Le Musée d'art contemporain de Montréal a besoin d'un coup de barre
Maurice Forget - Membre à vie du Musée d'art contemporain de Montréal ancien, administrateur du Musée (1992-96) et ancien président de la Fondation du Musée (1991-96)
27 juillet 2009
L'actuelle controverse autour du (MACM) et en particulier les doléances du «Groupe des 80», maintenant passés, semble-t-il, à 110, soulèvent la nécessité d'une discussion en profondeur autour du statut de ce musée et de sa place dans le milieu québécois de la culture. La conclusion la plus affirmée de ces gens du milieu? Que le MACM a besoin d'une réforme fondamentale. En effet, le Québec mérite une institution d'importance nationale et internationale pour l'étude, la conservation et la présentation de l'art d'aujourd'hui.
Malgré ses 40 ans d'existence, le MACM doit encore se faire une place dans l'affection des Montréalais. Lorsqu'on compare la relative obscurité du MACM aux succès visibles et à répétition de son grand concurrent, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), les raisons d'une préférence pour ce dernier sautent aux yeux. La programmation du musée de la rue Sherbrooke est riche et changeante et offre des expositions raffinées et d'un intérêt plus que local. Les vernissages sont courus par toutes les tranches de la société montréalaise, créant autour de chaque nouvelle exposition un sens de l'événement et de l'exceptionnel. Fort de ses 40 000 membres, le MBAM offre, autour de ses expos, une panoplie d'événements attrayants, souvent placés sous les auspices d'une horde de bénévoles motivés. Les invitations, les catalogues et le magazine semestriel sont soignés et offrent un contenu sérieux et stimulant. La boutique et le restaurant du MBAM sont attirants. Des réceptions privées se tiennent plusieurs fois par semaine dans ses salles de réunion. C'est un musée de qualité internationale dont nous avons raison d'être fiers.
Pendant ce temps, à l'angle des rues Sainte-Catherine et Jeanne-Mance, le MACM, qui devrait lui aussi être un musée de haut calibre, n'arrive pas à se hausser au même niveau. Alors qu'il y a un engouement universel pour l'art contemporain, les Montréalais semblent indifférents à leur MACM. Les leaders du groupe de contestataires, dans leur deuxième lettre au président du CA du Musée, proposent plusieurs pistes de solution intéressantes. Même s'il est facile d'être d'accord avec leurs suggestions, il en ressort néanmoins une impression de simple réaménagement des ressources et une recherche de nouvelles façons de faire dans le même cadre, plutôt que l'ambitieux projet de réforme qu'on dit souhaiter. Pour en faire un grand musée, il faut donner au MACM des grands moyens.
Il importe donc d'identifier quelques changements fondamentaux à apporter:
- Améliorer le financement. Le ministère de la Culture et des Communications du Québec fournit au MACM plus de 90 % de son budget annuel, soit 9,75 millions sur un total de 11,2 millions. Comme ses deux soeurs à Québec, le Musée national des beaux-arts et le Musée de la civilisation, le MACM est un «musée d'État» du Québec. À titre de comparaison, les subventions du Québec à ces deux autres musées sont respectivement de 15 millions et de plus de 26 millions. La contribution de l'État au MACM n'a presque pas bougé depuis 15 ans, et son financement privé est négligeable et stagnant. Il faut absolument augmenter le financement et en diversifier les sources.
- Créer un immeuble plus grand et plus convivial. Dans l'euphorie du déménagement du MACM de la Cité du Havre au centre-ville en 1992, certains avaient déjà remarqué que le Musée était à l'étroit dans ses nouveaux lieux. Le bâtiment actuel est sans qualité particulière, simple contrefort à la limite ouest de la Place des Arts, sinon mur d'appui pour la fontaine en cascade de laquelle le Musée semble émerger. Paradoxalement, le parachèvement de la place des Festivals à côté du Musée, loin de rendre ce dernier plus présent, lui confère dans un rôle d'arrière-scène et diminue encore sa visibilité. Il est amusant de voir certaines photographies récentes de la façade du MACM, où une immense bannière a pour seul élément une énorme flèche servant à guider le visiteur vers une entrée autrement peu attirante.
Et ce n'est pas tout. Une fois à l'intérieur, le visiteur se retrouve dans une énorme rotonde vide et glaciale et il doit se faire indiquer le chemin pour monter aux étages. Ça prend un certain courage pour se rendre jusque-là. Et que dire de l'activité commerciale: la boutique n'est même pas située dans l'enceinte du Musée, alors que la librairie, exploitée par un concessionnaire, est enfouie, invisible, dans un sous-sol auquel on accède par un escalier long et peu invitant.
S'il est vrai que le projet d'expansion vers le silo no 5 est mort, alors il faut trouver les moyens (et les architectes de talent) pour agrandir le Musée sur son site actuel, tout en lui donnant une personnalité plus forte et une nouvelle convivialité.
- Enrichir la programmation. À cause du manque d'argent et d'espace, le MACM est incapable de montrer en permanence plus que quelques éléments de sa collection. Il y a certaines collections d'entreprises à Montréal qui présentent davantage d'oeuvres d'art contemporain que le MACM. Pour les mêmes raisons, le MACM ne peut accueillir d'intéressantes expositions itinérantes qui viennent d'ailleurs, et ses propres expositions sont condamnées à rester à l'affiche trop longtemps. Il n'y a presque plus de conférences, de films ou de colloques. Depuis peu, le CA du MACM n'a plus de comité de programmation: est-ce faute de matière? Même si ni la qualité des expositions ni le talent des conservateurs ne sont en cause, il est manifeste que le public reste sur sa faim.
- Renforcer le rôle des bénévoles et multiplier les contacts avec la communauté. Au MACM, seuls les employés accomplissent plusieurs tâches qui sont l'apanage de bénévoles dans les musées de l'Amérique du Nord, comme l'accompagnement des visites et l'aide à la bibliothèque. Il n'y a pas au MACM de tâches stimulantes à offrir à des bénévoles motivés. Il est clair que ce sont les conventions collectives et les conditions de travail du personnel qui sont la cause de cette situation. Tout comme elles empêchent aussi la venue au MACM de commissaires invités, pour le temps d'une exposition ou pour une «résidence» à plus long terme. Il faudrait donc renégocier les contrats qui imposent de telles contraintes dans un milieu de haute créativité.
Dans ses meilleures années, le MACM n'a jamais réussi à dépasser un millier de membres, et aujourd'hui il y en a moins que ça. Jusqu'en 2007, les membres étaient regroupés dans la Fondation du MACM qui organisait aussi les événements sociaux, dont un bal annuel et une vente aux enchères d'oeuvres d'art fort courue. Depuis deux ans, le MACM a limité le rôle de la Fondation à celui d'une caisse fiduciaire, en sabordant son conseil et en faisant assumer par le Musée l'organisation des événements sociaux. Il faut faire revivre cet outil plus que valable de financement et d'appartenance, qui constitue l'un des rares points de contact entre le Musée et la communauté.
- Obtenir un nouveau statut juridique. Le MACM n'aurait pas à souffrir de son statut de musée d'État si l'État en question, le gouvernement du Québec, lui accordait un financement digne de notre vitalité culturelle. Dans plusieurs pays d'Europe, les musées nationaux sont considérés comme des symboles du prestige national et ils sont financés à l'avenant. Ce n'est pas le cas du MACM.
Les neuf administrateurs du Musée, et nommément son président, sont désignés directement par la ministre de la Culture et des Communications. Alors que le MBAM possède, comme nous l'avons dit, un bassin de 40 000 membres pour doter ses deux conseils d'administration (celui du musée et celui de sa fondation) d'un total de 48 enthousiastes administrateurs choisis parmi les gens d'affaires, artistes, philanthropes et collectionneurs, les neuf membres du CA du MACM sont là soit parce qu'ils ont été proposés par la direction ou les administrateurs en place, ou encore parce qu'ils sont connus du monde politique. Cela n'en fait pas pour autant de mauvais administrateurs, mais il n'y a pas d'attentes spécifiques à leur endroit, et ils ne sont pas redevables de leur mandat à un «membership» exigeant ou à une direction ambitieuse.
Le MACM a appris à vivre avec son budget anémique, obtenu année après année sans effort mais aussi sans progression. Sauf à l'époque de la construction de son immeuble actuel, le Musée ne s'est pas senti obligé de se rapprocher des milieux de la philanthropie. La composition du CA reflète cette situation, avec une absence notoire de représentants de la grande entreprise, du mécénat privé, des institutions financières, voire des artistes, mais surtout d'individus qui sont connus pour les retours d'ascenseur philanthropiques.
Il est souhaitable que le MCAM recherche un nouveau statut «mixte», comme le MBAM: en échange d'une subvention annuelle (accrue, nous l'espérons), le gouvernement obtiendrait le droit de nommer une minorité seulement du CA. Et le MACM irait chercher les autres en s'ouvrant à la communauté et à la philanthropie, et en choisissant le nombre et les compétences de ses administrateurs qui conviennent aux besoins.
Comme le gouvernement du Québec, propriétaire des lieux, n'a pas encore manifesté le désir de donner un grand coup de barre, c'est à l'intérieur du Musée qu'il faut chercher la volonté de changement. Il reviendrait donc au CA et à la direction du Musée de donner le ton, et au premier chef, au directeur. La tâche de diriger un musée à notre époque devient de plus en plus complexe. Les directeurs, en plus d'être savants, doivent être des gestionnaires hors pair, des communicateurs éloquents et des séducteurs du public, des donateurs, des subventionneurs et des gouvernements. Ils doivent s'occuper des ressources humaines et des finances. Ils doivent pouvoir instruire les membres du CA sur les attentes de l'institution à leur endroit, et non l'inverse. Aux États-Unis, les postes de direction dans les grands musées restent vacants longtemps alors qu'on cherche la perle rare. Le public admire les Thomas Hoving et Philippe de Montebello ou, plus près de chez nous, Glenn Lowry, le Canadien qui dirige le MOMA à New York ou Matthew Teitelbaum, qui vient de piloter la transformation complète du Art Gallery of Ontario, à Toronto. On ne peut assez insister sur l'importance primordiale des choix de recrutement dans les grands musées.
Il importe donc d'être ambitieux pour le MACM. D'autres intervenants, Culture Montréal par exemple, ainsi que la classe politique, doivent aussi s'intéresser à la question puisque toute inertie dans ce dossier fera perdre à Montréal l'avantage qu'elle a d'héberger le premier musée d'art contemporain au Canada et encore celui qui est le plus apte à briller sur les scènes nationale et internationale.
C'est dans ce contexte de réinvention du MACM qu'il faut analyser la nomination de Paulette Gagnon à la tête du Musée, ainsi que le processus qui a mené à cette décision. Car, sans une réflexion profonde sur le rôle et le statut du Musée dans l'ensemble des équipements culturels nationaux et sans un solide plan d'action, il sera difficile d'établir un consensus autour de la personne qui devrait occuper le poste de directeur, et tout aussi difficile pour celui qui l'occupe de faire sa marque en portant le Musée vers l'accomplissement de sa vraie destinée.
Malgré ses 40 ans d'existence, le MACM doit encore se faire une place dans l'affection des Montréalais. Lorsqu'on compare la relative obscurité du MACM aux succès visibles et à répétition de son grand concurrent, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), les raisons d'une préférence pour ce dernier sautent aux yeux. La programmation du musée de la rue Sherbrooke est riche et changeante et offre des expositions raffinées et d'un intérêt plus que local. Les vernissages sont courus par toutes les tranches de la société montréalaise, créant autour de chaque nouvelle exposition un sens de l'événement et de l'exceptionnel. Fort de ses 40 000 membres, le MBAM offre, autour de ses expos, une panoplie d'événements attrayants, souvent placés sous les auspices d'une horde de bénévoles motivés. Les invitations, les catalogues et le magazine semestriel sont soignés et offrent un contenu sérieux et stimulant. La boutique et le restaurant du MBAM sont attirants. Des réceptions privées se tiennent plusieurs fois par semaine dans ses salles de réunion. C'est un musée de qualité internationale dont nous avons raison d'être fiers.
Pendant ce temps, à l'angle des rues Sainte-Catherine et Jeanne-Mance, le MACM, qui devrait lui aussi être un musée de haut calibre, n'arrive pas à se hausser au même niveau. Alors qu'il y a un engouement universel pour l'art contemporain, les Montréalais semblent indifférents à leur MACM. Les leaders du groupe de contestataires, dans leur deuxième lettre au président du CA du Musée, proposent plusieurs pistes de solution intéressantes. Même s'il est facile d'être d'accord avec leurs suggestions, il en ressort néanmoins une impression de simple réaménagement des ressources et une recherche de nouvelles façons de faire dans le même cadre, plutôt que l'ambitieux projet de réforme qu'on dit souhaiter. Pour en faire un grand musée, il faut donner au MACM des grands moyens.
Il importe donc d'identifier quelques changements fondamentaux à apporter:
- Améliorer le financement. Le ministère de la Culture et des Communications du Québec fournit au MACM plus de 90 % de son budget annuel, soit 9,75 millions sur un total de 11,2 millions. Comme ses deux soeurs à Québec, le Musée national des beaux-arts et le Musée de la civilisation, le MACM est un «musée d'État» du Québec. À titre de comparaison, les subventions du Québec à ces deux autres musées sont respectivement de 15 millions et de plus de 26 millions. La contribution de l'État au MACM n'a presque pas bougé depuis 15 ans, et son financement privé est négligeable et stagnant. Il faut absolument augmenter le financement et en diversifier les sources.
- Créer un immeuble plus grand et plus convivial. Dans l'euphorie du déménagement du MACM de la Cité du Havre au centre-ville en 1992, certains avaient déjà remarqué que le Musée était à l'étroit dans ses nouveaux lieux. Le bâtiment actuel est sans qualité particulière, simple contrefort à la limite ouest de la Place des Arts, sinon mur d'appui pour la fontaine en cascade de laquelle le Musée semble émerger. Paradoxalement, le parachèvement de la place des Festivals à côté du Musée, loin de rendre ce dernier plus présent, lui confère dans un rôle d'arrière-scène et diminue encore sa visibilité. Il est amusant de voir certaines photographies récentes de la façade du MACM, où une immense bannière a pour seul élément une énorme flèche servant à guider le visiteur vers une entrée autrement peu attirante.
Et ce n'est pas tout. Une fois à l'intérieur, le visiteur se retrouve dans une énorme rotonde vide et glaciale et il doit se faire indiquer le chemin pour monter aux étages. Ça prend un certain courage pour se rendre jusque-là. Et que dire de l'activité commerciale: la boutique n'est même pas située dans l'enceinte du Musée, alors que la librairie, exploitée par un concessionnaire, est enfouie, invisible, dans un sous-sol auquel on accède par un escalier long et peu invitant.
S'il est vrai que le projet d'expansion vers le silo no 5 est mort, alors il faut trouver les moyens (et les architectes de talent) pour agrandir le Musée sur son site actuel, tout en lui donnant une personnalité plus forte et une nouvelle convivialité.
- Enrichir la programmation. À cause du manque d'argent et d'espace, le MACM est incapable de montrer en permanence plus que quelques éléments de sa collection. Il y a certaines collections d'entreprises à Montréal qui présentent davantage d'oeuvres d'art contemporain que le MACM. Pour les mêmes raisons, le MACM ne peut accueillir d'intéressantes expositions itinérantes qui viennent d'ailleurs, et ses propres expositions sont condamnées à rester à l'affiche trop longtemps. Il n'y a presque plus de conférences, de films ou de colloques. Depuis peu, le CA du MACM n'a plus de comité de programmation: est-ce faute de matière? Même si ni la qualité des expositions ni le talent des conservateurs ne sont en cause, il est manifeste que le public reste sur sa faim.
- Renforcer le rôle des bénévoles et multiplier les contacts avec la communauté. Au MACM, seuls les employés accomplissent plusieurs tâches qui sont l'apanage de bénévoles dans les musées de l'Amérique du Nord, comme l'accompagnement des visites et l'aide à la bibliothèque. Il n'y a pas au MACM de tâches stimulantes à offrir à des bénévoles motivés. Il est clair que ce sont les conventions collectives et les conditions de travail du personnel qui sont la cause de cette situation. Tout comme elles empêchent aussi la venue au MACM de commissaires invités, pour le temps d'une exposition ou pour une «résidence» à plus long terme. Il faudrait donc renégocier les contrats qui imposent de telles contraintes dans un milieu de haute créativité.
Dans ses meilleures années, le MACM n'a jamais réussi à dépasser un millier de membres, et aujourd'hui il y en a moins que ça. Jusqu'en 2007, les membres étaient regroupés dans la Fondation du MACM qui organisait aussi les événements sociaux, dont un bal annuel et une vente aux enchères d'oeuvres d'art fort courue. Depuis deux ans, le MACM a limité le rôle de la Fondation à celui d'une caisse fiduciaire, en sabordant son conseil et en faisant assumer par le Musée l'organisation des événements sociaux. Il faut faire revivre cet outil plus que valable de financement et d'appartenance, qui constitue l'un des rares points de contact entre le Musée et la communauté.
- Obtenir un nouveau statut juridique. Le MACM n'aurait pas à souffrir de son statut de musée d'État si l'État en question, le gouvernement du Québec, lui accordait un financement digne de notre vitalité culturelle. Dans plusieurs pays d'Europe, les musées nationaux sont considérés comme des symboles du prestige national et ils sont financés à l'avenant. Ce n'est pas le cas du MACM.
Les neuf administrateurs du Musée, et nommément son président, sont désignés directement par la ministre de la Culture et des Communications. Alors que le MBAM possède, comme nous l'avons dit, un bassin de 40 000 membres pour doter ses deux conseils d'administration (celui du musée et celui de sa fondation) d'un total de 48 enthousiastes administrateurs choisis parmi les gens d'affaires, artistes, philanthropes et collectionneurs, les neuf membres du CA du MACM sont là soit parce qu'ils ont été proposés par la direction ou les administrateurs en place, ou encore parce qu'ils sont connus du monde politique. Cela n'en fait pas pour autant de mauvais administrateurs, mais il n'y a pas d'attentes spécifiques à leur endroit, et ils ne sont pas redevables de leur mandat à un «membership» exigeant ou à une direction ambitieuse.
Le MACM a appris à vivre avec son budget anémique, obtenu année après année sans effort mais aussi sans progression. Sauf à l'époque de la construction de son immeuble actuel, le Musée ne s'est pas senti obligé de se rapprocher des milieux de la philanthropie. La composition du CA reflète cette situation, avec une absence notoire de représentants de la grande entreprise, du mécénat privé, des institutions financières, voire des artistes, mais surtout d'individus qui sont connus pour les retours d'ascenseur philanthropiques.
Il est souhaitable que le MCAM recherche un nouveau statut «mixte», comme le MBAM: en échange d'une subvention annuelle (accrue, nous l'espérons), le gouvernement obtiendrait le droit de nommer une minorité seulement du CA. Et le MACM irait chercher les autres en s'ouvrant à la communauté et à la philanthropie, et en choisissant le nombre et les compétences de ses administrateurs qui conviennent aux besoins.
Comme le gouvernement du Québec, propriétaire des lieux, n'a pas encore manifesté le désir de donner un grand coup de barre, c'est à l'intérieur du Musée qu'il faut chercher la volonté de changement. Il reviendrait donc au CA et à la direction du Musée de donner le ton, et au premier chef, au directeur. La tâche de diriger un musée à notre époque devient de plus en plus complexe. Les directeurs, en plus d'être savants, doivent être des gestionnaires hors pair, des communicateurs éloquents et des séducteurs du public, des donateurs, des subventionneurs et des gouvernements. Ils doivent s'occuper des ressources humaines et des finances. Ils doivent pouvoir instruire les membres du CA sur les attentes de l'institution à leur endroit, et non l'inverse. Aux États-Unis, les postes de direction dans les grands musées restent vacants longtemps alors qu'on cherche la perle rare. Le public admire les Thomas Hoving et Philippe de Montebello ou, plus près de chez nous, Glenn Lowry, le Canadien qui dirige le MOMA à New York ou Matthew Teitelbaum, qui vient de piloter la transformation complète du Art Gallery of Ontario, à Toronto. On ne peut assez insister sur l'importance primordiale des choix de recrutement dans les grands musées.
Il importe donc d'être ambitieux pour le MACM. D'autres intervenants, Culture Montréal par exemple, ainsi que la classe politique, doivent aussi s'intéresser à la question puisque toute inertie dans ce dossier fera perdre à Montréal l'avantage qu'elle a d'héberger le premier musée d'art contemporain au Canada et encore celui qui est le plus apte à briller sur les scènes nationale et internationale.
C'est dans ce contexte de réinvention du MACM qu'il faut analyser la nomination de Paulette Gagnon à la tête du Musée, ainsi que le processus qui a mené à cette décision. Car, sans une réflexion profonde sur le rôle et le statut du Musée dans l'ensemble des équipements culturels nationaux et sans un solide plan d'action, il sera difficile d'établir un consensus autour de la personne qui devrait occuper le poste de directeur, et tout aussi difficile pour celui qui l'occupe de faire sa marque en portant le Musée vers l'accomplissement de sa vraie destinée.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

