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La saison de l'homme

Debout ou assis, telle est la question

Josée Blanchette   17 juillet 2009 
Le Manneken-Pis, un homme en devenir, un vrai.
Le Manneken-Pis, un homme en devenir, un vrai.
Fabriquer un mâle n'est déjà pas si facile, mais élever un mec à hauteur d'homme s'avère une tâche délicate, semée d'embûches qu'on ne soupçonne même pas. Il ne suffit pas de les emmener voir De père en flic, de leur enseigner à décapsuler une bière avec les dents et de leur montrer à pisser debout. Que non! Reste l'essentiel: se tenir droit, tenir ses promesses, tenir à la vie et tenir bon.

Heureusement qu'il y a l'été. Tout est plus facile, tout est plus viril, plus direct, plus mec. Le barbecue est à la portée de n'importe quel pyromane, le banc de scie ne demande qu'à vrombir, la moto dans le garage aussi, le plein air reprend du service et le Cro-Magnon qui sommeille revit, chaque arbre devient un poteau potentiel sur lequel se soulager. Malgré l'humidité ambiante, y'en a même qui s'essaient à «partir» des feux sans allumettes, comme chez les scouts. Mais le véritable test de la virilité, c'est d'allumer un feu avec une seule allumette, histoire de mettre ses nerfs à l'épreuve.

Être un homme, un vrai, c'est quoi? Si je m'attarde aux dernières conversations que m'ont tenues des représentants de l'espèce XY — un mâle, début cinquantaine, et ses trois fils de 25, 21 et 11 ans —, ça tient à peu de chose: pisser debout. L'appel de la nature et de la liberté se fait sentir de façon encore plus pressante durant l'été. Dire que j'ai eu des chums qui pissaient assis, dans une position jugée inférieure et dégradante. Me semblait aussi... Par contre, y'a des hommes qui ne se tiennent debout que devant l'urinoir, faut pas se fier aux apparences.

La parole au fils de 25 ans: «C'est la dernière chose qui nous reste pour nous différencier des filles. Si je pissais assis, j'aurais peur que ça joue sur ma virilité et mes décisions. Des plans pour que je m'achète une New Beetle! En pissant debout, on domine le monde, on contrôle le jet, la direction, c'est une aventure! Et ça fait quand même 40 000 ans que ça fonctionne comme ça. Oui, c'est un cliché, mais j'y adhère!» La veille, ce même jeune homme a assisté à un combat extrême de Georges Saint-Pierre, style Fight Club, moins le sang. L'homme, le vrai, se caractérise également par ses autres fluides corporels, les trois «s»: sueur, sperme et sang.

C'est quoi un homme ?

«C'est quelqu'un qui prend des risques», me dit le cadet de 11 ans, qui ne se formalise pas d'apprendre que son père urine assis, sans prendre trop de risques, contrairement à ses deux frères, interloqués, en état de choc. Comme si on leur apprenait que GM a fait faillite.

Moi, si on me posait la question, je dirais qu'un homme, c'est un vis-à-vis poilu, mais il y a toute une génération qui ne se met plus «à poils», et s'épile un peu, beaucoup, passionnément, sans associer le geste à un manque de virilité et sans savoir que cette pratique est héritée des gais, des acteurs pornos et de certains cyclistes qui se passent les mollets au Neet pour être plus aérodynamiques.

«En tout cas, un vrai gars, c'est certainement pas quelqu'un qui pisse assis!», ajoute le puîné de 21 ans. «Penses-tu que Napoléon et Christophe Colomb pissaient assis?»

Si j'ai bien saisi, tu ne peux pas être un «vrai» homme (découvrir l'Amérique ou perdre Waterloo), pisser assis, manger du tofu et conduire une New Beetle équipée d'un vase à fleurs. Le même homme peut être ceinture noire en taekwondo, triathlète sérieux, frôler l'asphalte du genou dans les courbes avec sa moto sport Suzuki GSX-R 1000 (0 à 100 km/h en trois secondes), se prendre pour Michel Vaillant et investir toutes ses économies dans son auto de rallye; s'il pisse assis, c'est suffisant pour être disqualifié au premier tour.

«Vas-tu changer l'eau du vase dans ta New Beetle?», demande le plus macho de ses fils au quinqua/taekwondoïste en question, alarmé par le nouveau modèle d'automobile qui va pénétrer dans le circuit fermé familial et faire partie de l'héritage. «En tout cas, je t'enlève de mes "top friends" sur Facebook! Et je te souhaite que "ça" ne se perde pas, comme le vélo...», tranche la progéniture qui s'acharne sur son vieux. Dur, dur, la paternité.

Le père, qui a lu Real Men Don't Eat Quiche il y a 25 ans, a sagement laissé pisser... C'est l'avantage de vieillir, on pisse moins loin mais, comme on voit moins bien aussi, on s'en fout.

Le mode d'emploi se perd

Secouée par cet échange à fleur de peau entre quatre représentants supposément évolués de la race et répartis sur trois générations, je m'en suis remise à un ouvrage au-dessus de tout soupçon: Le Livre de l'homme (tout juste paru aux Éditions du Temps), rédigé par trois Allemands. Même Daniel Craig (l'agent 007) a sûrement dû lire ce livre dans lequel on apprend à faire atterrir un avion ou stopper un train, à affronter la chute des cheveux ou un requin, à échapper à une bagarre ou comment se comporter dans une maison close.

On y montre même comment composer son coffre à outils et retourner les crêpes, comment se tenir dans un resto chic, quitter une femme sans passer pour un couillon ou en écouter une toute une soirée sans consulter son BlackBerry en douce, comment feindre l'orgasme (scusez du peu, je croyais que c'était réservé au sexe féminin!).

Par contre, rien sur le comportement dans les urinoirs. Par exemple, je sais que chez les Français on préconise de cibler la faïence (plutôt que l'eau), pour éviter le son de miction et par délicatesse pour l'entourage. Chez les Anglais, on tire la chasse d'eau en même temps pour les mêmes raisons. Au Québec, on se contente de fermer la porte ou de viser l'urinoir, c'est déjà ça de gagné.

On me dit d'ailleurs que ce qui se passe dans les urinoirs, y reste. Là-dessus, la gent masculine est unanime et solidaire. Même chose pour les conversations qu'on peut y surprendre. Tiens, récemment, le comédien-humoriste-réalisateur Patrick Huard a failli s'éclabousser la braguette parce que son voisin d'urinoir, au théâtre, ne le reconnaissait pas. Même pas subtil. Et très vexé avec ça.

Comment je le sais? Je pisse debout, c't'affaire.

***

Inventé: une variante du gin-tonic, en y ajoutant un trait de jus de canneberges non sucré. L'équivalent d'un Cosmo pour ceux qui pissent assis...

Ressorti: du restaurant Tapeo (511, rue Villeray), agrandi, rénové depuis le printemps dernier mais dont les allures de cafétéria m'ont laissée de glace. Dommage, c'était bon quand l'adresse était encore classée sous «tapas sans prétentions et ambiance sympa». Dites, quand vous aurez terminé de «sardiner» les clients, vous les empilerez aussi? Commence à en avoir marre de manger dans l'assiette du voisin. Le maître d'hôtel gominé nous a cavalièrement indiqué la sortie après que nous lui avons demandé s'il avait d'autres tables à offrir. Des manières de goujat, est-ce que ça fait «vrai mâle» ou «vrai plouc»? Je me pose encore la question.

Trouvé: les nouvelles pubs télé d'installation de Bell à domicile tout à fait déplorables. La misandrie, le gars qui n'est pas capable de visser une tablette, la fille qui brille encore parce qu'elle est tout simplement brillante, je croyais que c'était d'une autre époque. Faudrait peut-être en revenir un jour. Un peu plus et ils vont nous montrer des mecs qui pissent assis...

Reçu: un courriel d'une vraie fille qui pisse debout, me mentionnant (à la suite de mon papier de la semaine dernière sur la quincaillerie Giroux) que les Makita sont out, remplacées par les outils Bosch et les lames Freud, les Milwaukee pour les outils avec fil. Et pour les vibrateurs sans fil, y'a du nouveau?

***

Élève libre prisonnier

Je suis allée voir le film belge Élève libre en me doutant qu'il y était question de l'initiation sexuelle d'un ado mais en ne soupçonnant pas que j'allais m'enfuir avant la fin, complètement ébranlée. Je ne me souviens pas d'avoir quitté une salle de cinéma aussi indignée. Une vraie matante. Il ne restait qu'une quinzaine de minutes au film, mais j'avais l'impression de donner mon aval à une mascarade dirigée par des branleurs de première. Si on résume: des mentors se chargent d'instruire un jeune cancre, tant dans ses matières scolaires que dans les jeux plus horizontaux, usant de manipulations et nourrissant leurs propres perversions, saccageant la vie du jeune de 16 ans.

Il se trouve que j'ai moi-même été instruite à 15 ans par un Pygmalion payé par l'État, prof de philo, deux doctorats, qui s'est chargé de tout me montrer en dehors de Schopenhauer et de Nietzsche.

Inutile de dire que je me suis fortement identifiée au jeune Jonas, tout sauf libre, ligoté par la curiosité, le malaise pubère de paraître puceau, d'être encore ignorant, le désir d'être cool et de se montrer à la hauteur. À hauteur d'adultes. Et ces mêmes adultes ne sont pas bien grands non plus...

Ce qui m'a le plus dérangée dans ce film de Joachim Lafosse, mis à part l'abus intellectuel et sexuel, ce sont ces personnages imbuvables (gaugauche intellos) qui tiennent des conversations à la fois faussement désinvoltes et mal informées sur la question du sexe. Débandant sur toute la ligne.
 
 
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