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De l'audace, s'il vous plaît!

Daniel Breton   16 juillet 2009 
C'est cette semaine que nous célébrons le quarantième anniversaire de l'arrivée du premier humain sur la Lune. Cette épopée qui a marqué le monde entier en 1969 a participé à notre conscientisation quant à la beauté et la fragilité de notre planète. Jamais cela ne nous sembla plus vrai que depuis cette première fois où nous avons pu voir notre planète bleue de l'espace.

L'épopée de l'espace a pu devenir réalité grâce à la vision et l'audace de scientifiques et d'hommes politiques tels que John F. Kennedy. Un peu avant sa mort, il avait confié cette mission aux scientifiques de la NASA: avant la fin de la décennie, un Américain irait sur la Lune, «pas parce que c'est facile, mais parce que c'est difficile».

Où est passée l'audace?

Cette audace, cette volonté de dépassement, où sont-elles passées? La question mérite d'être posée. Ce que les grandes entreprises ont réalisé depuis au moins 30 ans n'a rien pour rivaliser avec la révolution qu'a entraînée cet extraordinaire exploit, spécialement dans les domaines du transport et de l'énergie.

Quelques années après Apollo 11, qui a mené ces valeureux hommes sur la Lune le 16 juillet 1969, le monde a été frappé par la crise du pétrole de 1973 et le dernier à lancer un défi énergétique à son peuple en Amérique du Nord a été Jimmy Carter, en 1977. Il a dit aux Américains que les États-Unis frapperaient un mur s'ils ne réglaient pas leur problème de dépendance énergétique et de pollution en investissant dans l'efficacité énergétique ainsi que la recherche et le développement dans les énergies vertes. Mais le peuple américain s'est moqué de lui. Dès que Ronald Reagan l'a défait, en 1980, il a jeté ce plan aux orties.

En effet, le lobbying des compagnies pétrolières, gazières, charbonnières et automobiles américaines a été très efficace pour stopper toute audace, toute recherche qui pourrait nous faire avancer. On considérait qu'il était beaucoup plus facile et payant de soudoyer les politiciens afin qu'ils appuient le statu quo (et même parfois le recul, comme avec Reagan et Bush fils) que de s'investir de façon audacieuse et visionnaire vers des solutions qui feraient progresser l'économie et l'environnement.

Paresse et prostitution intellectuelle

Ainsi, aussi bien aux États-Unis qu'au Canada et au Québec, la paresse intellectuelle de biens des entrepreneurs, politiciens et syndicats a fait que nous avons reculé dans de nombreux domaines de recherche et de développement, car ceux et celles qui vivaient bien du statu quo préféraient continuer à s'enrichir dans le système établi que d'oser, même si ça détruisait la planète et appauvrissait la collectivité, que de faire preuve d'audace. Quels exemples illustrent mieux ce propos que les compagnies automobiles américaines?

Ajoutons à cela la prostitution intellectuelle de certains chercheurs, économistes et même écologistes qui sont prêts à devenir des faire-valoir du pouvoir en place pour de l'argent, et nous avons le mélange parfait pour nous faire collectivement reculer.

Obama et nous

Nous avons maintenant un allié en Barack Obama. En effet, il est le premier leader nord-américain depuis Jimmy Carter à parler d'indépendance énergétique et de lutte contre les changements climatiques de façon un tant soit peu crédible. Son gouvernement lance un défi aux Américains et aide l'audace et l'innovation, comme JFK avant lui.

Nous n'en avons l'air que plus ringards. Notre gouvernement fédéral, sous la direction de M. Stephen Harper, travaille très fort à ce que nous reculions le plus possible dans les domaines de l'énergie et de la lutte contre les changements climatiques, mais est confronté à la vision de M. Obama. Quel dilemme que d'obéir à Obama et en même temps aux patrons qui financent ses campagnes, c'est-à-dire les compagnies d'hydrocarbures et les banques! Comble de la déprime, M. Ignatieff est tout aussi déplorable que M. Harper dans sa vision de l'avenir de l'énergie et de la lutte contre les changements climatiques. Bref, nulle audace, nulle vision, que de la compromission de leur part.

Et au Québec...

Au Québec, le portrait n'est pas plus reluisant. Pendant que JFK nous lançait un défi, MM. Jean Lesage et René Lévesque nous proposaient d'être «Maîtres chez nous». Ce fut notre époque d'audace et de vision. Où est-elle passée, cette audace d'alors? Chez des gens qui veulent faire avancer le Québec. J'en connaît plusieurs: André Bélisle, Michel Duguay, Raymond Deshaies, Laure Waridel, Kim Cornelissen, Pierre Lavallée, Pierre Langlois, Xavier Daxhelet et bien d'autres.

Mais le pouvoir, les lobbys en place, font tout pour que le Québec ne passe pas au XXIe siècle. Lorsque je lis qu'Hydro-Québec va se concentrer sur ce qu'elle connaît, c'est-à-dire l'hydroélectricité et la réfection de Gentilly 2 (technologie complètement désuète et un gouffre financier) plutôt que de faire preuve d'audace et de vision, je me dis que si MM. Lesage et Lévesque vivaient encore, quelques derrières se feraient botter à la direction de la société d'État! Un autre excellent exemple de l'absence de vision actuelle est le projet proposé par le ministère des Transports pour la réfection de l'échangeur Turcot. Alors que dans les années 1960 on nous proposait des projets d'avenir, en 2009 on nous propose des projets des années 1960!

Vision et audace

Il semble que le Canada et le Québec s'en vont, comme le disait M. François Legault au moment d'annoncer son retrait de cette vie politique, vers une «résignation tranquille». Cela dit, j'aimerais qu'il réponde à cette question: n'est-ce pas un peu à cause de la frilosité de bien des élites politiques et des affaires qui s'arrangent plutôt bien avec la situation actuelle?

Quarante ans après Apollo 11, le Canada et le Québec ont besoin de la même audace et de la même vision, du même courage et de la même persévérance qui ont mené des hommes sur la Lune, mais cette fois, nous devons le faire avec humilité pour sauver cette fragile planète que nous avons découverte grâce à l'épopée spatiale, pas parce que c'est facile, mais parce que c'est difficile. Espérons que cela se fasse avant qu'il ne soit trop tard.






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