Le désordre irakien
Serge Truffaut
23 avril 2003
Entre autres enseignements, l'histoire nous apprend que toute sortie de guerre est immanquablement tortueuse ou bancale. À l'instar de ce qui fut constaté en Algérie, en ex-Yougoslavie ou ailleurs, il fallait s'attendre à ce que l'après-guerre immédiat en Irak ne fasse pas exception. La politique ayant horreur du vide, il était normal qu'il y ait cafouillage. Cela étant, il y a peut-être lieu de s'étonner que le cafouillage soit si prononcé sur le front politique.
Qu'on y songe: à peine débarqué à Bagdad, l'administrateur civil choisi par le Pentagone, l'ex-général Jay Garner, a appris que lui et ses proches collaborateurs avait... un concurrent! Cet épisode mérite d'être conté par le menu. En effet, les membres du Congrès national irakien (CNI) ont décidé de doubler l'administration Bush en choisissant celui qu'ils considéraient comme étant la personne la plus apte à gouverner Bagdad. Il s'appelle Mohsen Zoubaïdi. Washington avait choisi l'ex-ambassadrice du Yémen? Le CNI lui répond Zoubaïdi qui, soit dit en passant, s'est empressé d'annoncer la composition de 22 comités chargés de superviser autant de secteurs.
Ce quiproquo doit d'autant plus fâcher le Pentagone que le CNI est sa chose, son objet, sa création. Cela fait une douzaine d'années maintenant que les bonzes du Pentagone ont regroupé, cajolé et protégé un certain nombre d'exilés irakiens au sein du CNI. Et voilà que, Saddam Hussein enfin chassé, le CNI affiche une volonté d'indépendance qui n'était certainement pas prévue par Washington. La meilleure, si on ose dire, est la suivante: le président du CNI, Ahmed Chalabi, un protégé de Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz, les deux patrons du Pentagone, n'a pas assisté à la première rencontre consacrée à la préparation de l'après-Saddam.
On le voit, la scène politique est encombrée de désordres. Économiquement, il en va également ainsi. Car à peine Zoubaïdi s'est-il autoproclamé gouverneur de Bagdad qu'il a nommé un exilé, un ex-général, chef de mission auprès de l'OPEP. Ce dernier devrait participer aujourd'hui aux délibérations de l'OPEP flanqué de quatre hauts fonctionnaires que Saddam Hussein avait choisis pour diriger la société d'État irakienne du pétrole. Sur ce flan, il faut s'attendre à un sacré bras-de-fer entre les compagnies américaines qui ont fait de Chalabi leur champion et les multinationales anglo-néerlandaises, Shell et BP, qui comptent sur un ex-banquier siégeant au CNI pour faire main basse sur l'or noir irakien.
Curieusement, la foire d'empoigne qui distingue la période actuelle devrait permettre à Colin Powell de retrouver une certaine marge de manoeuvre. On se souviendra que c'est bel et bien le Pentagone qui a choisi l'administrateur civil alors que le pouvoir en la matière appartient normalement au département d'État. Si l'administration de la guerre est l'affaire du Pentagone, celle de la paix revient normalement aux diplomates. Tant et aussi longtemps qu'on n'aura pas redistribué les rôles, on favorisera un certain désordre.
Qu'on y songe: à peine débarqué à Bagdad, l'administrateur civil choisi par le Pentagone, l'ex-général Jay Garner, a appris que lui et ses proches collaborateurs avait... un concurrent! Cet épisode mérite d'être conté par le menu. En effet, les membres du Congrès national irakien (CNI) ont décidé de doubler l'administration Bush en choisissant celui qu'ils considéraient comme étant la personne la plus apte à gouverner Bagdad. Il s'appelle Mohsen Zoubaïdi. Washington avait choisi l'ex-ambassadrice du Yémen? Le CNI lui répond Zoubaïdi qui, soit dit en passant, s'est empressé d'annoncer la composition de 22 comités chargés de superviser autant de secteurs.
Ce quiproquo doit d'autant plus fâcher le Pentagone que le CNI est sa chose, son objet, sa création. Cela fait une douzaine d'années maintenant que les bonzes du Pentagone ont regroupé, cajolé et protégé un certain nombre d'exilés irakiens au sein du CNI. Et voilà que, Saddam Hussein enfin chassé, le CNI affiche une volonté d'indépendance qui n'était certainement pas prévue par Washington. La meilleure, si on ose dire, est la suivante: le président du CNI, Ahmed Chalabi, un protégé de Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz, les deux patrons du Pentagone, n'a pas assisté à la première rencontre consacrée à la préparation de l'après-Saddam.
On le voit, la scène politique est encombrée de désordres. Économiquement, il en va également ainsi. Car à peine Zoubaïdi s'est-il autoproclamé gouverneur de Bagdad qu'il a nommé un exilé, un ex-général, chef de mission auprès de l'OPEP. Ce dernier devrait participer aujourd'hui aux délibérations de l'OPEP flanqué de quatre hauts fonctionnaires que Saddam Hussein avait choisis pour diriger la société d'État irakienne du pétrole. Sur ce flan, il faut s'attendre à un sacré bras-de-fer entre les compagnies américaines qui ont fait de Chalabi leur champion et les multinationales anglo-néerlandaises, Shell et BP, qui comptent sur un ex-banquier siégeant au CNI pour faire main basse sur l'or noir irakien.
Curieusement, la foire d'empoigne qui distingue la période actuelle devrait permettre à Colin Powell de retrouver une certaine marge de manoeuvre. On se souviendra que c'est bel et bien le Pentagone qui a choisi l'administrateur civil alors que le pouvoir en la matière appartient normalement au département d'État. Si l'administration de la guerre est l'affaire du Pentagone, celle de la paix revient normalement aux diplomates. Tant et aussi longtemps qu'on n'aura pas redistribué les rôles, on favorisera un certain désordre.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

