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Les Expos, ou l'histoire sans fin

Jean Dion   23 avril 2003 
Les jeunes Arlène et David Rosenberg affichaient bien leurs couleurs hier soir pour assister au premier match des Expos de Montréal disputé au Stade olympique cette saison.
Photo : Jacques Nadeau
Les jeunes Arlène et David Rosenberg affichaient bien leurs couleurs hier soir pour assister au premier match des Expos de Montréal disputé au Stade olympique cette saison.
Ça commence à ressembler à un vieux trente-trois tours qui accroche, où Gerry Boulet tonitruerait à l'infini Toujours vivant. Hier, les Expos de Montréal, les orphelins entêtés du sport professionnel, disputaient un 35e match inaugural local. C'était aussi le cinquième dernier match du genre, si on tient compte du fait que depuis 1999, on annonce le débranchement de l'agonisant pour les mois à venir. Et les possibilités semblent désormais fortes qu'il ne s'agissait même pas du dernier dernier.

Dans le grand stade mal aimé, il y avait environ 35 000 spectateurs, dont au moins 25 000 auront disparu dès ce soir et pour le reste de la saison, à moins qu'un miracle ne se produise qui verrait l'équipe qui appartient à tout le monde et à personne en même temps continuer de trôner en tête de division pendant trois ou quatre mois. Remarquez, il en est qui y songent: les dirigeants du baseball majeur, sans doute las d'avoir eu l'air aussi fou aussi souvent ces derniers mois, ont déjà pris soin d'annoncer que si les Expos participaient aux séries éliminatoires, leurs matchs locaux seraient disputés à Montréal et non à San-Juan-de-Matha. Merci beaucoup.

35 000, donc, pour un énième baroud d'honneur, et peut-être aussi pour voir Éric Lucas lancer la première balle et les intellectuels de gauche de Star Académie chanter les hymnes nationaux, signer des autographes et nous rappeler que la citation apocryphe attribuée au vieux P. T. Barnum, «There's a sucker born every minute», ne s'est guère démodée en un siècle. Chose certaine, tous ces gens-là contenaient beaucoup d'applaudissements dans leur Ford intérieur, et ils ne se sont pas gênés pour les faire fuser, d'autant plus qu'on leur avait gracieusement remis des Thundersticks pour décupler le plaisir d'être là. Dommage, dans le cas de la balle, qu'une fois par année suffise.

Mais c'est bien une histoire sans fin, sans fin envisageable. Après que les Expos eurent passé la deuxième moitié des années 90 à sauter d'un tas de cendres à l'autre à coups de spectaculaires liquidations d'inventaire et qu'il fut devenu clair qu'il n'y aurait pas de nouveau stade aux frais des contribuables, le baseball majeur a agi comme il est dans ses habitudes de le faire: il a improvisé. Sans en examiner les conséquences, il a décrété la dissolution de l'équipe. On le saura, ça n'a pas marché. On avait seulement oublié qu'il y avait des tribunaux et un syndicat des joueurs.

Depuis quelques mois, l'air à la mode est le déménagement (en anglais, le mot clé est relocalisation, ça donne plus l'illusion qu'il y a quelqu'un dans les hautes sphères qui sait ce qu'il fait). Un quart de déménagement vers Puerto Rico a déjà été effectué, mais ce n'est qu'un sparadrap sur une pneumonie atypique. Le vrai déménagement reste à venir, et trois candidats sont en lice: Washington, le pittoresque nord de la Virginie et Portland (Oregon). Point commun: personne n'a de stade, et les contribuables et les propriétaires potentiels se font tirer l'oreille. On avait seulement oublié que lorsque tant d'équipes annoncent des déficits colossaux, il faut donner des garanties. Mais le baseball majeur est persuadé que tout le monde lui court après pour avoir l'inestimable privilège de posséder et d'encourager une équipe n'ayant aucune chance de faire concurrence aux Yankees.

Résultat: il est loin d'être certain que les Expos ne seront pas de retour à Montréal en 2004. Pour tout dire, une rumeur tenace circulant sous le manteau mais dont quelqu'un a obtenu copie veut que si le dossier n'est pas réglé cet été, les ligues majeures pourraient être tentées de laisser vivoter les Expos jusqu'en 2007, année de la fin de la présente convention collective liant les propriétaires aux joueurs, puis de les dissoudre, enfin.

De retour, mais dans quel état serait-ce? Déjà cette année, les Expos ont dû se départir de Bartolo Colon, et sans les matchs à P. Rico, ils auraient aussi dû le faire de Javier Vazquez puisque leur masse salariale est passée de 39 à 51 millions $US sous le seul effet des contrats à étages et de l'arbitrage. L'an prochain, ce pourrait être non pas de 22 mais de 40 matchs quelque part ailleurs qu'ils auront besoin.

À moins, bien sûr, que la masse ne diminue. Et c'est ce qui arrivera sans doute puisqu'à la fin de la présente saison, Vladimir Guerrero, celui que Sports Illustrated qualifie de joueur de position numéro 1 du baseball majeur, deviendra joueur autonome sans compensation. Et si vous pensez que les Expos seront dans la course pour lui faire signer un nouveau contrat, c'est que vous croyez trop aux fables ou regardez trop Star Académie ou les deux.

Sans Guerrero, puis l'année suivante sans Jose Vidro qui deviendra aussi autonome, les soirées s'annoncent longuettes au Stade. Faudrait en profiter pendant que.

Mais au risque de se répéter, quel gâchis, tout de même.
 
 
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