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Les défis du Parti québécois - Cap sur la souveraineté et la gauche efficace

Le Parti québécois doit définir une idée claire de sa mission et développer une vision cohérente du Québec de demain

François Legault - Député de Rousseau  6 mai 2003 
Pour le Parti québécois, l'élection du 14 avril dernier montre au moins trois choses:
- beaucoup de nos sympathisants ne sont pas allés voter;
- ce résultat est le plus bas depuis 1973 sur le plan du vote populaire;
- l'Action démocratique du Québec a récupéré une partie significative de notre électorat traditionnel.

Même si la base péquiste reste très forte, comme le démontre le nombre important de députés que nous avons fait élire, il s'agit bel et bien d'un recul préoccupant. Dans un tel contexte, il faut faire face à la réalité et entreprendre collectivement une réflexion sérieuse. Le Parti québécois doit définir une idée claire de sa mission. Il nous faut développer une vision cohérente du Québec de demain.

Cap sur la souveraineté

Il faut se donner un plan d'action efficace pour promouvoir la souveraineté nationale. Au gouvernement, nous étions liés par les résultats de 1995 que nous ne pouvions ignorer. L'élection du 14 avril dernier change fondamentalement cette donne. Le fardeau de la preuve est désormais dans le camp des fédéralistes. Un nouveau cycle historique commence et notre rôle, unique, irremplaçable, est de garder le cap sur une souveraineté moderne.

La souveraineté peut être conçue comme une fin. Le Québec possède une histoire, une langue, une culture, des institutions, une pratique de la solidarité qui le distinguent des autres nations du monde. Il est tout à fait légitime de militer pour que cette nation d'Amérique puisse un jour maîtriser tous les leviers de son développement. Ce combat pour le pays n'a rien de passéiste. Ce sont les nations qui font le monde d'aujourd'hui, non les provinces.

À ces arguments importants, fondamentaux même, il faut en ajouter d'autres.

On doit montrer concrètement aux Québécois(es) que le rapatriement de tous nos pouvoirs et de tous nos impôts nous permettrait d'élaborer un projet porteur d'avenir pour le Québec et de mieux nous occuper de nos priorités. Il faudra mieux expliquer qu'un Québec souverain pourrait fournir de meilleurs soins à nos personnes en perte d'autonomie, mieux soutenir les entrepreneurs de nos régions, venir davantage en aide aux enfants en difficulté d'apprentissage, fournir aux familles défavorisées encore plus de logements à prix abordable. Montrer à quel point les dédoublements, les chicanes, les négociations sans fin rendent le système fédéral inefficace. Pourquoi pas aussi la souveraineté pragmatique, qui expliquerait concrètement où irait l'argent récupéré? Pourquoi pas montrer ce qu'un Québec souverain pourrait faire de différent?

Penser une souveraineté moderne en fonction d'un grand projet social, mais aussi pour que le Québec puisse influencer un monde en mutation. Les Québécois(es) ont été les premiers à appuyer officiellement le protocole de Kyoto en Amérique du Nord, parmi les plus nombreux à défiler dans les rues afin que l'on respecte le cadre international de l'ONU et à prendre part aux rencontres de Porto Alegre. Un Québec souverain pourrait faire entendre sa voix dans les grands forums, appuyer ceux qui militent en faveur d'une mondialisation à visage humain.

Par ailleurs, je crois qu'il faudra revoir le type de souveraineté à laquelle nous souhaitons adhérer. Dans un contexte où l'ALENA et l'OMC font que l'ouverture des marchés et l'interdépendance économique deviennent des réalités incontournables, un éventuel partenariat politique avec le reste du Canada est-il toujours nécessaire? Ne souhaitons-nous pas au fond établir un partenariat nouveau avec toutes les nations qui partagent nos valeurs économiques et sociales?

Bref, la souveraineté comme une fin, mais aussi comme un moyen de mettre en place un projet social qui nous distingue, et l'offrir au monde comme un modèle de développement humain.

Gauche efficace

Or ces convictions sociales, nous devrons les assumer jusqu'au bout, faire preuve de cohérence, dès la prochaine rentrée parlementaire. Au cours des prochaines années, le Parti québécois devra faire la promotion de choix budgétaires et fiscaux responsables. À court terme, une baisse massive des impôts serait carrément irresponsable. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre: il faut choisir, être cohérent. Le Parti québécois doit faire la pédagogie de cette nécessaire cohérence fiscale. À moins de vouloir mettre fin aux principes d'universalité et de gratuité garantis par nos principaux services publics ou de souhaiter léguer de nouvelles dettes aux générations futures.

Évidemment, il est beaucoup plus facile de promettre des baisses d'impôt que d'expliquer pourquoi l'État a aujourd'hui besoin de toutes ses ressources. Nos concitoyen(ne)s apprécient leur facture d'électricité beaucoup moins salée que celle que reçoivent les Ontariens ou les New-yorkais, l'accès facile aux cégeps et aux universités et les garderies à 5 $. Or, tout cela a un prix. Si l'on doit gérer plus efficacement l'État, il faut aussi savoir assumer ce choix fiscal qui repose sur des valeurs fortes, un sens de la solidarité à l'égard de nos jeunes décrocheurs, de nos régions, de nos personnes âgées et de l'ensemble de la société québécoise.

Cette cohérence, le Parti québécois devra aussi l'envisager à long terme. La réalité démographique du Québec montre bien que les travailleurs seront moins nombreux à assumer la facture sociale du vieillissement de la population. Dans un tel contexte, il est primordial de mettre de l'argent de côté, d'épargner maintenant pour faire face à l'augmentation structurelle des dépenses en santé qui se font déjà sentir au Québec, et ailleurs en Occident. Il y a là, bien sûr, des principes d'accès à préserver mais surtout, un devoir envers les générations futures. Sinon, les gouvernants de demain seront obligés d'amputer les budgets destinés à l'éducation et autres missions de l'État pour éponger les coûts de santé. Est-ce ce genre de choix que nous voulons laisser à nos enfants?

Enfin, les derniers résultats montrent clairement que les Québécois(es) souhaitent une gestion plus serrée de nos réseaux publics. Et pour y arriver, je vois deux solutions: décentralisation et imputabilité. Deux solutions que j'ai commencé à mettre en oeuvre lorsque j'étais ministre de l'Éducation et de la Santé. Il faut faire confiance à ceux qui travaillent sur le terrain, leur donner plus de responsabilités. En retour, l'État doit pouvoir évaluer la performance de nos institutions publiques. Non pas parce que celles-ci doivent réaliser des profits ou se faire compétition entre elles, mais par souci de transparence et d'efficacité. On s'améliore seulement quand on sait où sont nos lacunes. Le pire ennemi de nos réseaux publics, ce n'est pas Wall Street, mais la lourdeur bureaucratique, la rigidité, la difficulté à s'adapter au changement. Plus nos réseaux publics seront efficaces, plus il sera facile de défendre les généreux principes de la social-démocratie.

Pour le Parti québécois, l'élection du 14 avril représente un nouveau départ. Avec les mêmes idées, la même façon de voir, nous obtiendrons les mêmes résultats électoraux. Il nous faut actualiser nos idées sur la souveraineté et la social-démocratie, retrousser nos manches et aller voir les Québécois(es) sur le terrain. Je suis convaincu que beaucoup de militant(e)s du Parti québécois ressentent le besoin de débattre de ces questions. Il en va de l'avenir de notre parti et du Québec.
 
 
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