Lettres: De la fatigue culturelle à la fatigue constitutionnelle
Comme le rapportait Robert Dutrisac dans Le Devoir du lendemain de la victoire du Parti libéral, «dans son discours victorieux, Jean Charest s'est engagé hier à employer le leadership du Québec pour faire du Canada un pays plus fort». À mon avis, ceci se situe dans la droite ligne d'un Trudeau, qui disait qu'une autre option que de suivre les incantations des séparatistes était celle d'être les meilleurs. En regard du Canada, disait-il encore, «si l'État canadien a fait si peu de place à la nationalité canadienne-française, c'est surtout parce que nous ne nous sommes pas rendus indispensables à la poursuite de sa destinée».
Hubert Aquin, dans La Fatigue culturelle du Canada français, écrit en 1962, se demande: «Mais pourquoi faut-il que les Canadiens français soient meilleurs? Pourquoi doivent-ils "percer" pour justifier leur existence?» Selon Aquin, l'option de Trudeau revenait à soumettre le jugement sur la valeur de sa propre culture à la capacité d'être reconnue par l'Autre, en qui repose le vrai universalisme. Il résumait ainsi la proposition de Trudeau: «Devenir indispensables à la destinée de l'Autre.»
Quel changement, donc, par rapport à Charest, qui dit: «Le leadership fait la différence. Le leadership du Québec fera du Canada un endroit plus fort»? Et quand il ajoute qu'en vertu de sa nomination comme premier ministre, ce n'est pas seulement le Québec qui change mais aussi le Canada, on est en droit de lui demander en quoi le Canada change-t-il à la suite de l'élection d'un parti «provincial»? Le Canada sait bien se débrouiller seul. Il le fait tout le temps, ou presque. D'ailleurs, historiquement, les députés libéraux du Québec à Ottawa ont toujours été là pour imposer au Québec les volontés de la majorité canadienne.
Non: de la fatigue culturelle des Canadiens français de l'époque Trudeau à la fatigue constitutionnelle des Québécois avec Charest, s'il y a changement, c'est le changement dans la continuité.
Hubert Aquin, dans La Fatigue culturelle du Canada français, écrit en 1962, se demande: «Mais pourquoi faut-il que les Canadiens français soient meilleurs? Pourquoi doivent-ils "percer" pour justifier leur existence?» Selon Aquin, l'option de Trudeau revenait à soumettre le jugement sur la valeur de sa propre culture à la capacité d'être reconnue par l'Autre, en qui repose le vrai universalisme. Il résumait ainsi la proposition de Trudeau: «Devenir indispensables à la destinée de l'Autre.»
Quel changement, donc, par rapport à Charest, qui dit: «Le leadership fait la différence. Le leadership du Québec fera du Canada un endroit plus fort»? Et quand il ajoute qu'en vertu de sa nomination comme premier ministre, ce n'est pas seulement le Québec qui change mais aussi le Canada, on est en droit de lui demander en quoi le Canada change-t-il à la suite de l'élection d'un parti «provincial»? Le Canada sait bien se débrouiller seul. Il le fait tout le temps, ou presque. D'ailleurs, historiquement, les députés libéraux du Québec à Ottawa ont toujours été là pour imposer au Québec les volontés de la majorité canadienne.
Non: de la fatigue culturelle des Canadiens français de l'époque Trudeau à la fatigue constitutionnelle des Québécois avec Charest, s'il y a changement, c'est le changement dans la continuité.
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