Toutes les universités méritent le soutien du gouvernement
Cinq recteurs ont récemment déclenché un débat animé en suggérant que leurs établissements profitent d'un accès privilégié au financement de recherche public en tant que membres d'un groupe d'universités (le G5) qui se concentrerait sur la recherche et l'enseignement aux cycles supérieurs. Dans ce scénario, les autres universités canadiennes, dont l'Université d'Ottawa, formeraient un second groupe qui se spécialiserait dans l'enseignement au premier cycle.
Les universités du G5 (McGill, Montréal, Toronto, Alberta et Colombie-Britannique) se partagent déjà une grande partie des fonds publics disponibles. Leurs niveaux respectifs de financement par professeur les classent généralement parmi les cinq universités les plus actives en recherche au pays (même si l'Université de Montréal arrive à la sixième place du classement de 2007).
Il est évident que le Canada a besoin d'une stratégie nationale pour permettre à ses universités de recherche de remplir leur rôle vital en matière de découverte et d'innovation. En développant la connaissance, ces établissements stimulent la croissance économique, favorisent la prospérité, encouragent l'innovation, augmentent notre niveau de vie et protègent notre qualité de vie. De plus, leurs programmes d'études supérieures forment les professionnels qui aideront le Canada à se démarquer dans un monde très compétitif.
Coûts indirects
Le G5 fait lui-même partie du G13, groupe qui comprend l'Université d'Ottawa et qui cherche notamment à obtenir, au nom de toutes les universités de recherche canadiennes, le financement complet des coûts de recherche indirects et l'accroissement des investissements dans les conseils subventionnaires. Le G13 est d'avis que le Canada devrait offrir des niveaux de financement de recherche comparables à ceux qu'on voit sur la scène mondiale, et que toutes les universités de recherche du pays devraient continuer à compétitionner entre elles pour les subventions octroyées selon le mérite des propositions et l'évaluation par les pairs.
Mais serait-il judicieux de donner un statut particulier à une poignée d'universités, comme le suggère le G5, tout en fermant la porte à d'autres, qui mènent aussi des recherches de calibre mondial? Je crois que non, et ce, pour différentes raisons.
Classement éphémère
Tout d'abord, il est difficile de déterminer qui devrait faire partie du G5 quand on sait que le classement des universités peut changer chaque année. Par exemple, entre 2006 et 2007, l'Université d'Ottawa est passée de la cinquième à la septième place au classement des 50 plus grandes universités canadiennes de recherche. Ce léger recul est dû au fait que nous avons embauché un grand nombre de professeurs pour répondre à l'augmentation rapide de notre population étudiante.
Notre position dans ce palmarès remontera au fur et à mesure que ces nouveaux professeurs développeront leurs programmes de recherche. Mais voulons-nous vraiment fonder l'appartenance à un groupe privilégié, et donc l'accès à un financement accru, sur un classement éphémère? Nous pouvons sûrement trouver des bases plus solides pour appuyer une politique nationale en matière d'innovation.
Innovation
En deuxième lieu, les universités du G5 séparent la recherche de l'enseignement dans leurs arguments. Elles voudraient mettre l'accent sur la recherche et les études supérieures, tandis que les autres universités se concentreraient sur l'enseignement au premier cycle. Cette idée ne tient pas compte du fait que les meilleurs professeurs se servent de leurs recherches pour enrichir et orienter l'enseignement au premier cycle.
De plus, nombre d'entre eux sollicitent la participation d'étudiants de premier cycle à leurs travaux, rehaussant du même coup l'expérience universitaire de ces étudiants. En définitive, l'enseignement et la recherche sont complémentaires et sont partie intégrante du travail professoral; les deux activités sont essentielles au succès de la mission de nos universités.
En troisième lieu, la proposition des universités du G5 sous-estime les immenses contributions à l'innovation de nombreux campus exclus de leur cercle. En effet, la recherche canadienne présente une diversité souvent orientée par la géographie. Par exemple, alors que des scientifiques des régions côtières se spécialisent en biologie marine, d'autres se concentrent sur l'agriculture ou les céréales dans les Prairies. C'est d'ailleurs à ce type d'effort qu'on doit le canola, aujourd'hui l'une des plus importantes cultures commerciales en Amérique du Nord.
Système de concours
De plus, des grappes de recherche situées dans certaines universités canadiennes ont accéléré l'exploration de domaines précis. Pensons aux technologies biomédicales à Winnipeg, aux sciences de la vie à Halifax, au cinéma et au multimédia à Montréal, aux politiques publiques à Ottawa et à l'économie environnementale à Saskatoon. Une stratégie d'innovation nationale devrait encourager cette diversité des sources de savoir, et non l'éliminer.
Je n'essaie pas de défendre une approche politique qui répartirait le financement également dans tout le pays sans tenir compte de la valeur des projets. Je crois en un système de concours qui récompense l'originalité et la qualité des idées. Et justement, le système actuel est fondé sur la concurrence; il octroie des subventions à des projets qui, de l'avis de juges spécialistes du domaine, se démarquent parmi les propositions reçues. En limitant le financement de recherche à une poignée d'universités, on diminuerait l'intensité de cette concurrence, et le Canada en souffrirait sûrement.
En résumé, un système universitaire à deux niveaux au Canada s'éloignerait des principes et des pratiques qui, en ce moment, soutiennent la diversité de nos forces en recherche sans brimer la quête de reconnaissance mondiale de l'élite. Le Canada devrait avoir comme priorité d'encourager et d'élargir notre participation à la course à l'innovation, et non de la restreindre.
Les universités du G5 (McGill, Montréal, Toronto, Alberta et Colombie-Britannique) se partagent déjà une grande partie des fonds publics disponibles. Leurs niveaux respectifs de financement par professeur les classent généralement parmi les cinq universités les plus actives en recherche au pays (même si l'Université de Montréal arrive à la sixième place du classement de 2007).
Il est évident que le Canada a besoin d'une stratégie nationale pour permettre à ses universités de recherche de remplir leur rôle vital en matière de découverte et d'innovation. En développant la connaissance, ces établissements stimulent la croissance économique, favorisent la prospérité, encouragent l'innovation, augmentent notre niveau de vie et protègent notre qualité de vie. De plus, leurs programmes d'études supérieures forment les professionnels qui aideront le Canada à se démarquer dans un monde très compétitif.
Coûts indirects
Le G5 fait lui-même partie du G13, groupe qui comprend l'Université d'Ottawa et qui cherche notamment à obtenir, au nom de toutes les universités de recherche canadiennes, le financement complet des coûts de recherche indirects et l'accroissement des investissements dans les conseils subventionnaires. Le G13 est d'avis que le Canada devrait offrir des niveaux de financement de recherche comparables à ceux qu'on voit sur la scène mondiale, et que toutes les universités de recherche du pays devraient continuer à compétitionner entre elles pour les subventions octroyées selon le mérite des propositions et l'évaluation par les pairs.
Mais serait-il judicieux de donner un statut particulier à une poignée d'universités, comme le suggère le G5, tout en fermant la porte à d'autres, qui mènent aussi des recherches de calibre mondial? Je crois que non, et ce, pour différentes raisons.
Classement éphémère
Tout d'abord, il est difficile de déterminer qui devrait faire partie du G5 quand on sait que le classement des universités peut changer chaque année. Par exemple, entre 2006 et 2007, l'Université d'Ottawa est passée de la cinquième à la septième place au classement des 50 plus grandes universités canadiennes de recherche. Ce léger recul est dû au fait que nous avons embauché un grand nombre de professeurs pour répondre à l'augmentation rapide de notre population étudiante.
Notre position dans ce palmarès remontera au fur et à mesure que ces nouveaux professeurs développeront leurs programmes de recherche. Mais voulons-nous vraiment fonder l'appartenance à un groupe privilégié, et donc l'accès à un financement accru, sur un classement éphémère? Nous pouvons sûrement trouver des bases plus solides pour appuyer une politique nationale en matière d'innovation.
Innovation
En deuxième lieu, les universités du G5 séparent la recherche de l'enseignement dans leurs arguments. Elles voudraient mettre l'accent sur la recherche et les études supérieures, tandis que les autres universités se concentreraient sur l'enseignement au premier cycle. Cette idée ne tient pas compte du fait que les meilleurs professeurs se servent de leurs recherches pour enrichir et orienter l'enseignement au premier cycle.
De plus, nombre d'entre eux sollicitent la participation d'étudiants de premier cycle à leurs travaux, rehaussant du même coup l'expérience universitaire de ces étudiants. En définitive, l'enseignement et la recherche sont complémentaires et sont partie intégrante du travail professoral; les deux activités sont essentielles au succès de la mission de nos universités.
En troisième lieu, la proposition des universités du G5 sous-estime les immenses contributions à l'innovation de nombreux campus exclus de leur cercle. En effet, la recherche canadienne présente une diversité souvent orientée par la géographie. Par exemple, alors que des scientifiques des régions côtières se spécialisent en biologie marine, d'autres se concentrent sur l'agriculture ou les céréales dans les Prairies. C'est d'ailleurs à ce type d'effort qu'on doit le canola, aujourd'hui l'une des plus importantes cultures commerciales en Amérique du Nord.
Système de concours
De plus, des grappes de recherche situées dans certaines universités canadiennes ont accéléré l'exploration de domaines précis. Pensons aux technologies biomédicales à Winnipeg, aux sciences de la vie à Halifax, au cinéma et au multimédia à Montréal, aux politiques publiques à Ottawa et à l'économie environnementale à Saskatoon. Une stratégie d'innovation nationale devrait encourager cette diversité des sources de savoir, et non l'éliminer.
Je n'essaie pas de défendre une approche politique qui répartirait le financement également dans tout le pays sans tenir compte de la valeur des projets. Je crois en un système de concours qui récompense l'originalité et la qualité des idées. Et justement, le système actuel est fondé sur la concurrence; il octroie des subventions à des projets qui, de l'avis de juges spécialistes du domaine, se démarquent parmi les propositions reçues. En limitant le financement de recherche à une poignée d'universités, on diminuerait l'intensité de cette concurrence, et le Canada en souffrirait sûrement.
En résumé, un système universitaire à deux niveaux au Canada s'éloignerait des principes et des pratiques qui, en ce moment, soutiennent la diversité de nos forces en recherche sans brimer la quête de reconnaissance mondiale de l'élite. Le Canada devrait avoir comme priorité d'encourager et d'élargir notre participation à la course à l'innovation, et non de la restreindre.
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