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Scandale sirupeux

Le sirop d'érable certifié bio ne l'est pas toujours

Fabien Deglise   2 mai 2003 
Photo : Jacques Nadeau
Attention! Le sirop d'érable biologique n'a parfois de bio que le nom! Et pour cause. L'an dernier, près du tiers de ce «jus d'érable» prétendument produit dans le respect de l'environnement et mis sur le marché n'avait aucunement le droit d'utiliser l'appellation «biologique» à cause d'un vice flagrant de certification, a appris Le Devoir. Tout cela avec la bénédiction de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) mais aussi au vu et au su du Conseil d'accréditation du Québec (CAQ), pourtant chargé de régir l'usage de cette appellation au Québec mais qui se retrouve pieds et poings liés devant cette fraude.

Pire encore: même si l'univers acéricole bio s'est un peu plus discipliné pour la saison 2003 qui s'achève, les réfractaires à la certification seraient encore nombreux cette année, déplore le CAQ, qui avoue candidement ne pas disposer des outils d'inspection nécessaires pour renverser rapidement la vapeur. De quoi inciter les consommateurs à bien scruter le sirop bio qu'on leur proposera cette année pour accompagner crêpes, gaufres ou jambon.

Les chiffres obtenus par Le Devoir sont sans équivoque. En 2002, la Fédération des producteurs acéricoles du Québec a déclaré au Conseil d'accréditation du Québec avoir produit 6,1 millions de livres de sirop d'érable bio, ce qui dépasse largement les capacités réelles de production de ce pan de l'acériculture, en plein développement depuis quelques années.

En effet, selon les fonctionnaires du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), la production de l'an dernier devait atteindre guère plus de quatre millions de livres étant donné le nombre (285) de producteurs de sirop d'érable détenant une certification biologique dûment reconnue par le CAQ, comme l'impose la loi. Il s'agit donc d'un déficit d'environ deux millions de livres de faux sirop bio vendu avec des lettres de noblesse non méritées.

En septembre dernier, le MAPAQ a d'ailleurs flairé l'affaire. À preuve: dans une note interne dont Le Devoir a obtenu copie, la Direction des services technologiques y explique que les règles du jeu dans le domaine du bio utilisées par la Fédération des producteurs acéricoles du Québec sont loin d'être au diapason avec celles qu'impose le CAQ à l'ensemble des producteurs, transformateurs ou revendeurs d'aliments bio au Québec.

«La fédération, sur simple déclaration du producteur, peut reconnaître le sirop comme biologique et payer une prime aux producteurs, qu'ils soient certifiés ou non», peut-on lire dans ce document. Or, pour être considéré comme bio et du même coup pouvoir afficher cette couleur, un produit doit obligatoirement, en vertu de la Loi sur les appellations réservées, détenir une certification d'un des six organismes officiellement reconnus par le CAQ: Québec-Vrai, OCIA, Garantie Bio-Écocert, QAI, OCPP Pro-cert et ICS-FVO. De cette liste, toutefois, seuls les quatre premiers ont établi des normes validées par le CAQ pour certifier cette particularité canadienne qu'est le sirop d'érable.

Par contre, la FPAQ ne semble pas s'en soucier, elle qui, pour séparer le bio du conventionnel, se fie à un répertoire maison intitulé Producteurs de sirop d'érable biologique du Québec, dont «la grande majorité des entreprises qui y apparaissent ne sont pas certifiées par un organisme accrédité au Québec», poursuivent les fonctionnaires du MAPAQ dans la note. Au grand bonheur de certains producteurs, qui peuvent ainsi toucher une prime de 0,15 $ la livre sans forcément avoir dû se plier aux principes de restrictions sur l'entaillage, d'aménagement durable de l'érablière et, surtout, de non-utilisation de produits de nettoyage pour les équipements, comme le prescrivent les normes biologiques en la matière.

À la FPAQ, on reconnaissait plus tôt cette semaine que la cuvée 2002 de sirop avait connu quelques ratés du côté des érablières biologiques. «Depuis trois ou quatre ans, il y a eu une explosion de la demande pour le sirop d'érable biologique», explique Charles-Félix Ross, directeur général de la FPAQ. «Mais les règles de mise en marché n'ont pas changé au même rythme et la fédération ne reconnaissait pas les normes sur les appellations réservées. Mais tout ça est chose du passé. Depuis cette année, la convention de mise en marché précise que pour toucher la prime pour le sirop bio, il faut détenir une certification reconnue par le Conseil d'accréditation du Québec et surtout présenter son certificat de conformité pour désormais entrer dans cette catégorie.»

Le CAQ en est d'ailleurs rassuré. Du moins en partie, car un doute subsiste toujours en ce qui concerne la conformité d'une poignée de négociants de sirop d'érable biologique au Québec, reconnaît le CAQ. «Nous en avons ciblé quelques-uns qui doivent nous prouver qu'ils sont bel et bien accrédités, explique le directeur, Denis-Paul Bouffard. Le hic, c'est que les plus récentes données dont nous disposons sur le milieu acéricole démontrent pour le moment que ces gens-là ne sont pas toujours accrédités dans le respect des lois du Québec, et ce, même si la saison 2003 tire à sa fin.»

Or, en l'absence du respect de ces normes, le consommateur a désormais l'obligation de remettre en question la validité du sirop bio mis sur le marché, conseille M. Bouffard. Mais il doit aussi passer au crible les étiquettes afin de s'assurer que le certificateur qui y a apposé son logo fait bien partie de ceux autorisés au Québec.

«Ce genre de chose jette malheureusement le discrédit sur la filière biologique», commente Arthur Marcoux, spécialiste du bio au MAPAQ. «Bien sûr, dans le cas du sirop d'érable, on ne peut pas s'attendre à ce que le système de certification soit étanche à 100 % puisque l'apparition du bio est encore récente. Il y a une période de formation et d'uniformisation à travers laquelle il faut passer. Mais avec des mesures plus contraignantes et surtout des pouvoirs accrus accordés au CAQ, qui, en ce moment, ne peut pas faire grand-chose, ce genre de problème serait sans doute plus facile à régler.»
 
 
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