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Démontrer les préjudices ?

4 septembre 2009 
Marie-Andrée Chouinard a raison d'indiquer dans son éditorial du 3 septembre que le préjudice grave découlant du cours Éthique et culture religieuse est à «démontrer» et qu'il ne l'a pas été dans cette cause plaidée par des parents de Drummondville, dont le jugement fut rendu cette semaine. À mon avis, il n'a peut-être même pas suffisamment été montré ou étalé par le témoignage d'une mère de famille et son fils.

Il faut comprendre cependant que cette mère n'avait aucunement l'expérience d'une salle d'audience intimidante, qu'elle n'a pas de formation particulière à cette fin et qu'elle devait s'exprimer sous le poids d'une forte pression tant publique que privée, dans une matière de première importance en soi et pour elle. Était-ce trop demander que d'attendre d'elle plus qu'un témoignage faisant part avec sincérité de ses inquiétudes et de quelques perceptions sommaires?

Quoi qu'il en soit, il est généralement admis qu'il y a deux manières de juger des choses, applicables à tout programme scolaire et révélatrices de ses préjudices. On peut se référer à la nature de la chose comme telle, à ses caractéristiques essentielles. Ou l'on peut observer ses effets à l'usage. Ces deux démarches peuvent être utilisées de façon complémentaire, bien que ce ne soit pas toujours nécessaire.

La démarche la plus fondamentale est celle relative à la nature foncière. C'est cette nature qui est la cause ultime des effets, même dans le cas où le préjudice dépend du mauvais usage qu'on en fait: il n'y aurait pas d'homicide si l'arme qu'on utilise n'avait pas en soi le pouvoir de tuer. C'est pourquoi le fait de se fonder sur l'essence des choses ou encore sur des principes qui en découlent est considéré en matière de logique comme le point de départ d'une «démonstration», prise au sens strict, par opposition à la simple induction qui réside dans l'observation des faits, mais ne rend pas compte de leur explication.

Il n'est donc pas nécessaire de connaître par exemple les méfaits d'un Vincent Lacroix pour savoir que la fraude est par nature un obstacle à la santé des échanges économiques. Aussi, dans la mesure où la nature du cours Éthique et culture religieuse indique qu'il comporte des risques de préjudices importants et que ces risques peuvent être «démontrés» avec au moins une certaine vraisemblance à partir des contenus et procédés essentiels de ce cours, même si notre esprit n'atteint pas le plus haut degré de certitude, la prudence commande d'éviter de l'expérimenter et de faire de nos jeunes élèves des cobayes et des victimes.

Voici quelques questions qui me semblent situer la réflexion du côté des contenus et procédés essentiels audit programme. De telles réflexions s'imposent, car on ne peut pas se contenter de l'emballage et se limiter dans l'abstrait à de pieux énoncés, par exemple sur le «vivre-ensemble».

Est-il normal qu'un tel programme fasse fi ou escamote ce qui fait le coeur des grandes religions, dont les finalités spirituelles et les idéaux moraux, pour se concentrer sur les aspects accessoires que sont les rites, les symboles religieux, les objets ou lieux de culte? Est-il souhaitable que ce cours expose dès l'âge de six ans les jeunes élèves à une diversité de conceptions et de pratiques éthiques et religieuses en les laissant à eux-mêmes, dans le doute quant à la manière de penser et aux choix à faire? Est-il acceptable que l'école, plutôt que de soutenir la responsabilité éducative des parents, vienne s'y substituer et y faire obstacle par le fait que l'État s'autorise à déterminer, contrairement à la séparation de l'Église et de l'État, ce qu'il y a lieu de faire en une matière aussi intime que les croyances?

Si vous répondez non à l'une ou l'autre de ces questions, vous avez en main de quoi démontrer la pertinence de prendre du recul à l'égard dudit programme.






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