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Musée d'art contemporain: où est la porte?

Chantal Pontbriand - Commissaire indépendante et critique d'art, membre du comité de direction de l'IKT (Association internationale des conservateurs en art contemporain), directrice fondatrice de PARACHUTE et directrice fondatrice du Festival international de nouvelle danse  11 septembre 2009 
Selon notre ministre de la Culture (propos tenus dans le Devoir l'été dernier), certains cherchent encore l'emplacement de la porte d'entrée du Musée d'art contemporain de Montréal (MAC). Nous sommes nombreux à vouloir que cette «porte» soit connue du plus grand nombre, artistes et professionnels du milieu, et que non seulement les citoyens montréalais en connaissent l'emplacement, mais aussi le milieu international, tant les touristes que les professionnels et les collectionneurs du monde entier.

Ce n'est malheureusement pas le cas, et il devient urgent de remédier à cette situation qui perdure et qui fait que le MAC n'obtient pas la reconnaissance à laquelle il devrait pouvoir s'attendre. Montréal compte à son actif un grand nombre d'artistes qui ont tout ce qu'il faut pour réussir sur la scène internationale et profiter d'un marché toujours très actif. Depuis quelques années, le marché de l'art a surtout progressé dans le secteur contemporain. Montréal demeure absente de cette dynamique, même s'il faut s'enorgueillir d'avoir au moins une poignée de galeries qui font des efforts louables pour s'y inscrire. La marche est haute et ne pourra être franchie sans des efforts concertés entre plusieurs partenaires. Le MAC ne peut réussir à lui seul à inscrire Montréal sur l'échiquier international. Aucun musée au monde ne peut réussir un tel exploit.

Des idées

Voici donc ce que peut faire notre MAC:

- améliorer l'originalité de sa programmation;

- mettre sur pied des expositions thématiques d'un calibre scientifique enviable;

- développer son public local avec une programmation démontrant de la suite dans les idées, une ligne de pensée, une vision de l'art contemporain et de son déploiement dans le cadre de la vie d'aujourd'hui;

- former ce public par des initiatives novatrices, et s'assurer que l'art contemporain ait la cote dont jouissent d'autres disciplines artistiques dans notre ville, comme le théâtre, la musique ou la danse;

- contribuer à faire de nos artistes des vedettes médiatiques, des personnages qui comptent auprès des politiques autant que certains acteurs ou musiciens;

- faire comprendre la dimension internationale de l'art contemporain, son intérêt, son prestige, ses modes d'articulation (les grands rendez-vous - biennales, ou foires);

- inventer son propre modèle en s'appuyant sur la spécificité de notre milieu, et, tout en s'inspirant des plus intéressantes réussites dans le monde, aller encore plus loin.

Le Musée d'art contemporain ne peut se contenter d'agir comme une entreprise locale. Il doit démontrer qu'il a des tentacules au niveau international, qu'il est présent, qu'il se développe de concert avec une économie mondiale de l'art, tant sur le plan du savoir que sur celui de la mouvance financière dans notre domaine.

Le long sommeil que connaît cette institution doit bientôt se terminer. Soutenu depuis plus de 25 ans par une direction qui n'a pas réussi à faire connaître le musée au-delà de nos frontières, favorisant la bureaucratisation de l'institution plutôt que sa créativité, la situation ne peut plus durer. Les efforts déployés cet été par différents groupes et personnalités démontrent que le silence qui entourait la situation est maintenant brisé.

Sur le plan économique, la situation doit bouger puisque l'aide des différents conseils des arts ne suffit pas à soutenir économiquement ne serait-ce que quelques-uns de nos meilleurs artistes. De plus, le ministère de la Culture, responsable de la majeure partie du financement du musée, ne semble pas réaliser suffisamment l'importance d'appuyer massivement le secteur des arts visuels au même titre que le cinéma ou la chanson.

Viser plus haut

Le Musée d'art contemporain de Montréal peut servir d'embrayeur à la création d'une économie plus saine pour nos artistes, de même que favoriser l'accès à des carrières d'envergure et à un marché international. Mais, contrairement à ce qui a été soutenu l'été dernier comme discours, on ne peut concentrer toutes nos attentes sur ce dernier.

Pour changer les choses, il faut examiner et réévaluer non seulement le MAC, mais tous les rouages de notre système institutionnel qui influencent la qualité de vie des artistes montréalais et québécois: musées, centres d'artistes et de production, marché de l'art, conseils des arts. Cette dynamique est actuellement axée sur un système en vase clos, limité au territoire québécois, sans ouverture sur l'international. Le peu de résultats dans ce domaine est décourageant.

Nous devons viser plus haut pour changer. Chacune de nos institutions doit s'efforcer de comprendre la mouvance internationale particulière aux arts visuels contemporains et s'y inscrire avec des projets pertinents. Les individus peuvent faire leur part, les artistes, les conservateurs, les galeristes comme les collectionneurs. Les sociétés privées ont leur rôle à jouer. C'est le propre d'un monde globalisé, et à ce chapitre, nous accusons un retard sur bien d'autres endroits dans le monde qui, avec moins de moyens, réussissent pourtant à se faire entendre: on n'a qu'à examiner le terrain considérable gagné par l'Amérique du Sud, l'Asie et même l'Afrique pour réaliser que ces régions du monde ont réussi ces dernières années à imposer des artistes de haut calibre et de grand renom.

Croissance économique

Qu'est-ce qui ne va pas avec le Québec (et même le Canada)? On se le demande. Ce qu'on sait, c'est que la dynamique que connaît l'art contemporain issu de ces nouveaux pôles d'intérêt va de pair avec la croissance économique et l'envie de réussir à une échelle internationale. Un questionnement en profondeur s'impose certainement. Mais chose certaine, ici, l'énergie n'est pas au rendez-vous et c'est ce à quoi il faut s'attaquer. Il faut être à la fois habile, persévérant et ambitieux quand il s'agit de s'imposer dans l'imaginaire de sa propre collectivité, et encore plus quand il s'agit de frayer sur la scène internationale.

Quant à savoir où est la porte du musée, est-ce que l'insertion de celui-ci dans le Quartier des spectacles est une solution? Si le musée ne transforme pas son ordre du jour actuel, il ne pourra pas s'imposer davantage; ni localement, ni internationalement. Comment satisfaire les exigences des différentes situations, celle du «spectacle» qui est célébrée dans son environnement immédiat et celle d'être une institution mondiale de pointe qui imposerait Montréal à cette échelle?

Aussi, dans le débat actuel, n'y a-t-il pas lieu de profiter de l'occasion pour remettre en question les objectifs et la structure de cette institution qui correspond aujourd'hui davantage à un musée d'art moderne qu'à un musée d'art contemporain. L'art contemporain est un art de son temps: c'est l'art de la vie qui bat, de la vie qui évolue et qui ne cesse de nous surprendre. La structuration actuelle du MAC ne permet pas de suivre les changements radicaux qui se sont produits dans les pratiques artistiques et curatoriales après 2000.

Musée-laboratoire

Il est plus que temps que le MAC devienne un véritable musée-laboratoire où l'on ne se contente pas de présenter des expositions ou d'autres types de programmes traditionnels, mais où l'on favorise davantage la recherche et la création, tant sur le plan artistique que curatorial. L'établissement de lieux de développement de pratiques tant discursives qu'artistiques au sein même de l'institution permettrait de nouer des liens fertiles et inédits avec les artistes et le public.

Les lieux physiques de l'institution doivent en partie, à tout le moins, abandonner la forme du White Cube moderniste et se doter d'espaces flexibles pour accueillir les nouvelles formes d'art et les nouvelles exigences des arts visuels sur le plan de son historiographie et de la théorie. La Tate Modern de Londres, par exemple, développe à l'heure actuelle de nouveaux espaces voués à la performance et aux nouveaux médias, alors que le Musée d'art contemporain de Barcelone dispose depuis peu d'un bâtiment entièrement consacré au développement d'archives en art contemporain et à leur mise en valeur, une problématique de pointe dans le secteur des arts visuels.

Pourquoi donc ne pas voir vers l'avant et imaginer ce que pourra être le MAC de demain? Plutôt qu'un musée simplement intégré à un «quartier des spectacles», sans distinction particulière, pourquoi ne pas créer un tout nouveau pôle dynamique pour les arts visuels à Montréal, que ce soit sur place, si jamais l'ouverture y est, ou ailleurs s'il le faut? Le moment est sans doute venu d'envisager cette nécessité.
 
 
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