Au sujet de Claude Robinson
Isabelle Doré - Auteure
27 août 2009
Le verdict de la Cour supérieure est tombé hier pour Claude Robinson. Eût-il été différent que j'aurais écrit la même chose et je ne m'épancherai pas sur la décision du juge Auclair. J'ai cru en Claude dès le premier jour. J'étais membre du Conseil d'administration de la SARTEC (Société des auteurs de radio, télévision et cinéma) où il était venu demander de l'aide.
Puisqu'il s'en trouve toujours pour prétendre avoir écrit les chansons des Beatles, il faut toujours, dans ce genre de situation, se faire l'avocat du diable; faire justement comme les avocats, étudier méthodiquement le dossier avant de déterminer s'il faut ou non plonger. J'ai donc été mandatée par la SARTEC pour analyser tout ce qu'il y avait dans les cartons intitulés Robinson Curiosité: dessins, synopsis, maquettes, story-boards, etc. J'en suis sortie émue par le gigantisme de l'oeuvre de Claude et soufflée par les similitudes avec l'autre série intitulée Robinson Sucroé. Je pressentais toutefois que les choses pourraient s'éterniser.
Bien malgré moi, j'ai jadis développé une certaine expérience des rouages de la magistrature. Mon père, Fernand Doré, a vécu un procès l'opposant à Radio-Canada. La cause dura 25 ans et se rendit jusqu'en Cour suprême. Elle empoisonna tout à fait l'existence de celui qui avait pourtant bâti la section jeunesse de Radio-Canada, celle dont on dit encore qu'elle fut son Âge d'or, avec des séries fondatrices comme La Boîte à surprises, Le Pirate Maboule, Piccolo, Fanfreluche, Iberville, etc.
L'immense talent de mon père était de reconnaître celui des autres. Malheureusement, il n'était pas pour autant dénué de défauts. Ambitieux, il travaillait le soir pour un des rares producteurs privés de l'époque. Justement parce qu'ils étaient rares, c'est de ce producteur privé que la société d'État achetait ses intermèdes. De facto, pour mon père, il y avait apparence de conflit d'intérêts.
L'affaire ne justifiait pas 25 ans de galère, mais la vie prend parfois des routes tortueuses, et la justice aussi. Le procureur général du Canada finira par ne retenir que des peccadilles contre mon père en concluant que son plus grand tort avait été, en tant que fonctionnaire de l'État, de n'avoir pas prévenu son supérieur avant d'aller voir ailleurs.
Cela n'a jamais rien enlevé à son talent, et si j'en parle aujourd'hui, c'est aussi pour dire que si le créateur Claude Robinson avait vécu à une autre époque, c'est à mon papa qu'il aurait proposé son Robinson Curiosité et plusieurs générations d'enfants auraient pu en profiter. C'est ce qui me désolera toujours dans cette histoire parce que les plagiaires les plus habiles n'ont rien à dire, au fond, et ne font que copier la forme en boudant le fond.
Claude a beaucoup souffert et j'aurais aimé pouvoir l'aider davantage, mais qu'il obtienne grande ou petite réparation, on a privé plusieurs générations d'enfants d'une oeuvre qui aurait fait la fierté de mon père par ses qualités artistiques et éducatives. Ces enfants-là seront toujours les grands perdants de l'histoire.
Puisqu'il s'en trouve toujours pour prétendre avoir écrit les chansons des Beatles, il faut toujours, dans ce genre de situation, se faire l'avocat du diable; faire justement comme les avocats, étudier méthodiquement le dossier avant de déterminer s'il faut ou non plonger. J'ai donc été mandatée par la SARTEC pour analyser tout ce qu'il y avait dans les cartons intitulés Robinson Curiosité: dessins, synopsis, maquettes, story-boards, etc. J'en suis sortie émue par le gigantisme de l'oeuvre de Claude et soufflée par les similitudes avec l'autre série intitulée Robinson Sucroé. Je pressentais toutefois que les choses pourraient s'éterniser.
Bien malgré moi, j'ai jadis développé une certaine expérience des rouages de la magistrature. Mon père, Fernand Doré, a vécu un procès l'opposant à Radio-Canada. La cause dura 25 ans et se rendit jusqu'en Cour suprême. Elle empoisonna tout à fait l'existence de celui qui avait pourtant bâti la section jeunesse de Radio-Canada, celle dont on dit encore qu'elle fut son Âge d'or, avec des séries fondatrices comme La Boîte à surprises, Le Pirate Maboule, Piccolo, Fanfreluche, Iberville, etc.
L'immense talent de mon père était de reconnaître celui des autres. Malheureusement, il n'était pas pour autant dénué de défauts. Ambitieux, il travaillait le soir pour un des rares producteurs privés de l'époque. Justement parce qu'ils étaient rares, c'est de ce producteur privé que la société d'État achetait ses intermèdes. De facto, pour mon père, il y avait apparence de conflit d'intérêts.
L'affaire ne justifiait pas 25 ans de galère, mais la vie prend parfois des routes tortueuses, et la justice aussi. Le procureur général du Canada finira par ne retenir que des peccadilles contre mon père en concluant que son plus grand tort avait été, en tant que fonctionnaire de l'État, de n'avoir pas prévenu son supérieur avant d'aller voir ailleurs.
Cela n'a jamais rien enlevé à son talent, et si j'en parle aujourd'hui, c'est aussi pour dire que si le créateur Claude Robinson avait vécu à une autre époque, c'est à mon papa qu'il aurait proposé son Robinson Curiosité et plusieurs générations d'enfants auraient pu en profiter. C'est ce qui me désolera toujours dans cette histoire parce que les plagiaires les plus habiles n'ont rien à dire, au fond, et ne font que copier la forme en boudant le fond.
Claude a beaucoup souffert et j'aurais aimé pouvoir l'aider davantage, mais qu'il obtienne grande ou petite réparation, on a privé plusieurs générations d'enfants d'une oeuvre qui aurait fait la fierté de mon père par ses qualités artistiques et éducatives. Ces enfants-là seront toujours les grands perdants de l'histoire.
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