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Rona avale Réno-Dépôt

Claude Turcotte   24 avril 2003 
Blanc bonnet et bonnet blanc. Quelques heures après l’annonce de l’acquisition des Réno-Dépôt du Québec et de l’Ontario par l’empire Rona, la différence entre ces deux types de quincailleries était chose du passé pour Anna Allaire de Mont
Photo : Jacques Nadeau
Blanc bonnet et bonnet blanc. Quelques heures après l’annonce de l’acquisition des Réno-Dépôt du Québec et de l’Ontario par l’empire Rona, la différence entre ces deux types de quincailleries était chose du passé pour Anna Allaire de Mont
Rona consolide sa position parmi les leaders de la quincaillerie-rénovation au Canada en faisant l'acquisition de Réno-Dépôt au montant de 350 millions. Cela portera le nombre de ses points de vente à 547, «depuis Saint-Pierre-et-Miquelon jusqu'à Vancouver». Et ce n'est pas fini, prévoit Robert Dutton, le président et chef de la direction, qui lance une invitation à tous les détaillants indépendants canadiens de venir rejoindre le groupe.

Avec l'acquisition des 20 magasins (14 au Québec et six en Ontario) de grande surface de Réno-Dépôt, qui sont tous rentables, Rona ajoute des revenus de 847 millions à son chiffre d'affaires, qui totalisera 3,7 milliards, selon les résultats combinés de 2002. Il ajoute aussi 4300 employés à son personnel, qui en comptera désormais 20 000.

Au fait, il n'est aucunement question de «rationalisation massive». «On aura besoin de tout le monde», assurent M. Dutton et son collègue Sylvain Toutant, lequel demeure pour l'instant le président de Réno-Dépôt, dont le propriétaire actuel est la société britannique Kingfisher, qui préfère concentrer ses activités sur le marché européen. Il faudra de quatre à cinq mois avant que le Bureau fédéral de la concurrence n'ait complété son examen du dossier et donné, croit-on d'ores et déjà, son accord à la transaction, qui en attendant fait l'objet d'une entente de principe.

Les deux entreprises ont convenu de comptabiliser leurs résultats à partir du 29 mars 2003 et de se mettre tout de suite à la tâche de revoir «l'architecture de leurs enseignes», de manière à mieux les ajuster les unes par rapport aux autres. On prévoit dès le départ un bon effet de synergie de 35 millions. Rona entend mettre Réno-Dépôt à contribution dans ses objectifs de croissance, qui sont encore considérables, même si le groupe a fait des bonds spectaculaires depuis le tournant du millénaire.

En 2000, il injectait 400 millions dans l'acquisition de Cashway en Ontario. En 2001, il payait 220 millions pour l'acquisition de Revy Home Centres en Colombie-Britannique, en se présentant dès lors comme le chef de la rénovation-quincaillerie au Canada. Il avait l'appui financier de la Caisse de dépôt et de la SGF. En 2002, il demandait et obtenait de ses marchands des modifications à ses règlements pour aller chercher plus de capitaux sur le marché public, ce qui lui ouvrait la porte au lancement d'une émission de 150 millions en prévision de futures acquisitions.

Avec l'arrivée de Réno-Dépôt, Rona aura une part de 14,9 % du marché canadien, en comparaison de

15 % pour Home Depot, de 13 % pour Home Hardware et de 12 % pour Canadian Tire. Au Québec, sa part de marché sera de 30 %, sans compter les revenus de distribution.

Cette acquisition sera financée pour l'instant par un syndicat, mais Rona pourrait modifier sa stratégie et procéder un peu plus tard à une émission publique si les conditions du marché lui semblaient favorables. Si la journée d'hier peut servir d'indice, le titre de Rona a clôturé à 15,45 $, en hausse de 1,35 $ ou de 9,57 %.

Rona entend exploiter toutes les avenues de croissance, aussi bien dans les grandes surfaces et les magasins corporatifs qu'avec les indépendants et les franchisés. Rona était sous-représenté dans la grande région de Montréal, une lacune que compensera Réno-Dépôt. «Nous faisons cette transaction pour être plus compétitif, de manière à en faire la meilleure entreprise au Canada dans cinq ans», déclare le président.

M. Dutton y voit en fait du bien pour tout le monde, les actionnaires bien sûr, mais aussi les employés, les fournisseurs et les consommateurs, qui y gagneront au change, affirme-t-il. À court terme, les consommateurs de Trois-Rivières, où le projet de Réno-Dépôt ne fait pas partie de l'acquisition, devront attendre. «Nous abandonnons le projet pour l'instant, mais pas la région», répond M. Toutant. Rona entend porter une attention particulière au corridor Québec-Windsor, où la densité de population est la plus forte, mais il pense aussi aux autres régions, notamment à l'ouest, un investissement de 25 millions est fait dans la construction d'un centre de distribution pour mieux servir les marchands indépendants.

Par ailleurs, l'acquisition des 20 établissements de la chaîne Réno-Dépôt par Rona a été accueillie sans grand enthousiasme hier par les organismes de défense des consommateurs, échaudés par les phénomènes récents de concentration dans le domaine du commerce de détail.

«Nous sommes toujours un peu craintifs face à une trop grande concentration, a commenté Charles Tanguay, porte-parole de l'Union des consommateurs. Dans le cas de la distribution alimentaire, par exemple, cette diminution de la concurrence n'a pas eu que des effets positifs. La diminution de l'offre de produits offerts aux consommateurs en est un très bon exemple. Même chose dans le domaine bancaire où les fusions et acquisitions n'ont guère fait baisser les frais. Il faut donc attendre pour voir... »

L'Union se réjouit toutefois du passage des quincailleries Réno-Dépôt — propriété britannique — sous le giron d'une entreprise québécoise qui favorise autant les grandes surfaces que les commerces de proximité. «L'acquisition inverse aurait pu mettre en péril ces commerces, a expliqué M. Tanguay. Et cela aurait été dommage, vu l'importance qu'ils occupent dans les villes comme les régions.»

Reste que, désormais, les fournisseurs qui espèrent placer leurs produits sur les étagères de ces grandes surfaces de la quincaillerie devront entretenir de très bonnes relations avec l'unique propriétaire, Rona, a fait remarquer Nathalie Michaud, d'Option consommateur. «Le président de l'entreprise estime que cet achat va être profitable pour les consommateurs, dit-elle. C'est le genre de promesse que l'on entend souvent en pareille circonstance. Mais j'ai bien peur qu'il ne faille pas le croire.»

Avec Fabien Deglise






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