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    Au-delà de l'amour

    3 août 2009 |Marc Ouimet - Étudiant à la maîtrise en histoire à l'UQAM et directeur général de la revue en ligne Le Panoptique
    Réponse à Jimmy Lee Gordon: Tout d'abord merci, M. Gordon, de m'éclairer de vos justes lumières sur le «vestige tribal» qu'est mon identité nationale, sur la «schizophrénie collective» qui m'oblige à «baragouiner» le français et sur «le chauvinisme et la stupidité» de vouloir se souvenir de son passé. Décidément, il me fallait bien un étudiant de lettres à McGill pour me renseigner sur tous ces horribles torts et travers de ma société.

    Permettez-moi cependant de douter de la justesse de votre analyse, voire de votre bonne foi, quand vous vous dites vous-même stagner «confortablement dans un bourbier de cynisme et d'indifférence». C'est là votre problème, Monsieur, et nous sommes en droit d'espérer que vous gardiez un peu de votre fiel littéraire pour vous-même, question de bon goût, de retenue, voire de respect pour une bonne partie de la population qui ne partage pas votre opinion. Vous me semblez sombrer dans l'enflure verbale un peu creuse et mesquine, à se demander en quoi cela favorise le dialogue et porte plus loin la réflexion sur le sujet.

    Pour parler sociologie, sachez d'abord que la nation n'est pas un concept transcendant, mais plutôt un concept immanent, puisqu'il s'appuie sur des caractéristiques identitaires objectives d'une population donnée, comme la langue, l'histoire, la culture, le sens d'un devenir commun. Rien de chauvin, en soi, là-dedans. Or, il est désormais classique de voir les détracteurs du nationalisme, pour en discréditer toute valeur, l'associer de facto aux pires atrocités commises en son nom. Étonnamment, ces gens ne parlent jamais des nombreux cas où le nationalisme a servi de vecteur d'émancipation pour des peuples colonisés, et les exemples sont au moins aussi nombreux que les atrocités nazies qu'on se plaît à ressasser. Discréditer quelque chose par son extrême n'est pas un argument, M. Gordon, mais au mieux un sophisme, sinon de la démagogie pure et simple. Ce n'est pas très rigoureux pour un universitaire.

    Le «juridisme fanatique» dont vous parlez semble bien renvoyer à la loi 101, si je ne m'abuse, bien que vous n'osiez pas la nommer. Encore une fois, vous enflez sérieusement, et cela n'aide en rien à la crédibilité de votre argumentaire. Alors, vous dites que ce ne sont pas les lois qui forment l'identité nationale sur laquelle vous crachez, mais bien l'amour de la langue? Monsieur, je peux bien aimer ma langue de tout mon coeur, mais, si je n'ai pas le droit de la parler sur mon lieu de travail, si on refuse de me servir dans ma langue quand je vais au restaurant ou au centre commercial, si les nouveaux arrivants ont le loisir de ne la pas parler, je vois difficilement comment cet amour empêchera ma langue — et ma culture — de disparaître sous peu.

    Si on vit bien au Québec, comme vous le dites, c'est justement parce que des balises ont été mises en place qui assurent le respect de l'identité d'un peuple largement minoritaire sur le continent nord-américain. Que vous le vouliez ou non, le peuple québécois n'existe pas seulement par sa culture distincte, il existe aussi par le politique qui lui a justement fourni les instruments de sa survie et, surtout, de son émancipation. Que vous n'ayez pas de mémoire, Monsieur, c'est votre affaire, mais ce n'est pas parce d'autres en ont qu'ils sont centrés sur eux-mêmes et moins équipés pour faire face aux défis contemporains. Au contraire, il en est certains pour penser qu'un tel ancrage fournit une grille de lecture particulière et unique qui participe de la richesse plurielle de l'humanité, à un dialogue entre les cultures qui profite d'une mise en commun d'expériences distinctes, dans le respect de la différence. Le respect, ai-je bien dit. Ce n'est pas en insultant les gens qu'on crée le dialogue, et encore moins qu'on trouve des solutions.

    Un petit conseil, M. Gordon: si vous voulez parler d'identité collective et surtout de nationalisme, il vaudrait mieux vous faire historien ou sociologue que littéraire — vos arguments auraient plus de poids et moins la teneur de figures de style boueuses et méprisantes.












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