récente loi 124 a enchâssés dans la Loi sur l'instruction publique, ne suffisent pas, dit clairement M. Reid, qui travaille actuellement à mener à terme la composition de son cabinet. «Le bulletin devra faire le point sur le succès ou l'insuccès des écoles. Sans créer un système de marché, on veut avoir un certain élément d'appariement entre les "clients" et l'école, qui devrait augmenter le niveau d'appartenance des parents» à l'établissement.
Devra-t-on remiser les plans de réussite et repartir à neuf? «Il est clair qu'on veut aller plus loin que le plan de réussite, mais je ne sais pas encore si on en gardera des éléments.» Trop tôt aussi pour dire si l'évaluation du personnel enseignant en sera l'un des indicateurs de la performance de l'école, car il faut «regarder certains éléments» juridiques avant d'en décider.
Mais Pierre Reid est formel: «Je ne veux pas que ça devienne un palmarès. Ce n'est pas un concours de beauté, cette affaire-là!», affirme-t-il, évoquant son passé d'universitaire où les classements des universités de Maclean's, controversés mais consultés, alimentaient les discussions de corridors. «C'est un outil de communication. Ceux qui voudront le prendre et en faire un palmarès y mettront une pondération pour le faire, s'ils le veulent, mais ce n'est pas le but premier.»
Quant à l'heure et demie que les libéraux souhaitent ajouter à la semaine d'un écolier du primaire dès 2004-05, les conseils d'établissement de chaque école seront fortement encouragés à y mettre éducation physique et anglais (dès la première année), «mais la pédagogie, la façon de le faire, doit être une décision du conseil». L'enseignement de l'anglais en première année ne sera d'ailleurs pas débattu en commission parlementaire.
Quant au report de la réforme, c'est la grande «incertitude» décelée en campagne qui a décidé les libéraux à remettre à la rentrée 2005 ce «changement de culture» au secondaire. «On a fait le choix de la sécurité», affirme le ministre, qui précise que la quinzaine de projets-pilotes actuellement en cours sont maintenus, de même que la soixantaine d'écoles qui devaient démarrer à titre expérimental en septembre 2003. «Le fait de se donner un délai permet d'abord de ne pas exposer nos jeunes à rentrer dans une école où c'est la guerre ou la catastrophe, où les gens ne sont pas prêts et où ça peut prendre toutes sortes de formes dangereuses.»
Les libéraux croient toutefois fermement aux fondements de la réforme et ne prévoient que des ajustements, comme la clarification d'un vocabulaire trop «hermétique» associé à la réforme. L'évaluation des apprentissages et cette politique du non-redoublement au primaire lancée par l'administration précédente ne font l'objet d'aucune décision pour l'instant. «Mais je veux être sûr qu'on ne passe pas le message qu'il suffit d'être dans le système pendant un certain temps pour être "processé". Il doit y avoir un lien entre les efforts et les résultats.»
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