Lettres: Le confort de l'indifférence
Samuel Trudeau - Professeur d'histoire au cégep de Maisonneuve et au collège de Valleyfield, avril 2003
23 avril 2003
«Ils ont voté, et puis après?», disait Ferré. Et puis après... c'est la catastrophe. Ce que je craignais se réalise. Les Québécois ont complètement sombré dans ce qu'Arcand appelait «le confort et l'indifférence». Comment ont-ils pu être aveuglés par une campagne aussi prévisible que celle de Jean Charest? On crie au génie, mais pourtant, ce dernier nous a sorti les sempiternels clichés des libéraux: la peur de la souveraineté, la critique de l'interventionnisme économique, les bonnes vieilles promesses non chiffrés ou le vieux discours du «vous verrez l'an prochain», une sirupeuse apologie de l'engagement de son épouse Michou, etc.
Sommes-nous à ce point cons? Ce parti moribond, corrompu de Taschereau à Bourassa, ce parti qu'on disait en déclin chez les francophones triomphe en faisant passer l'ADQ pour un rassemblement de poujadistes et le PQ pour le Front populaire de Léon Blum. La même campagne qu'en 1940, avec Stéphane Dion tenant le rôle d'Ernest Lapointe. C'est ça, l'avenir du Québec: la réaction et les «défusions».
Je suis un prof d'histoire de 32 ans et je me demande où sont passés les bâtisseurs de rêves de la Révolution tranquille pendant ces élections. Êtes-vous toujours ces visionnaires engagés ou êtes-vous au contraire devenus une génération passée maître à sanctionner l'échec (deux référendums) et à museler la génération montante en vous agrippant à vos postes de direction quelques années de plus parce que la Bourse va mal? Je vois vos enfants dans mes classes et plusieurs sont complètement désintéressés par le Québec. Les admissions dans les cours d'histoire du Québec sont en chute libre dans la majorité des collèges et des universités francophones. Comment peut-on être fasciné par une société qui se refuse? Je me console en me disant que si le Québec ne les fait plus «tripper», c'est qu'ils se tournent vers le monde, ce qui serait plus que louable. Or Star Académie, cette horreur commise par la junte Quebecor Média, fait exploser l'audimat pendant que l'Irak s'embrase et que son peuple agonise.
Sommes-nous ce peuple frileux, qui change de cap à cause d'un scandale qui n'en est pas un, qui préfère les claquettes aux enjeux internationaux, qui vote à la tronche et aux sondages, qui méprise les intellectuels ou ceux qui osent réfléchir? Force est de reconnaître que la mise à mort de l'ADQ, parti dont je ne partage pas les idées mais qui a au moins eu le mérite de remettre en cause certains mythes, tend à prouver la thèse voulant qu'au pays du Québec depuis Murray, on préfère la tranquillité aux idées. Je ferai donc comme tant d'autres avant moi, les Godin, Aquin, Falardeau, et je grognerai dans mon coin en observant le ballet funeste de ce peuple bernard-l'ermite qui se cherche une planque de coquille vide en coquille vide.
Sommes-nous à ce point cons? Ce parti moribond, corrompu de Taschereau à Bourassa, ce parti qu'on disait en déclin chez les francophones triomphe en faisant passer l'ADQ pour un rassemblement de poujadistes et le PQ pour le Front populaire de Léon Blum. La même campagne qu'en 1940, avec Stéphane Dion tenant le rôle d'Ernest Lapointe. C'est ça, l'avenir du Québec: la réaction et les «défusions».
Je suis un prof d'histoire de 32 ans et je me demande où sont passés les bâtisseurs de rêves de la Révolution tranquille pendant ces élections. Êtes-vous toujours ces visionnaires engagés ou êtes-vous au contraire devenus une génération passée maître à sanctionner l'échec (deux référendums) et à museler la génération montante en vous agrippant à vos postes de direction quelques années de plus parce que la Bourse va mal? Je vois vos enfants dans mes classes et plusieurs sont complètement désintéressés par le Québec. Les admissions dans les cours d'histoire du Québec sont en chute libre dans la majorité des collèges et des universités francophones. Comment peut-on être fasciné par une société qui se refuse? Je me console en me disant que si le Québec ne les fait plus «tripper», c'est qu'ils se tournent vers le monde, ce qui serait plus que louable. Or Star Académie, cette horreur commise par la junte Quebecor Média, fait exploser l'audimat pendant que l'Irak s'embrase et que son peuple agonise.
Sommes-nous ce peuple frileux, qui change de cap à cause d'un scandale qui n'en est pas un, qui préfère les claquettes aux enjeux internationaux, qui vote à la tronche et aux sondages, qui méprise les intellectuels ou ceux qui osent réfléchir? Force est de reconnaître que la mise à mort de l'ADQ, parti dont je ne partage pas les idées mais qui a au moins eu le mérite de remettre en cause certains mythes, tend à prouver la thèse voulant qu'au pays du Québec depuis Murray, on préfère la tranquillité aux idées. Je ferai donc comme tant d'autres avant moi, les Godin, Aquin, Falardeau, et je grognerai dans mon coin en observant le ballet funeste de ce peuple bernard-l'ermite qui se cherche une planque de coquille vide en coquille vide.
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