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La liberté en otage

Serge Truffaut   8 mai 2003 
La contestation du Patriot Act voté en vitesse par le Congrès américain dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 prend enfin de l'ampleur. Hier, le comté de Broward, en Floride, est devenu le centième d'une liste de comtés ou de villes — sans oublier l'État d'Hawaii — qui s'opposent à cette loi jugée contraire à l'esprit de la Constitution. Aux yeux des adversaires de ce texte qui porte l'empreinte du très conservateur ministre de la Justice, John Ashcroft, les autorités ont profité de la lutte contre le terrorisme pour mieux réduire les libertés civiles. Au sein des dix millions d'Américains qui ont d'ores et déjà voté la centaine de résolutions qui agacent prodigieusement le Congrès, l'inquiétude est d'autant plus prononcée que divers services fédéraux ont profité du Patriot Act pour gommer davantage l'espace des libertés.

Si on se penche un instant sur le biais idéologique ou philosophique adopté au cours des récentes années par la Cour suprême, qui sera tôt ou tard appelée à se pencher sur ce dossier, il y a fort à parier que les droits des individus, s'ils ne sont pas réduits à une peau de chagrin, seront contraints à une cure d'amaigrissement sans équivalent depuis les années 50. Ainsi que vient d'en témoigner le vétéran journaliste Nat Hentoff, du Village Voice, le juge Antonin Scalia a tenu un discours propre à affoler les militants des droits. Selon ce dernier, les Américains jouissent d'un éventail de droits qui va bien au-delà des obligations que requiert la Constitution. Par conséquent, les citoyens doivent s'attendre à ce que la majorité conservatrice qui a pris la Cour suprême en otage restreigne davantage les libertés.

En attendant le prochain épisode, des groupes montent au créneau pour freiner la folie répressive qui anime l'administration Bush. Le plus actif d'entre eux? Celui des bibliothécaires. Amorcé dans les environs de San Francisco, la fronde de ces derniers s'est tout récemment traduite par ceci: les 64 000 membres de l'American Library Association ont voté une résolution se proposant de faire pièce aux obligations inscrites dans le Patriot Act. Il faut préciser qu'outre la liste des livres consultés par les usagers de ces lieux, le FBI a également le droit de fouiner dans les ordinateurs mis à la disposition du public. Les bibliothécaires ont décidé d'informer les personnes des faits et gestes du FBI, certains d'entre eux allant jusqu'à effacer les noms de ceux et celles qui fréquentent les sites Internet.

Pas plus tard que la semaine dernière, des élus démocrates se sont enfin opposés au désir maniaque de John Ashcroft de policer le comportement des individus. Ce fondamentaliste religieux voulait accorder au Pentagone et à la CIA le pouvoir de s'immiscer davantage dans la vie de tous les citoyens américains. Comment? En obligeant toutes les institutions auxquelles nous sommes liés à fournir des copies de transactions financières et autres.

Il nous reste à espérer que les citoyens américains creuseront davantage le sillon ouvert par un certain nombre d'entre eux afin que le docteur Folamour de la justice quitte les lieux au plus vite.
 
 
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