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Il n'y a plus de poisson!

Jean-Robert Sansfaçon   28 avril 2003 
Le ministre fédéral des Pêches, Robert Thibault, aura attendu que les élections québécoises soient passées pour annoncer la fin de la pêche à la morue dans le golfe Saint-Laurent et sur les côtes de Terre-Neuve. La nouvelle n'aurait sans doute rien changé aux résultats électoraux, mais elle aurait certainement fourni des munitions aux candidats de la région.

Quoi qu'il en soit, la décision est maintenant connue: les quelques centaines de pêcheurs de poisson de fond du Québec et leurs collègues plus nombreux de Terre-Neuve sont au chômage pour une durée qui pourrait s'éterniser. Car si l'on se fie aux observations des experts, loin de se reconstituer depuis la fin du premier moratoire, il y a cinq ans, les stocks de morue n'ont pas cessé de se détériorer. Du nombre de poissons en âge de se reproduire, il ne resterait plus que 2 % par rapport aux observations des années quatre-vingt. Même la reprise très prudente de la pêche à bord d'embarcations de petite taille, comme on la pratiquait à nouveau depuis peu, représente un risque significatif pour cette ressource dont on craint désormais la disparition définitive de la région.

Personne ne connaît avec précision la cause du drame. Des dizaines de raisons sont avancées dont les plus fréquentes sont la surpêche pratiquée pendant quelques décennies, la présence des phoques en trop grand nombre et le refroidissement des eaux de la zone.

Certaines associations de pêcheurs refusent la décision fédérale. Elles auraient souhaité qu'Ottawa maintienne le statu quo, c'est-à-dire une pêche à échelle réduite, au pire qu'il comprime les quotas de moitié. On les comprend, la pêche étant le gagne-pain et le mode de vie de milliers de familles qui habitent la côte depuis des centaines d'années. Mais la réalité est brutale: il n'y a tout simplement plus de poisson! Ni morue, ni hareng, ni turbot, ni «poisson rouge», comme disent les pêcheurs. Même le crabe est en perte de vitesse dans certaines zones depuis qu'Ottawa autorise les pêcheurs de fond à en capturer davantage en guise de compensation. Une politique que les crabiers dénoncent à leur tour, eux qui risquent d'avoir à vivre le même drame que leurs collègues si la situation se poursuit.

Pour venir en aide aux familles de pêcheurs ou d'ouvriers de transformation touchées par le moratoire, Ottawa injectera une quarantaine de millions dans des programmes d'emplois temporaires et autres mesures aussi efficaces qu'un sparadrap sur une jambe de bois. Pourtant, Ottawa est lui-même largement responsable de la crise. N'est-ce pas lui qui a distribué les permis et encouragé financièrement le développement d'une flotte commerciale prédatrice au cours des années d'abondance?

Au début de la décennie quatre-vingt-dix, des dizaines de milliers de familles ont vu leur vie bouleversée quand les autorités ont finalement pris la décision de décréter un moratoire dans l'espoir de favoriser la reconstitution des stocks. Maintenant que cet espoir semble plus lointain que jamais, Ottawa doit faire un pas de plus et dédommager plus généreusement qu'il ne se propose de le faire les pêcheurs affectés par le moratoire. C'est une question de justice sociale.

jrsansfacon@ledevoir.ca
 
 
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