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    Isotopes médicaux - Des solutions de rechange à l'utilisation du nucléaire

    22 août 2009 |Nicole Béland - Géologue
    Tous ceux qui s'opposent au développement du nucléaire depuis des lustres sont parfois déstabilisés ou fragilisés dans leurs convictions quand il est question de traitement de cancer par les isotopes médicaux. Tout le monde veut être traité dans les plus brefs délais avec les méthodes de pointe les plus efficaces, évidemment.

    Il s'agit d'un dossier complexe. Les isotopes médicaux ont été utilisés dans les diagnostics médicaux longtemps avant la découverte de la fission nucléaire. Ils ont d'abord été produits dans des cyclotrons ou accélérateurs de particules n'utilisant pas du tout d'uranium et ne produisant que très peu de déchets radioactifs, et alors, très faiblement radioactifs. Ces cyclotrons étaient la fierté de plusieurs centres de recherche universitaire. C'était au temps où le gouvernement investissait encore en recherche fondamentale.

    Par la suite est arrivée EACL (Énergie atomique Canada limitée), qui a travaillé très fort au cours des années à développer sa filiale très lucrative d'isotopes médicaux produits en réacteurs nucléaires. Assez futés, ces exploitants nucléaires! Comment rendre le nucléaire socialement acceptable si ce n'est en sauvant des vies?

    Utilisation des isotopes

    Les radio-isotopes utilisés en médecine le sont généralement pour la recherche médicale, le dépistage du cancer, la stérilisation des équipements médicaux et, beaucoup plus rarement, pour le traitement de certains cancers.

    Les isotopes médicaux les plus courants produits en réacteurs nucléaires sont le cobalt-60 et le molybdène-99. Le cobalt-60 est employé surtout pour l'irradiation de tumeurs et pour stériliser l'équipement médical. Le molybdenum-99 se dégrade en un isotope métastable appelé technetium-99m qui a une demi-vie de seulement six heures. Le technetium-99m est le radio-isotope par excellence utilisé pour plusieurs tests diagnostiques.

    Les rayons gamma de ce produit sont moins «agressifs» que ceux du cobalt-60; il est donc préféré car il donne de bonnes images diagnostiques en envoyant une moins forte dose de radiation au patient. Le problème, avec le Mo-99, c'est qu'il ne peut être produit qu'en réacteur nucléaire, et ce, en utilisant de l'uranium extrêmement enrichi. Enrichi à 95 %, c'est-à-dire au point d'être convoité par la non moins humaniste industrie de l'armement nucléaire.

    Incident

    À Chalk River, on produisait justement du Mo-99 avant que les problèmes commencent... Ce réacteur en arrêt indéfini, bien que nos élus parlent d'un arrêt de trois mois, aurait théoriquement dû prendre sa retraite en 2000. Mais tout comme les Québécois détroussés de leurs économies dans le scandale de la Caisse de dépôt, il doit reprendre du service pour encore dix ans malgré son usure et sa fatigue. La corrosion de ses parois a mené à un incident qualifié de «très légère fuite d'eau lourde» par un porte-parole officiel d'EACL. La fuite dans l'environnement s'est produite à la suite d'une panne d'électricité.

    Mais ce n'est pas la faute de ce réacteur quinquagénaire poussé à bout malgré les avertissements répétés de signes de «burn out» donnés par la très maternelle Linda Keen, présidente de la CCSN (Commission canadienne de sûreté nucléaire) jusqu'à ce qu'elle soit remerciée de ses services indéfiniment pour avoir accordé un congé de maladie à son protégé. Les deux réacteurs nouvellement construits, Maple 1 et Maple 2, qui devaient le relever de ses fonctions, ne sont pas fonctionnels et ne le seront probablement jamais malgré les sommes énormes investies.

    Un autre grave problème lié à l'utilisation de l'uranium enrichi à 95 % dans la production d'isotopes médicaux est celui de l'approvisionnement du réacteur. Aux États-Unis, l'Institut de contrôle nucléaire (NCI) s'est rendu jusqu'en cour pour empêcher la livraison d'uranium enrichi (HEU, highly enriched uranium) à Chalk River à cause d'une loi (the Schumer Amendment) qui a pour but d'arrêter toutes les exportations de HEU vers d'autres pays.

    EACL a été avertie par les autorités américaines de trouver d'autres façons de produire du Mo-99 qu'avec de l'uranium enrichi, mais elle n'a pas pris l'avertissement au sérieux.

    D'autres voies

    L'Université McGill produisait jadis tous ses isotopes médicaux dans un cyclotron situé sur le campus même de l'université à Montréal.

    Deux solutions de rechange au technetium-99m sont le thallium-206, qui peut être produit dans un cyclotron sans utiliser d'uranium, et les TEP-scans, qui se combinent avec un radio-isotope de courte durée appelé fluorine-18, radio-isotope également produit dans un cyclotron sans uranium.

    On se dit alors que ce n'est pas possible: pourquoi est-ce que tout le monde panique si des solutions de remplacement existent déjà?

    On vous dira que les TEP-scans sont dispendieux, bien qu'ils donnent souvent des résultats supérieurs au technetium-99m. Il est vrai qu'ils sont coûteux, soit deux ou trois millions de dollars pour un appareil. Si on examine bien les états financiers d'EACL, on apprend que 1,7 milliard de dollars ont été injectés dans le rafistolage de Chalk River depuis 2006 pour mener à... la crise actuelle. Pour le même montant, on aurait pu acheter 500 ou 600 TEP-scans, qui eux seraient opérationnels aujourd'hui. Et l'argent gaspillé sur les réacteurs MAPLE (530 millions de dollars) aurait permis l'achat de 170 TEP scans additionnels.

    Alors que les hôpitaux du Québec manquent cruellement d'isotopes, le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke a développé une technique qui pourrait permettre à plusieurs hôpitaux de limiter le nombre d'examens qu'ils doivent annuler. Au lieu des isotopes de type technétium-99, on utilise du fluorure de sodium pour faire des examens osseux. En plus de servir pour détecter des fractures cachées, il peut être employé pour des cas de cancer du sein et de la prostate.

    Le CHUS a mis en branle sa production de fluorure après la première crise d'isotopes en 2007. «On est le seul centre hospitalier à avoir mis ce projet en branle et on est bien contents aujourd'hui», dit le Dr Éric Turcotte, chef clinique du Centre d'imagerie médicale de Sherbrooke.

    L'établissement a décidé de hausser sa production pour aider d'autres hôpitaux qui le souhaitent. Le Centre hospitalier de Trois-Rivières fait déjà des examens à partir du fluorure produit à Sherbrooke. L'Hôtel-Dieu de Québec, l'Hôpital de Rimouski et même le CHUM

    ont également obtenu la permission de Santé Canada de se servir de ce produit. «On a les capacités requises pour approvisionner les 12 centres au Québec qui possèdent un TEP-scan, soutient le Dr Turcotte. On peut en produire trois fois par jour.»
     
     
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