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Culture et éducation: les deux faces d'une même médaille

Louise Sicuro - Présidente-directrice générale de Culture pour tous, organisme qui orchestre les Journées de la culture  21 septembre 2009 
Certains pourraient croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes en regardant les statistiques de consommation culturelle dont les journaux aiment faire état. Les chiffres de fréquentation des grands festivals, ou les succès récents du cinéma québécois au box-office semblent réconfortants. Mais ces chiffres cachent la réalité du décrochage culturel qui sévit au Québec.

Une majorité de Québécois ne participe d'aucune manière à la vie artistique et culturelle. Ce constat n'est guère étonnant puisque 49 % de la population éprouve de la difficulté à lire et à écrire. Lorsque des jeunes de 16 ans se retrouvent analphabètes, peinent à lire un manuel d'instructions, peut-on se surprendre ensuite qu'ils ne s'intéressent pas à la poésie ou au roman?

Nous touchons là au coeur d'un sujet sensible, qui redouble la conviction des organisateurs et des participants des Journées de la culture que la présence des arts dans nos écoles constitue une des clés de voûte d'une éducation de qualité. Il en va de l'avenir de notre société à une époque qui exige un haut niveau de créativité dans tous les domaines.

Alors que la rentrée scolaire donne lieu à des discussions passionnées sur la nécessaire valorisation de l'éducation et sur l'urgence de trouver des moyens pour contrer l'affligeant décrochage scolaire, cette 13e édition qui se tiendra du 25 au 27 septembre prend donc une signification toute particulière.

Carrefour des arts et de la culture?

Ce n'est pas par hasard que les Journées de la culture débutent toujours un vendredi. Nous savons que l'école peut être un grand incubateur culturel. En effet, qui n'a pas découvert sa vocation d'acteur, de peintre, d'écrivain ou de cinéaste au contact d'un créateur dont la passion et la conviction suscitaient l'admiration des élèves réunis dans une salle de classe ou un gymnase d'école?

Et c'est sans compter tous les autres qui, à l'occasion d'une des trop rares sorties scolaires, ont franchi les portes d'un théâtre, d'un musée ou d'une salle de concert avec le sentiment profond de participer à une expérience marquante ou de contempler des trésors dont la beauté devrait appartenir à tous et non à quelques privilégiés.

Les Journées de la culture sont d'abord une proposition collective formulée par des milliers d'artistes, d'artisans et de travailleurs culturels qui s'engagent dans un travail humble, patient et exigeant, de sensibilisation artistique. À chaque rentrée scolaire et culturelle, ces Journées font écho aux efforts de directeurs d'école et d'enseignants convaincus qu'il faut absolument accorder une juste place aux arts et à la culture, tout comme à l'exercice physique, pour favoriser l'épanouissement de leurs élèves.

Manque de soutien

Cependant, il faut bien reconnaître que ces efforts combinés du secteur culturel et de certains éducateurs ne sont pas assez soutenus et n'atteignent pas encore un niveau suffisant pour changer le cours des choses. Les arts et la culture occupent encore trop souvent la portion congrue, coincée entre les moyens limités des écoles et la surcharge des enseignants.

La découverte des sonorités d'un autre pays, le point de vue singulier d'un écrivain ou la manière particulière d'un sculpteur de transformer la matière sont autant d'occasions d'appréhender la complexité du monde et de se donner les moyens d'y prendre part. À travers ces expériences, c'est non seulement la culture des jeunes qui s'enrichit, mais aussi leur sensibilité, leur empathie, leur soif de connaître et leur désir de repousser les limites de l'ordinaire.

Savoir tendre la main

Le décrochage scolaire et l'analphabétisme pourraient être des réalités moins tragiques si les arts et la culture devenaient un élément phare de développement dans nos écoles, nos municipalités et nos entreprises. Pour réussir ce virage, tout cela commence par une simple main tendue, celle d'un créateur à un jeune spectateur curieux qui ne savait sans doute pas que ses propres rêves pouvaient aussi devenir réalité.

Ce miracle de la main tendue, il se produit à plusieurs reprises pendant les Journées de la culture. Nous affichons la grande ambition que ces gestes vont se reproduire toute l'année, dans tous les milieux, et particulièrement dans les écoles. Ce rôle de médiateur entre les oeuvres et les gens constitue pour nous un idéal à atteindre, rarement spectaculaire, mais néanmoins d'une importance capitale.
 
 
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