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Vers une réforme de l'État

Charest présente un cabinet de 25 membres et annonce la première «réingénierie» du gouvernement depuis la Révolution tranquille

Robert Dutrisac   30 avril 2003 
Le nouveau premier ministre du Québec, Jean Charest, portait sur la joue des marques de rouge à lèvres après avoir reçu le chaleureux baiser de la ministre déléguée à la Santé et aux Ainés, Julie Boulet, assermentée hier à Québec en compagn
Photo : Jacques Nadeau
Le nouveau premier ministre du Québec, Jean Charest, portait sur la joue des marques de rouge à lèvres après avoir reçu le chaleureux baiser de la ministre déléguée à la Santé et aux Ainés, Julie Boulet, assermentée hier à Québec en compagn
Québec — En présentant un conseil des ministres élagué et composé de 25 membres dont lui-même, le premier ministre Jean Charest s'est engagé, hier, à renouveler l'État québécois de fond en comble pour la première fois depuis la Révolution tranquille.

«En se donnant leur premier gouvernement élu du XXIe siècle, les Québécois ont tourné la page sur un modèle d'État», a déclaré Jean Charest dans son allocution prononcée à l'occasion de l'assermentation de son gouvernement. «Au cours de ce mandat, nous allons revoir de fond en comble l'organisation de l'État québécois. Ce sera la première réingénierie du gouvernement du Québec depuis la Révolution tranquille.»

Comme promis, Jean Charest a réduit la taille du conseil des ministres. Son cabinet compte 19 ministres en titre, y compris lui-même, et six ministres délégués. Le dernier cabinet de Bernard Landry était composé de 18 ministres en titre, de 17 ministres délégués et de quatre secrétaires d'État pour un total de 36, un record dans l'histoire du Québec. Le gouvernement Charest élimine trois ministères: celui de la Jeunesse, du Tourisme, du Loisir et du Sport, celui de la Recherche, de la Science et de la Technologie et celui de la Population, des Régions et des Affaires autochtones. Les responsabilités du tourisme et des régions reviennent au ministère du Développement économique et régional (anciennement le ministère de l'Industrie et du Commerce), celle des affaires autochtones va au Secrétariat des affaires intergouvernementales canadiennes, tandis que celles de la recherche et de la science tombent dans les limbes.

M. Charest s'est réservé la responsabilité de la jeunesse.

Le nouveau conseil des ministres comprend huit femmes, presque le tiers du cabinet, «la plus forte représentation de notre histoire», s'est vanté M. Charest. Cinq d'entre elles sont ministres en titre, dont Françoise Gauthier, qui devient la première femme à prendre la tête du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation. Toutefois, le premier ministre n'a pas nommé de ministre responsable de la condition féminine. Aucun ministre n'est responsable non plus de la Charte de la langue française.

Le drapeau du Canada a fait sa réapparition au Salon rouge où se déroulait l'assermentation. L'unifolié avait disparu du parlement en 1976 après l'élection du premier gouvernement du Parti québécois pour revenir en 1986 après la victoire de Robert Bourassa et disparaître de nouveau en 1994 avec l'arrivée du gouvernement de Jacques Parizeau.

Outre le comité de législation, Jean Charest crée quatre comités ministériels témoignant des priorités de son gouvernement: celui du Développement social, qui comprend la santé; celui de la Prospérité économique et du Développement durable, celui du Conseil du trésor et, enfin, celui de la Citoyenneté et de la Culture.

Jean Charest a nommé son amie Monique Gagnon-Tremblay vice-première ministre et ministre des Relations internationales. C'est à Monique Jérôme-Forget qu'échoient la présidence du Conseil du trésor et la responsabilité de l'Administration gouvernementale.

Comme prévu, Yves Séguin accède aux Finances, l'ex-recteur Pierre Reid prend les rênes de l'Éducation et le neurochirurgien Philippe Couillard est chargé de la Santé et des Services sociaux. La nouvelle venue Michelle Courchesne se retrouve à la tête du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration tandis que Line Beauchamp obtient le ministère de la Culture et des Communications, domaine dont elle était la porte-parole dans l'opposition.

C'est à Jean-Marc Fournier, nommé ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, que Jean Charest confie la délicate tâche de gérer les défusions.

«Je veux être clair. Nous allons nous éloigner avec ce gouvernement des relents d'autoritarisme», a dit hier M. Charest, tout en soulignant qu'il allait appliquer «le principe de la fiscalité d'agglomération pour que chaque citoyen soit appelé à payer sa juste part».

Dans le projet libéral de renouvellement de l'État, Mme Jérôme-Forget sera épaulée au sein du comité ministériel par Yvon Marcoux, nommé ministre des Transports et vice-président du Conseil du trésor, et par Michel Audet, qui devient ministre du Développement économique et régional. Hier, Mme Jérôme-Forget s'est dite prête à dire non à ses collègues et à faire des compressions dans les ministères.

Le nouveau député de Vanier, l'avocat Marc Bellemare, est nommé ministre de la Justice et Procureur général tandis que deux autres recrues de la région de Québec accèdent au cabinet: Sam Hamad prend le portefeuille des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs et Carole Théberge, qui a battu Linda Goupil dans Lévis, devient ministre déléguée à la Famille.

C'était écrit dans le ciel: Benoît Pelletier est nommé ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones. Il sera appelé à «seconder» M. Charest dans «notre diplomatie intérieure», a dit le premier ministre. «Nous allons récupérer la position du Québec comme leader de la fédération canadienne», a-t-il promis.

Il y a quelques surprises dans ce cabinet. Le député de Chomedey, Thomas Mulcair, est nommé ministre de l'Environnement tandis que le député de Jean-Lesage, Michel Després, obtient le Travail. Si le jeune député Claude Béchard devient ministre en titre avec le portefeuille de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, le député de Bonaventure, Nathalie Normandeau, est moins chanceuse: elle n'est que ministre déléguée au Développement régional et au Tourisme. Jacques Dupuis se contentera du poste de leader parlementaire et du titre de ministre délégué à la Réforme démocratique. Le «coloré» Norm MacMillan, pour employer l'expression de M. Charest, présidera le caucus des députés libéraux. Il y a aussi des absents de taille: le vétéran Pierre Paradis est laissé sur le carreau, tout comme Christos Sirros.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque

Les ministres du cabinet Charest

Voici la liste des membres du conseil des ministres du Québec:

- Jean Charest (Sherbrooke), premier ministre et ministre responsable des dossiers jeunesse;

- Monique Gagnon-Tremblay (Saint-François), vice-première ministre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie et responsable de l'Estrie;

- Monique Jérôme-Forget (Marguerite-Bourgeoys), présidente du Conseil du trésor, ministre de l'Administration gouvernementale et responsable de la région de Montréal;

- Yves Séguin (Outremont), ministre des Finances;

- Philippe Couillard (Mont-Royal), ministre de la Santé et des Services sociaux;

- Pierre Reid (Orford), ministre de l'Éducation;

- Michel Audet (Laporte), ministre du Développement économique régional;

- Jean-Marc Fournier (Châteauguay), ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir et responsable de la Montérégie;

- Marc Bellemare (Vanier), ministre de la Justice et Procureur général;

- Jacques Chagnon (Westmount-Saint-Louis), ministre de la Sécurité publique;

- Yvon Marcoux (Vaudreuil), ministre des Transports;

- Claude Béchard (Kamouraska-Témiscouata), ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille et responsable du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord;

- Line Beauchamp (Sauvé), ministre de la Culture et des Communications;

- Thomas Mulcair (Chomedey), ministre de l'Environnement et leader parlementaire du gouvernement;

- Sam Hamad (Louis-Hébert), ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, responsable de la région de la Capitale nationale;

- Françoise Gauthier (Jonquière), ministre de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation et responsable de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean;

- Michelle Courchesne (Fabre), ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration et responsable de la région de Laval;

- Michel Després (Jean-Lesage), ministre du Travail;

- Lawrence Bergman (D'Arcy-McGee), ministre du Revenu;

- Benoît Pelletier (Chapleau), ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et des Affaires autochtones;

- Jacques Dupuis (Saint-Laurent), ministre délégué à la Réforme des institutions démocratiques et responsable des régions des Laurentides et de Lanaudière;

- Nathalie Normandeau (Bonaventure), ministre du Développement régional et du Tourisme;

- Julie Boulet (Laviolette), ministre déléguée à la Santé et aux Aînés et responsable des régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec;

- Carole Théberge (Lévis), ministre déléguée à la Famille et responsable de la région de Chaudière-Appalaches;

- Pierre Corbeil (Abitibi-Est), ministre délégué aux Forêts, à la Faune et aux Parcs et responsable des régions de l'Abitibi et du Nord-du-Québec.

Participeront également aux réunions du conseil des ministres:

- Yvon Vallières (Richmond), whip en chef du gouvernement;

- Norman MacMillan (Papineau), président du caucus ministériel.
 
 
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  • Micheline Carrier - Inscrite
    30 avril 2003 06 h 10
    En dépit du nombre de femmes, un cabinet qui plaira aux masculinistes
    Suppression du Secrétariat à la condition féminine, aucune ministre responsable des dossiers des femmes, un homme ministre à la Famille. Tout ce que réclamaient les masculinistes dans leur virulence antiféministe. Huit femmes ministres, deux seulement dans des postes majeurs. En dépit des apparences, ce cabinet marque un recul pour les femmes du Québec.

    On peut en lire davantage ici:

    http://sisyphe.levillage.org/article.php3?id_artic
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  • Pierre Pinsonnault - Inscrit
    30 avril 2003 06 h 28
    Intéressant
    Ce sera intéressant de voir à l'oeuvre ces nouvelles personnes tenter de résoudre des problèmes dont on entend parler depuis longtemps et dont on désespérait (!) de voir résoudre. Une note optimiste prime sur celle du désabusement.
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