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Le pied de nez syrien

Serge Truffaut   6 mai 2003 
La mise en garde signifiée par le secrétaire d'État Colin Powell à l'endroit de la Syrie s'est conclue par un pied de nez. On se souviendra qu'après une rencontre de trois heures avec le président Bachar el-Assad, le chef de la diplomatie américaine avait confié avoir eu l'assurance que des bureaux de groupes palestiniens radicaux situés à Damas seraient fermés. Quarante-huit heures plus tard, le Hamas, le Hezbollah ainsi que le Front populaire de libération de Palestine (FPLP) ont émis des communiqués affirmant que rien de tel n'était prévu. Pire, qu'ils avaient la certitude que le gouvernement syrien ne céderait pas un pouce à l'administration Bush.

Du coup, les demi-vérités du président syrien ont mis Powell dans l'embarras. De retour à Washington, il a été dans l'obligation de se rétracter au grand plaisir du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld avec lequel il livre un bras de fer désormais permanent. Ce dernier a profité de sa tournée effectuée parallèlement à celle de Powell au Moyen-Orient pour annoncer son intention de redéployer géographiquement les forces militaires américaines. L'Union soviétique ayant sombré, Rumsfeld envisage une soustraction des bases situées en Allemagne pour mieux renforcer le contingent ayant pris pied au Moyen-Orient. Entre l'opération irakienne, la campagne afghane, la fermeture des bases en Arabie saoudite, d'un côté, et le vacillement de l'Égypte ainsi que de l'Iran, de l'autre, il est écrit dans le ciel que les États-Unis ne se contenteront pas de faire de la figuration dans cette région du monde.

En attendant, tant le Hezbollah, soutenu par l'Iran, que le Hamas ont martelé qu'il était d'autant moins question de plier bagage que leur but reste et demeure l'établissement d'un État islamique en Palestine. On ne sera pas étonné d'apprendre que ces deux groupes ont profité du quiproquo constaté en fin de semaine pour annoncer leur ferme rejet de la feuille de route patiemment peaufinée par le quartet, soit l'Union européenne, l'ONU, les États-Unis et la Russie.

Ce nouvel effort de paix prévoit, dans sa première phase, une combinaison: Israël se retire des territoires occupés depuis l'an 2000 et les radicaux palestiniens mettent un terme à la violence, aux actes terroristes. Cette mise en sourdine des attentats demandée par le quartet a été écartée par le Hamas et consorts qui ont pris un malin plaisir à doubler Powell pour la satisfaction de... Assad!

Il se trouve en effet qu'outre sa requête à propos du Hezbollah et autres, Powell a demandé aux Syriens de retirer les 20 000 soldats qui occupent le Liban, qui font de ce pays un protectorat syrien. Le souhait de Washington est que les militaires syriens basés dans le sud du Liban soient remplacés par des militaires libanais. Il est fort probable que la Syrie va occuper une place prépondérante dans l'agenda politique de l'administration Bush au cours des prochains mois.
 
 
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