Le mouvement communautaire s'autocensure-t-il à cause du financement gouvernemental?
Jacques Fournier - Organisateur communautaire retraité
11 août 2009
Les groupes communautaires devraient-ils s'impliquer davantage dans les débats sur la question nationale, les problèmes sociaux et les enjeux municipaux? Certains groupes ne sont-ils pas portés à s'autocensurer à cause du financement gouvernemental?
Les groupes communautaires ont toujours eu, au Québec, un rôle important dans la participation citoyenne et la perception anticipée des problèmes sociaux. Souvent, ce sont des groupes communautaires qui ont découvert les nouveaux besoins et mis en avant des pistes de solution. Les gouvernements ont par la suite «récupéré», au sens positif du terme, ces solutions et adopté des lois pour les mettre en vigueur, au bénéfice de toute la population.
Par exemple, ce sont les ACEF, les associations coopératives d'économie familiale, qui ont été les premières à jeter un éclairage cru sur les problèmes d'exploitation des consommateurs et, plusieurs années plus tard, le gouvernement a mis sur pied l'Office de la protection du consommateur (OPC). De même, les CLSC ont été créés par le législateur dans la foulée des cliniques populaires de santé de la fin des années 60, et les Bureaux d'aide juridique sont les descendants des cliniques juridiques populaires mises sur pied par les citoyens.
Les syndicats ont également joué ce rôle d'éclaireur social. Combien de projets de loi à saveur sociale et progressiste ont vu le jour grâce aux pressions syndicales: l'assurance santé, la loi sur le financement des partis politiques, le zonage agricole, etc. Ces projets de loi apportent des bénéfices non pas aux seuls syndiqués, mais à tous les citoyens.
Groupes communautaires et syndicats ont historiquement été des outils puissants de participation citoyenne: ils ont fait découvrir à leurs membres qu'unis, ils pouvaient, comme citoyens, mettre leur grain de sel dans les débats publics, avec confiance, avec un espoir réel que les choses puissent changer pour le mieux. Ils ont aidé les citoyens et citoyennes à combattre leur sentiment d'impuissance.
Les groupes qui se taisent
Les choses ont-elles changé sous ce rapport en 2009, comparativement aux années antérieures? Concernant les groupes communautaires, on observe parfois, dans certains groupes, une baisse de cette fonction de critique et de participation sociale. Comment cela peut-il s'expliquer?
Comparativement à il y a vingt ans, le gouvernement finance de plus en plus les groupes communautaires, qui assument toutes sortes de responsabilités pour une fraction du prix, considérant ce que cela coûterait si ces services étaient offerts par le secteur public. Par exemple, en 1991-1992, dans le secteur de la santé et des services sociaux, le gouvernement versait au PSOC (Programme de soutien aux organismes communautaires) la somme de 57 millions. En 2008-09, ce montant a été multiplié par sept et atteint 395 millions. Ce financement demeure par ailleurs insuffisant.
Grosso modo, pour la moitié des groupes, la croissance du financement gouvernemental n'a rien changé à leur fonction de critique sociale et de participation citoyenne. Mais malheureusement, environ la moitié des groupes en ont conclu, à tort selon moi, que ce financement accru leur enlevait le droit de prendre position et de se déployer dans la sphère publique, que ce soit concernant les dossiers sociaux, la question nationale québécoise, l'implication municipale, etc.
Nous avons besoin d'un mouvement citoyen fort. Nous avons besoin que tous les groupes communautaires, en plus de remplir adéquatement les mandats pour lesquels ils reçoivent, de façon pertinente, du financement gouvernemental, gardent leur autonomie et leur esprit critique et ne s'autocensurent pas dans leurs prises de position. Leur apport enrichit considérablement le fonctionnement démocratique de notre société.
Ce n'est pas de la nostalgie que de rappeler certains événements pas si lointains, car il faut toujours dénoncer les reculs de la démocratie, les faux progrès et les prétendues «modernisations».
Les groupes communautaires ont toujours eu, au Québec, un rôle important dans la participation citoyenne et la perception anticipée des problèmes sociaux. Souvent, ce sont des groupes communautaires qui ont découvert les nouveaux besoins et mis en avant des pistes de solution. Les gouvernements ont par la suite «récupéré», au sens positif du terme, ces solutions et adopté des lois pour les mettre en vigueur, au bénéfice de toute la population.
Par exemple, ce sont les ACEF, les associations coopératives d'économie familiale, qui ont été les premières à jeter un éclairage cru sur les problèmes d'exploitation des consommateurs et, plusieurs années plus tard, le gouvernement a mis sur pied l'Office de la protection du consommateur (OPC). De même, les CLSC ont été créés par le législateur dans la foulée des cliniques populaires de santé de la fin des années 60, et les Bureaux d'aide juridique sont les descendants des cliniques juridiques populaires mises sur pied par les citoyens.
Les syndicats ont également joué ce rôle d'éclaireur social. Combien de projets de loi à saveur sociale et progressiste ont vu le jour grâce aux pressions syndicales: l'assurance santé, la loi sur le financement des partis politiques, le zonage agricole, etc. Ces projets de loi apportent des bénéfices non pas aux seuls syndiqués, mais à tous les citoyens.
Groupes communautaires et syndicats ont historiquement été des outils puissants de participation citoyenne: ils ont fait découvrir à leurs membres qu'unis, ils pouvaient, comme citoyens, mettre leur grain de sel dans les débats publics, avec confiance, avec un espoir réel que les choses puissent changer pour le mieux. Ils ont aidé les citoyens et citoyennes à combattre leur sentiment d'impuissance.
Les groupes qui se taisent
Les choses ont-elles changé sous ce rapport en 2009, comparativement aux années antérieures? Concernant les groupes communautaires, on observe parfois, dans certains groupes, une baisse de cette fonction de critique et de participation sociale. Comment cela peut-il s'expliquer?
Comparativement à il y a vingt ans, le gouvernement finance de plus en plus les groupes communautaires, qui assument toutes sortes de responsabilités pour une fraction du prix, considérant ce que cela coûterait si ces services étaient offerts par le secteur public. Par exemple, en 1991-1992, dans le secteur de la santé et des services sociaux, le gouvernement versait au PSOC (Programme de soutien aux organismes communautaires) la somme de 57 millions. En 2008-09, ce montant a été multiplié par sept et atteint 395 millions. Ce financement demeure par ailleurs insuffisant.
Grosso modo, pour la moitié des groupes, la croissance du financement gouvernemental n'a rien changé à leur fonction de critique sociale et de participation citoyenne. Mais malheureusement, environ la moitié des groupes en ont conclu, à tort selon moi, que ce financement accru leur enlevait le droit de prendre position et de se déployer dans la sphère publique, que ce soit concernant les dossiers sociaux, la question nationale québécoise, l'implication municipale, etc.
Nous avons besoin d'un mouvement citoyen fort. Nous avons besoin que tous les groupes communautaires, en plus de remplir adéquatement les mandats pour lesquels ils reçoivent, de façon pertinente, du financement gouvernemental, gardent leur autonomie et leur esprit critique et ne s'autocensurent pas dans leurs prises de position. Leur apport enrichit considérablement le fonctionnement démocratique de notre société.
Ce n'est pas de la nostalgie que de rappeler certains événements pas si lointains, car il faut toujours dénoncer les reculs de la démocratie, les faux progrès et les prétendues «modernisations».
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

